Quand on parle d’immigration en Catalogne Nord on pense le plus souvent à l’afflux angoissant des foules du tiers-monde venues nous priver de notre maigre pain. Argument massue de la montée électorale de l’extrême droite française, cet afflux est à l’origine de la création du très nationaliste "Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement". Pourtant, d’après le recensement de 2004, près de 35 % des émigrés en France sont des Européens, la plupart du Nord, la plus forte proportion étant britannique. Paradoxalement, cette immigration est la moins encadrée mais aussi la moins dénoncée par les populations locales qui y voient souvent une aubaine. Au-delà des lois européennes de libre circulation, on exige beaucoup moins de ces immigrés-là quant à la nécessité d’intégration : Ils sont exemptés de fait de la connaissance préalable de la langue française et du respect des principes républicains et laïcs et ils ne sont pas considérés comme dangereux par la population : on reprochera à un marocain d’occuper un emploi "volé aux Français", ce qu’on ne fera pas pour un Anglais. Pareil pour la sécu. Contradictions?
Au final, une logique coloniale ?
Au premier abord les émigrés d’Europe du Nord n’ont que des vertus : économiques, d’abord, en injectant du capital financier et humain dans des économies moribondes, mais surtout en ne créant aucun problème sécuritaire supposé ou réel. La revitalisation bienveillante des campagnes désertifiées est mise en avant. Cela n’est pourtant pas sans conséquence. L’exemple extrême Majorquin où 100.000 Allemands vivent à l’année le montre, car loin d’une immigration européenne rationnelle qui intégrerait des Européens dans d’autres régions européennes, ce sont de véritables enclaves nationales qui se forment en territoire étranger, sans intégration dans la société locale : même si la volonté affichée est inverse, force est de constater que ces enclaves ont un fonctionnement communautaire. Il existe déjà deux journaux en langue anglaise en Pays Catalan (Anglophone Direct et le Sixty-Six), comme est édité le "Mallorca Zeitung", quotidien allemand à Mallorca. Beaucoup d’agences immobilières, d’hôtels, ou de commerces ne communiquent plus qu’en anglais en Catalogne Nord, et les liaisons aériennes avec la Grande-Bretagne deviennent omnipotentes sur l’Aéroport de Perpignan : ces enclaves fonctionnent comme des aspirateurs à compatriotes. A Mallorca, la logique est implacable : médias, clubs sportifs, affichage public, jusqu’à la création en 1997 d’un parti politique allemand ("Amigos Alemanes en España"), en territoire espagnol !
Une immigration de riches dans les pays pauvres
Ce fonctionnement migratoire, basé sur les déséquilibres économiques et le mode communautaire, n’est pas souhaitable, d’où qu’il vienne et où qu’il aille, pas plus dans la très française Marrakech que dans la bientôt très allemande Croatie. L’impact économique est souvent positif à court terme mais très négatif à long terme : entre l’emprise foncière qui crée de fortes difficultés pour les Locaux et une immigration basée sur la villégiature (retraités, résidences secondaires ou actifs motivés par la "douceur de vivre"), cette immigration ne crée pas les conditions d’un réel développement productif du territoire. De plus, ce communautarisme évident peut être à la base de nouveaux affrontements xénophobes entre communautés exogènes riches et communautés autochtones pauvres et mal logées. L’immigration, d’où quelle vienne, est incontournable dans les pays ensoleillés. Elle devrait être jeune et désireuse d’intégrer positivement ces économies avec une réelle volonté d’assimilation sociale : ce serait la meilleure garantie contre le rejet.
Bonjour, "luxembourgeois", j´ai immigré vers Blanes, et j´estime normal d´apprendre le catalan, pour "m´intégrer", mais surtout pour boire mon cafe amb llet. je peux dire qu´après 1 mois, je dois encore commender mon cafe con leche. je pense qu´avec ma stature de germain, l´on ne me croit pas capable de parler catalan.... que faire... Bref, je ne vois pas pourquoi l´on fait deux poids deux mesures pour un "européen" de ne pas devoir apprendre la langue de la région/pays où il migre... Lire la suite