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Samedi 9.12.2006. 00:00h

Quand les homos en font trop, se font-il du tort ?

Même animées d'intentions positives, toutes les initiatives ne sont pas bonnes à prendre dans une société communautariste où le problème du droit d'exister concerne encore les plus élémentaires
Quand les homos en font trop, se font-il du tort ? Quand les homos en font trop, se font-il du tort ?

Montréal, quotidien "Le devoir", 2 avril 2001 : "Des médecins de la clinique L'Actuel s'inquiétaient hier dans nos pages d'une vague de suicides et de tentatives de suicide survenue chez les homosexuels, dans les jours qui ont suivi la tenue du défilé de la fierté gaie à Montréal. (…) Loin de remettre en question la tenue de ces festivités, les médecins se demandent toutefois si le caractère exacerbé de cette fête n'a pas eu un effet déclencheur sur la détresse psychologique vécue par certains gays." Légitime interrogation qui prend tout son sens lorsqu'on aborde un sujet aussi sensible que celui de l'homosexualité. Et qui pose la question des conséquences de la volonté de certains de l'afficher coûte que coûte. Manifestement, nombreuses sont les personnes qui ne sont pas prêtes d'accepter l'étalage au grand jour des mœurs intimes de leurs voisins, surtout si ces mœurs ne sont pas comme celles que l'on a toujours considéré, très pieusement, comme "bonnes". Et le fait que l'impudeur remplisse les coffres des éditeurs et producteurs ne veut en aucun cas dire le contraire. Ce halo intime qu'est la sexualité de chacun est toujours parsemé de tabou et de secret. Nous sommes citoyens de l'Europe, mais nos obstacles intellectuels, eux, sont encore bien de chez nous.
Ce comportement si fermé nous renvoie d'ailleurs à notre triste ignorance. Car le fond du problème pour la majorité des citoyens n'est pas de vouloir et d'admettre, mais bel et bien de savoir et de comprendre. J'ai posé la question suivante à un enfant de 11 ans : "dis-moi s'il te plait en quelques mots ce qu'est pour toi l'homosexualité." Après quelques secondes d'hésitation, il me livra cette réponse : "Comment te dire….. C'est quand un homme fait l'amour avec un autre homme." Même si le chérubin a exclu les femmes, c’est un premier pas. Quel bonheur de l'entendre parler d'amour ! Spontanément, juste comme ça... Pour lui, l'homosexualité n'est autre qu'un acte d'amour d'un être envers un autre être de même sexe. Extraordinaire définition n'est-ce pas ? Malheureusement, certains faits et gestes de "défenseurs de la cause gay et lesbienne", pas toujours représentatifs d'ailleurs, prouvent qu'ils occultent cette dimension affective au profit d'images et de phrases agressives. Les exemples sont nombreux : mariage à Bègles (France) de deux hommes en 2004, discours d'Act Up, besoin irrésistible de certaines "célébrités" de faire étalage de leur sexualité dans la presse et les médias, etc, etc. Chaque fois, c'est tout l'édifice qui en prend un coup, quoi qu'on en dise.

Homos, hétéros : quelle place pour notre intimité dans la vie sociale ?

"Une société n'est forte que lorsqu'elle met la vérité sous la grande lumière du soleil". D'accord, mais il faut le faire avec pédagogie et prudence. Depuis notre plus tendre enfance et les bancs de l'école, nous n'apprenons pas à entendre mais uniquement à écouter. Très rares sont les enseignements qui développent en nous l'acuité, la force et le courage d'assumer la différence. Nous nous bâtissons à partir d'un modèle considéré comme "standard", basé sur des grands principes socio-religieux. Et nous savons que les principes ne sont rien, sinon des règles qu'on prescrit aux autres pour soi. Nous sommes ces autres. Que ceux qui revendiquent leur homosexualité se souviennent à l'égard des gens qui les condamnent, que ce sont souvent les bons sentiments qui font faire de vilaines choses. Ce que l'on considère comme un refus n'est pour la majorité que la conséquence d'une incompréhension engendrée par la peur de l'inconnu. Imaginer dans une société telle que la nôtre qu'un défilé comme la gay pride soit un vecteur de communication efficace est une erreur. Non, la question n'est pas de savoir si elle doit avoir lieu ou pas, mais de mesurer s'il est judicieux d'en faire un symbole de défense de la cause gay et lesbienne. Certes dans la société, on ne fait pas ce que l'on veut, mais on est responsable de ce que l'on est. Et responsable n'a jamais voulu dire coupable, à part aux yeux mi-clos de la justice. Vivre son homosexualité comme une culpabilité est un sentiment que développe le déni dans lequel la société place ceux qui ne passent pas au travers des mailles de la "norme". Se résoudre à l'évidence n'est pas toujours chose facile, mais le bonheur dans son quotidien passe souvent par là. Il ne faut pas se tromper : l'enjeu n'est pas de savoir si l'homosexualité existe ou pas, et si les homosexuels sont différents des autres. Mais bel et bien de mesurer l'importance que doivent occuper notre intimité et nos sentiments dans notre vie sociale.
Rappelons sans cesse l'urgence de légiférer massivement en faveur des couples homosexuels pour qu'ils existent ailleurs que dans l'ombre. Pour qu'enfin la société et le droit les considèrent. Mais n'oublions pas que la drogue la plus dure que l'humanité ait engendré sont les mots, et qu'ils suffisent à construire, mais aussi à détruire…



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