Personne ne niera l'intérêt de la communication, source de toute relation durable et efficace. Elle entretient les liens entre les personnes et permet la transmission de savoirs aussi nombreux et variés que l'Histoire, la Culture, l'information, etc. Quand elle est de masse, elle "sensibilise" la plupart d’entre nous… A la sauce territoriale, derrière la com’ que nous dégustons à longueur d'année dans nos boîtes à lettres électroniques ou traditionnelles, il y a de vraies gens qui émargent à 1000 € dans les petites communes, jusqu’à plus soif dans les grandes. Ces "créateurs" occupent les bureaux des nouveaux services "communication" ou "multimédia" de nos collectivités territoriales. Ils sont cette charmante jeune fille blonde qui vient chaque année au Noël de l'école faire des photos pour le bulletin municipal, ce vingtenaire new-age, boucles aux oreilles et cheveux longs, qui parle de culture et d'Histoire catalane sur le site web de votre village. En ville, ils sont parfois quadras ou quinquas et pondent des magazines totalement orientés, bombardent de slogans et d’images toujours de qualité… De quoi faire pâlir les auteurs de dépliants Leader Price, SFR ou Fenêtres Tryba !
"Des apprentis journalistes qui découvrent la grammaire de la langue de bois"
Pour un élu, la première étape dans le choix d'un responsable de com’ est celle de trouver celle ou celui qui acceptera d'écrire ce qu'il veut, quand il veut et comme il veut. Nous sommes loin des technocrates communicants parisianisés qui peuplent les couloirs du parlement et des partis politiques : ils sont hors champ, car spécialisés et conditionnés depuis tout petits. En Pays Catalan comme ailleurs en territoire français, nos communes d’importance moyenne ont vu émerger, lors de la décennie 1990, le besoin de fonctionnaires territoriaux, anciennement sous contrat TUC, CES ou Emploi Jeune, aux commandes de la communication locale. Ces apprentis journalistes découvrent les outils de communication en même temps que la grammaire de la langue de bois, façon Disney : ils inventent la féerie de proximité et ne communiquent que positivement, dans le seul but d'embrasser une carrière durable. A force d'en avaler, ils savent reconnaître le goût de la couleuvre farcie à la mode du territoire, qu’il soit village ou ville, Pays, Communauté de Communes ou d’Agglomération voire Région, autant que celui du café réchauffé dans le bureau d'à côté. Et ils ne reculent devant rien. Tout est bon à produire, pourvu que le chef suprême soit flatté. Face à leur écran plat 21 pouces, aux commandes de leur ordinateur ultra puissant, ils sont vite convaincus d'être les magnas de la presse territoriale ! Et si c’était vrai ? De leur bureau devenu plaque tournante de la société locale, ils sont au courant de tout. Et même s'ils ne savent rien, ils diront tout pourvu que ce soit dans l'intérêt du grand manitou qui les a nommés, et non sélectionnés pour le poste en question. Car s'ils avaient dû franchir le cap de sélections, ils seraient aujourd'hui peu nombreux à avoir été retenus pour l'emploi en question. Combien d'entre eux ont reçu une réelle formation en communication ? Combien d'entre eux ont la maîtrise des outils informatiques de création et de publications ? Combien sont-ils à pratiquer l'art de la photographie ? Qu’importe, toute cette communication n'est que propagande et autosatisfaction. D’ailleurs, la communication est-elle une notion suffisante ou faut-il lui faire précéder l’information, à laquelle jadis on adjuvait la connaissance… Non, aucun professionnel digne de ce nom n'accepterait de devenir la marionnette d'un édile et de ses colistiers.
Car si les vœux du grand sachem sont paroles d'évangile, ceux des adjoints et autres conseillers ne le sont pas moins puisqu’une bonne moitié des élus de nos collectivités territoriales est faite de capricieux à la fatuité exacerbée. Parmi leurs talents, celui de paraître cultivé sans avoir la moindre connaissance tient bonne place, surtout pour aborder un domaine qu’ils ignorent. Mais si la personne en face maîtrise son affaire, la portée d'un tel comportement est faible. Si l'ignorance est partagée, les conséquences sont surréalistes. Forcément, avec des dirigeants qui bluffent, la docilité poussée au paroxysme prédomine en matière de communication, et l’existence du bluff originel est même oubliée ! Derrière chacun des articles produits par nos journalistes fictifs se cache la flagornerie, grossière ou insidieuse. S’il est devenu évident que la communication locale est devenue une propagation de mensonges par omission, vérités arrangées, et blabla, si son seul but est d’imprégner le lecteur du liquide malfaisant de la flatterie, si ses créateurs en sont coupables, nous, les lecteurs, en devenons responsables.