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Blogs > Vincent Dumas > Et si la peur, face à la crise, poussait à la créativité ?


Vendredi 3.4.2009. 21:00h

Et si la peur, face à la crise, poussait à la créativité ?

Régulatrice de notre environnement social, la peur est sous contrôle mais risque à tout moment de nous sauter à la figure. Au fait, de quoi avons-nous peur ?

« Faire des enfants aujourd'hui ? Ouf, il faut y réfléchir à deux fois avec le monde qui vient ! ». Qui n'a jamais entendu cette phrase ? Presque une illustration de la peur de l'inconnu qui tenaille nos sociétés européennes en l'an 2000, qui au regard de l'histoire n'ont jamais été aussi secure. Car dans nos sociétés totalement intégrées, où le taux de mort par homicide, par exemple en France, est de 2 pour 100.000 aujourd'hui, alors qu'elle était de 150 il y a 400 ans, où l'espérance de vie navigue autour de 80 ans, où la souffrance physique a radicalement régressé, où la mort ne rôde plus et où les accouchements dramatiques sont plus que l'exception, la peur intense de l'inconnu est un élément majeur qui semble justifier l'effondrement démographique que subit l'Europe, sociétés qui ne se reproduisent plus ou mal. Le face à face des individus d'une société avec l'avenir peut soit se faire sur le mode d'une projection de la construction d'une société meilleure, soit sur la peur de l'inconnu. Dans le premier cas, cette société produit de nouvelles générations nombreuses, comme ce fût le cas durant les trente glorieuses en France, grosso modo de 1945 à 1975, cette tendance s'accompagnant d'ailleurs en général d'une chute du taux de suicide. Beaucoup y voient avant tout des facteurs économiques et sociaux, ce qui est sans doute vrai, mais ce n'est pas suffisant pour expliquer une certaine confiance dans l'avenir qui permet de l'investir pleinement. Il s'agit surtout de l'implication de ces facteurs comme influant sur l'intensité de cette peur collective, de ces peurs de l'inconnu qu'est l'avenir, toujours présentes et fondatrices de toute société, de ses valeurs et de ses règles.

Les vraies crises favorisent la confiance

En cette période de crise économique mondiale, pour le moment beaucoup plus fantasmée que réellement subie, tous les ingrédients sont réunis pour l'explosion finale et le déchainement de violence et d'autodestruction attendue, quand toutes les constructions sociétales ne semblent en mesure de contrer suffisamment cette peur maximale, quand on semble au bord du précipice, sans issue. Et ? Et rien ou si peu actuellement. Paradoxalement, la dynamique négative de civilisation en Occident qui se lit dans l'évolution longue de sa démographie ne change guère pour l'instant, mais la peur légitime liée à la crise pourrait être cette peur constructive qui pousse à la créativité, et au final fait croire à l'avenir, tout aussi peu rationnellement que la peur fantasmée pouvait créer la panique sécuritaire. Les véritables crises, notées dans les livres d'histoire, sont celles qui créent au final les dynamiques positives de confiance, alors que les périodes de calme historique sont celles qui créent au final ces peurs irrationnelles. Comme s’il y avait, dans la dynamique des sociétés, des peurs collectives qui séparent les individus, la peur des autres, et d'autres qui unissent, quand serrer les rangs est nécessaire pour faire face au danger, véritable fonction de la peur physiologique.

Vers le conflit générationnel

Il est fort à parier que nos sociétés sortiront de cette crise, dans une période euphorisante où les banquiers auront confiance entre eux, où les clients des banquiers auront l'impression de faire partie du même monde qu'eux, où les voisins se salueront et les caméras de vidéosurveillance seront moins présentes, ceci même si le niveau de vie a baissé ou si le taux d'homicide a explosé, à l'américaine ou à la sud-africaine. Au fond, l'inédit de notre époque repose sur la fracture générationnelle qu'induit la génération du baby boom en France, née et ayant vécu dans une période de particulière confiance, inédite dans l'histoire puisqu’environ 60 ans séparent la guerre mondiale de la grande dépression de 2009 : qui sait comment nos Narcisses vieillissants réagiront face aux périls majeurs, à l'apocalypse économique annoncée, alors que les générations suivantes, qui ont commencé à naître dans le no future et les contradictions d'un système inadapté, ont déjà compris que c'est un véritable nouveau monde qui s'ouvre cette année. En contrepoint de leur jeunesse dorée, les papy-boomers pourraient s'espanter, et la peur pourrait les emporter.



Commentaires

#1. joulina 19.4.2009. 12.40h

Effectivement, je confirme, si je dois faire des enfants, je ne les ferai pas en France, ainsi sera, les conditions en France ne sont pas réunies pour procréer, le stress et les conditions de tristesse incroyablement incompréhensibles avec les conditions matérielles qu'a atteint cette société conduisent à rejeter toute proposition de procréation en France. Et pourtant, je n'ai pas à me plaindre sur mes conditions matérielles, ce sont plutôt les conditions humaines qui sont à revoir o... Lire tout le commentaire


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