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Blogs > Vincent Dumas > "10 grosses minutes en 2ème mi-temps, et après c'est à nous"


Vendredi 5.2.2010. 21:00h

"10 grosses minutes en 2ème mi-temps, et après c'est à nous"

Cette phrase du joueur de l'USAP David Marty a médusé les journalistes à la mi-temps de la finale du championnat de France de rugby à XV, le 6 juin 2009, alors que les Catalans perdaient. 40mn plus tard, ils remportaient une victoire attendue depuis 54 ans. Cette phrase n’est pas un pronostic mais un aveu.
David Marty et Jérôme Porical, USAP-ASM Clermont Auvergne, Stade de France, 6 juin 2009 © Maxppp David Marty et Jérôme Porical, USAP-ASM Clermont Auvergne, Stade de France, 6 juin 2009 © Maxppp

On n'aura pas assez insisté sur la valeur de cette extraordinaire victoire de l'équipe catalane à l'âge du professionnalisme, c'est à dire du fric, des paillettes et du préparateur mental de son adversaire. Avec son 6ème budget du championnat, ses neuf Catalans sur la feuille de match, dont nombre de débutants à ce niveau, issus de l'un des départements les plus pauvres de France, l'USAP n'avait pas la tête du champion du jour. Et pourtant elle l'a fait et Marty a dit qu'elle allait le faire: plan de match trop bien appris ? Suffisance? On ne saura jamais vraiment ce qu'il est passé par la tête du trois-quarts centre, pas même lui, mais au fond cela sonne comme un aveu inconscient de confiance absolue, de foi, de ces moments rares de croyance intégrale dans le résultat attendu. Là où n'importe quelle équipe de l'USAP aurait douté, celle-là a cru qu'elle pouvait être tout simplement une des meilleures du monde. Comme souvent, cette révélation vient de l'extérieur, et il aura suffi que le meilleur joueur du monde dise qu'il accepte de jouer dans cette équipe, avant de sagement s'asseoir en tribune, pour que celle-ci croie en elle et se hisse tout en haut de l'échelle : on ne remerciera jamais assez Dan Carter d'avoir prouvé que l'USAP n'avait pas besoin de lui sur le terrain pour être Championne de France. Car à partir de là, tout est possible, n'en déplaise aux prophètes de toutes les chapelles.

Cette absence de croyance qui rend aveugle

L'équipe perpignanaise de l'USAP a comme caractéristique propre de réellement regrouper les aspirations de « l'île Catalogne Nord », ce territoire taillé comme un lieu sacré, avec sa plaine fermée, ses vallées et sa montagne mythique qui fait face à la mer. Isolé et fermé par essence, ce pays souffre aujourd'hui de l'échange généralisé et de l'économie du savoir. Oublié par Paris, massacré par Montpellier, poliment ignoré par Barcelone, le pays envoie ses jeunes ailleurs, compte ses chômeurs, ses retraités et ses touristes tout en constatant que son PIB est plus proche d'une république ex-communiste d'Asie Centrale que du Limousin ou de la province de Murcia, alors que son jeu politique est proche des meilleures républiques bananières. Qui croit encore au Pays Catalan ? Quel catalan du Nord pourrait croire encore qu'il pourrait faire partie de l'élite des territoires européens ? Tout comme en rugby, la défaite est avant tout morale. On n'y croit pas, « És lo que hi ha » comme on peut l'entendre. Et cette absence de croyance rend aveugle aux bouleversements de l'époque, aux opportunités qui s'ouvrent, aux atouts et aux exceptionnels avantages que donne individuellement et collectivement l'appartenance à ce territoire. Combien de villes rêveraient de se situer à moins de 200 km d'une métropole au rayonnement mondial ?

« 10 années difficiles, et après c'est à nous »

Lors de la victoire de l'USAP en finale du championnat de France de rugby, les journalistes parisiens ont immédiatement rapproché ce succès de ceux du Barça, alors que l'hebdomadaire « Midi Olympique » titrait simplement « Campió », ce qu'aucun Catalan du Nord n'aurait pu penser ou dire. Pour eux, c'était évident, l'émergence européenne et mondiale de la Catalogne et de Barcelone n'était pas étrangère à la victoire perpignanaise. Étonnant pour les Perpignanais, ce logique amalgame est plus qu'un appel à assumer enfin cette catalanité qui fait la richesse de ce petit pays, d'autant plus si elle est porteuse d'un dynamisme économique et d'une créativité propres à la capitale catalane, à l'inverse de la ruralité du département, la langue propagée par Gérard Jacquet eut-elle à en souffrir. Au fond, accéder au dynamisme économique pour le Pays Catalan ne serait pas plus difficile que pour un trouble-fête juif galiléen d'imprimer des milliards de consciences durant des siècles. Il suffit avant tout d'y croire, et que cette croyance soit partagée par une majorité qui pousse dans le même sens comme les 22 Catalans le 6 juin dernier. A l’abordage des années 10, on n'attend plus que celui qui dira « Il y aura dix années difficiles, et après c'est à nous ».



Commentaires

#2. Melvyn 02.5.2016. 22.00h

Je suis plutôt d'accord avec Martí! Ça a espanté ceux du nord... le sud et l'Espagne sont pauvres (de leur point de vue), mais pour moi la Catalogne nord c'est le contraire... Alors l'USAP a bien prouvé que ce n'est pas l'argent qui fait un club mais bien ses joueurs!


#1. Martí 01.12.2015. 20.45h

Aquesta és una visió que des del sud no es veu perquè no s'acaba de conèixer ben be la realitat nordcatalana. Jo crec que més aviat se'n té la sensació que tot va millor que al sud perquè l'estat francès és senzillament molt més fort que l'espanyol. Crec que és una visió encertada i s'hauria de treballar en aquest sentit. Aprofito per felicitar en David Marty per la seva encertada frase i que tan de bó es pugui fer realitat.


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