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Blogs > Sengué Wangpo > Et si la critique anti-catalane était justifiée ?


Samedi 30.9.2006. 00:00h

Et si la critique anti-catalane était justifiée ?

"Dans la vie, il n'y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent." Ces mots du progressiste Saint-Exupéry renvoient à l’incapacité catalane à résist
Et si la critique anti-catalane était justifiée ? Et si la critique anti-catalane était justifiée ?

Un taux de chômage à plus de 12% quand la moyenne française est à 9. L'avant-dernière place hexagonale au classement du revenu disponible par ménage. Pratiquement aucune industrie. Il est une vérité qui fait des ravages depuis de longues années en pays catalan-Pyrénées-Orientales : ce pays est gagné par l'insignifiance. Car il ne suffit pas de vanter les atouts d'un terroir pour le rendre prospère. La culture ne se développe pas sur les linéaires de monuments historiques retapés, au mieux elle s'expose. Décider d'affecter de grands espaces vierges à des activités économiques n'y déclenche pas forcément une ruée vers l'or. Pourquoi ? Parce que l'or est ailleurs et les pionniers le savent. Oui, dans notre région les pionniers existent toujours, avec une différence notable : ce ne sont plus leurs tabliers qui sont en cuir, mais leurs attachés-cases qu'ils utilisent pour transporter vers d'autres contrées leurs idées, leurs qualités et par là même leurs deniers.
Ils ont à peu près tous le même parcours : d'abord l'école du village puis le collège et le lycée de la ville la plus proche. Jusque là rien d'anormal. C'est après que tout se complique, lorsqu'il s'agit de suivre des études supérieures. Là, ils doivent partir vers les villes aujourd'hui capables de leur fournir un bon diplôme supérieur, l'offre locale étant plus que restreinte. Puis, tous les grands pôles d'attraction de ces futurs diplômés étant concentrés au Nord, et plus particulièrement autour de la capitale parisienne (jacobinisme quand tu nous tiens !), il n'en faut pas plus pour vider littéralement la région nord-catalane (et les autres) de ses forces vives les plus performantes. Et la priver de ses chances d'améliorer significativement sa conjoncture socio-économique. Ainsi, celui qui affirme dans un dernier soupir "Ils sont vraiment nuls ces Catalans !" a raison puisque le système aspire les talents à Paris, dans une fuite des cerveaux locaux qui laisse les Pyrénées-Orientales exsangues, à quelques rares exceptions. L’auteur virtuel de cette affirmation fait preuve d'une courageuse clairvoyance, que nombreux, contrôlés par la police de leur pensée intime, se refusent.

"Fiers d'être Catalans" certes, mais fiers de quoi ?

En appuyant là où ça fait mal, le risque majeur est de cristalliser toutes les haines et les rancœurs des convaincus populaires. Car il est une réalité qui ne se dément pas : il est impossible de critiquer un peuple tout entier. Le faire provoquerait à n'en pas douter une levée de boucliers de ses bien pensants et autres défenseurs qui n'en mesurent la réussite et la performance qu'au poids de son histoire. Ils omettent d'ailleurs de préciser leur niveau d'implication dans le développement réel de leur idylle. Et ce mal est partout, il suffit de prêter attention à l'actualité mondiale contemporaine pour le vérifier.
Pour observer et comprendre ce qui aujourd'hui affaibli une région et son peuple, il faut choisir le bon angle d'étude. Et précisément en Catalogne Nord on ne peut pas dire que les choix mènent à l'objectivité et au triomphe de nos concepts. La dynamique locale substitue le gargarisme au réalisme. Certes nous avons développé face à la critique toute une stratégie qui consiste à mettre en avant nos plus beaux atouts. Juste un exemple : à 86 ans, le crooner Jordi Barre est toujours présenté comme l’artiste catalan par excellence, alors qu’en réalité, sa popularité et son sens aigu de la rengaine comme de la scène rendent toute succession impossible… Qui osera insinuer l’idée d’une relève, pour le bien de la communauté ? Probablement personne. On ne touche pas à l'icône. Pourtant, c'est cette politique qui isole plus qu'elle ne rapproche les Catalans des solutions efficaces ; et elle les rend encore un peu plus risibles aux yeux des autres. Oui, risibles. De Montpellier à Paris, la considération dont jouissent les Catalans est des plus insignifiantes. Les grandes orientations régionales, les restructurations des services publics, les manifestations culturelles, l'éducation, la santé, autant d'orientations majeures dont la région nord catalane est tenue à l'écart. Le parachutage d’un candidat aux législatives 2006 signale le peu de considération que l'appareil parisien a pour la région et ses habitants. Et si la victime de ce largage inique tente de réagir "en hauts lieux", le risque majeur qu'il court est que son accent catalan, "chantant et rocailleux", soit le seul souvenir croustillant qu'il laisse de son passage auprès des "autorités" compétentes.
Encore aujourd'hui, et même si ce constat bouscule les établis, un Catalan pris au sérieux est un Catalan expatrié. Oui, ils ont des compétences, oui, n'est pas Jacques Séguéla (le publicitaire) ou Cali (le chanteur) qui veut, mais pour exister et revendiquer son appartenance culturelle, il faut quitter sa région de naissance pour le tout paillette.
En serait-il toujours ainsi si Barcelone remplaçait Paris ?



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