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Blogs > Vicenç Dumas > La jeunesse est comme un parking social


Vendredi 13.6.2008. 21:00h

La jeunesse est comme un parking social

L'adolescence et la jeunesse sont une construction sociale et culturelle occidentale. Leur extension lézarde la logique de l'espèce et révèle une crise de ses membres : la génération « je sers à rien ».
Ados à Perpignan avril 2008 - Photo François Crochard ® La Clau Ados à Perpignan avril 2008 - Photo François Crochard ® La Clau

La plupart des cultures du monde ne reconnaissent que deux âges de la vie, ponctués d'un rituel de passage. Seule la culture occidentale en a construit un troisième, l'adolescence, dans la société industrielle du XIXème siècle. Ce statut, né de la scolarisation accrue et du retardement de la mise au travail, soit donc de la responsabilité économique d'individus ayant déjà acquis largement leur capacité de reproduction si l'on se réfère à la limite biologique, ne fut réservé pour très longtemps qu'à la bourgeoisie. La victoire progressive de l'égalitarisme d'Etat au XXème siècle a renforcé le phénomène et l'a surtout démocratisé à l'ensemble des classes d'âge, en faisant croire au passage à la vieille lune de la dé-hiérarchisation de la société, au nom d'un supposé seuil minimum de savoir nécessaire dans un monde supposé de plus en plus complexe pour tous. Le compromis est là, l'adolescence et l'instruction pour tous et la perpétuation d'un ordre social où l'on n’a pas à garantir l'égalité des chances, en deux mots l'élitisme marron. La législation française a même créé l'âge de l'inutilité, entre 16 ans et 18 ans : sur cette tranche d’âge, on n'est plus obligé d'aller à l'école mais on n'a pas pour autant le droit d'entrer légalement dans la vie d'adulte. Heureusement que l'on a le droit de se reproduire dès 15 ans, âge de la majorité sexuelle, sinon, quel ennui !

Exclu du monde adulte, l’enfant est suspect

L’état de jeunesse, toujours âge de crise et âge ingrat, suspect aux yeux des adultes, est devenu le plus bel âge de la vie, celui de la liberté sans la responsabilité, celui des utopies et des expériences, mais celui aussi de tous les dangers : suicide, drogue, alcool ou accidents de la route. La cogestion Etat-parents acquiesce puisque les psys le disent : c'est physiologique ! Et tant pis si l'adolescent africain ne rentre pas en conflit avec ses parents à l'âge tendre. Quand il touchera enfin au progrès social, il comprendra. En réalité, l'ado ou le jeune est de plus en plus isolé, séparé du monde des adultes par une frontière de plus en plus épaisse. Son abandon à la dictature cruelle de la masse adolescente le confine à la solitude, les drames scolaires américains en étant la version extrême. Ses libertés augmentent et ses responsabilités diminuent conjointement à l'amenuisement du concept d'autorité et de l'augmentation de la culpabilisation des parents-poules : le mousse et l'apprenti ne peuvent plus exister. Adultes et jeunes poussent conjointement dans le sens de la séparation même au sein des familles et les commerçants s'engouffrent dans la segmentation à outrance pour la seule utilité sociale de l'adolescent : le racket de ses proches.

Le désir immédiat remplace le projet de vie

Du phénomène initial de formation d'une classe d'âge sanctionné par un service militaire, mortel ou non, qui permettait l'entrée dans le mariage et donc la vie d'adulte quelque soit sa situation matérielle, a succédé le mécanisme « fin des études » et « départ du domicile parental », puis « insertion dans le marché du travail » et « formation d'un couple ». Mais l'entrée dans l'âge adulte est de plus en plus longue, privant la société de ce qu'elle a de plus dynamique et constructeur d'avenir. Cette phase est même devenue renouvelable à volonté dans une vie. L'adulescent est alternatif, comme on dit, mais les transitions sont souvent dramatiques. Qu'importe, puisque la satisfaction du désir immédiat a remplacé le projet de toute une vie et l'espérance de l'éternité. Finalement, c'est peut-être la fin annoncée de l'âge adulte qui permettra de rompre l'isolement de la jeunesse, la vraie, dans une immense machine qui tournera sans but, à moins qu’au contraire, on ne supprime au contraire la jeunesse. Dès la post-puberté, tout le monde assumerait ses responsabilités en fonction de ses capacités physiques, émotionnelles et intellectuelles réelles du moment.



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