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Blogs > Vicenç Dumas > La crise de 1907 a-t-elle accouché du Languedoc-Roussillon ?


Samedi 22.9.2007. 17:00h

La crise de 1907 a-t-elle accouché du Languedoc-Roussillon ?

La révolte viticole de 1907 porte en elle la convergence des intérêts socioéconomiques du Gard, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénèes- Orientales.

Deux communes, Argelliers dans l’Aude et Baixas dans les PO lancent conjointement le mot d’ordre en février 1907 de la révolte des vignerons du midi. Toutes les communes viticoles des Pyrénées-Orientales jusqu’au Gard se fédèrent et entament une série de manifestations unitaires dans les grandes villes de la future Région Languedoc-Roussillon: Montpellier réunit 700.000 révoltés le 9 juin. Le territoire, pas encore balisé, comporte de fortes disparités géographiques, culturelles et linguistiques : entre Nîmes la provençale protestante et Carcassonne l’occitane, l’unité du Bas Languedoc n’est pas évidente, mais que dire alors du Pays Catalan,peu francisé, moins de 100 ans après la dernière tentative de réintégration au Royaume d’Espagne (Le 23 août 1815, le Général Castaños, entré en Roussillon avec 8000 hommes pour récupérer les Comtés Catalans du Nord échoue pour des raisons diplomatiques). L’économie viticole semble sceller le destin de ce territoire : cette révolte en sera la prise de conscience.

De la diversité du Sud, vers une mono économie du Nord

Le Pays Catalan exporte peu avant 1850, hormis la contrebande frontalière : entre la frontière au Sud et une certaine marginalisation par l’Etat français, son économie est encore catalane, diversifiée : la vigne évidemment, mais aussi les céréales, l’élevage ovin et l’industrie de la laine, l’industrie du cuir, les mines de fer et les fonderies, et la pêche, qui avaient fait la richesse de ce pays autrefois commerçant avec toute la Méditerranée. Le libéralisme du second empire ouvre enfin les portes de l’économie nord catalane vers les marchés français. Une timide industrialisation se met en place, à nouveau venant du Sud : l’industrie chocolatière avec Cantaloup-Catala, issue du savoir-faire ibérique, le papier à cigarettes, valencien d’origine, de Jean Bardou, ou les poupées futures Bella du barcelonais Salvi Pi. Même le cinéma Le Castillet, parmi les plus anciens de France, est créé par Joan Font, un autre Barcelonais, en 1911 à Perpignan. Aucune industrialisation ne vient du Nord et la viticulture l’emporte.

L’intégration à la globalité française

Progressivement, l’ouverture du marché français aux Catalans a pour effet la transformation profonde de leur économie vers la mono économie viticole et leur intégration à la problématique des autres régions du sud de la France. Toutes leurs variétés économiques s’éteignent au long du 20ème siècle, et l’ industrie ne décolle pas, coupées de leur axe naturel économique barcelonais et oubliées quant aux voies de communication (Ce qui est dénoncé par un rapport parlementaire de 1871). Comme ses voisins occitans, l’économie roussillonnaise se réduit à l’activité viticole, de loin la plus rentable, et à l’exil parisien pour ses élites. Elle embrasse durablement le destin et toutes les difficultés économiques de l’arc méditerranéen français, de la crise viticole de 1907 jusqu’au plan Racine en 1965, vers une autre mono économie touristique.

Un processus irréversible ?

L’économie est à la base de tout, des cultures et des structures territoriales : La région Languedoc-Roussillon est logiquement devenue une collectivité territoriale en 1982 tant la problématique socio- économique de ces départements était similaire. Pourtant, après l’achèvement de la viticulture de masse et son remplacement bancal par la mono économie touristique, la Région ne semble pas en mesure de s’unifier autour de sa capitale Montpellier: Son développement anarchique commence à rendre plausible son éclatement ; Nîmes s’incline naturellement vers Marseille, La Lozère vers l’Auvergne et l’Aude gagne la banlieue toulousaine. Le pays catalan, sous-développé et toujours en retard en terme d’infrastructures (le TGV Perpignan- Nîmes n’est pas encore envisagé) n’est plus fermé sur sa frontière Sud : l’histoire est-elle entrain de s’inverser ? Cette région artificielle n’aurait alors duré que le temps de sa viticulture.



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