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Samedi 11.8.2007. 00:00h

Des hommes préhistoriques au parfum d’ambre solaire

Le phénomène est surnuméraire depuis les années 1970 : sur fond de congés payés, une nouvelle espèce humaine s’installe d’un coup dans le Sud français et au-delà. Puis elle repart.
La réalité doit correspondre à tout prix à la photo... La réalité doit correspondre à tout prix à la photo...

Les homo touristicus ne se déplacent qu’en masse. A la date précise de début des grandes migrations, ils se rassemblent aux portes de leurs cités et entament leur long périple vers une destination choisie sur catalogue, après l'examen quotidien des soleils permanents au bas de la carte météo de TF1 (la tramontane sera constatée sur place). Le menu du voyage combine un cocktail indigeste de chaleur, de dioxyde et d’impatience qui ferait reculer n’importe qui, mais pas l’homo touristicus. Ses vacances pointent leur premier signe et il est déjà heureux lorsque survient le blocage entre les sorties Perpignan Nord et Perpignan Sud de l’autoroute A9, après 40 kilomètres de bouchon en Languedoc. Il semblerait même que sans ça, il soit si triste qu’il pourrait ne plus jamais partir.

La dictature du consommateur en short

Au court de sa longue traversée de la France, l’homo touristicus subit une mutation importante. Dès les premiers pas dans sa nouvelle région de villégiature, il adopte une posture observée par tous les habitants : le JTLD, J’ai Tous Les Droits. Car l’achat à prix d’or d’une semaine pour 6 personnes dans un mobil-home octroie la toute puissance. Et les indicateurs de cette mutation sont légion. Le planté de parasol dans le sable fin de Canet est bien plus amusant lorsque la tramontane dépasse les 60 km/h et que chaque envol de l’engin frôle la tête du voisin. Le parachutage de détritus depuis le télésiège des Angles donne à la montagne des reflets de décharges très fun après la fonte des neiges. Le remplissage de caddy en fin de journée dans les allées surpeuplées de l’hypermarché voisin est toujours un bonheur, surtout lorsqu’il est possible de bousculer la mémé locale pour lui griller la politesse à la caisse. Quant à la dispute entre homo touristicus dans la traversée de Collioure, c’est toujours un classique de l’été dont on ne se lasse pas.

Le pays doit correspondre à la photo sur catalogue

Notre spécimen réserve le meilleur à ceux qui l’accueillent, car il n’est pas possible que l’offre réelle ne corresponde pas au catalogue. Banyuls sur mer, été 1985, alors qu’un feu ravage les forêts de la côte de Llançà en dangereuse direction de Collioure, un homo touristicus entre dans le bureau du secrétaire de mairie pour se plaindre du vrombissement des canadairs au-dessus du camping municipal ! Sur la brochure, l’office du tourisme avait eu l’imprudence d’indiquer que l’endroit était calme et loin de l’agitation du front de mer. Hiver 2003, Formiguères, une délégation d’homo touristicus assaillit le bureau du directeur de la station pour exiger le démarrage des canons à neige, faute de neige naturelle. Inutile de parler de conditions météo. Si les canons sont là, c’est pour qu’ils
fonctionnent.

Et en plus, c’est contagieux

Face au phénomène, l’autochtone élabore parfois des stratégies inédites et souvent médiocres. Par exemple s’approprier ce qui ne leur appartient pas et le rendre attrayant pour les visiteurs avides de sensationnels. C’est ainsi que dame nature se voit privée de tous ses biens, les uns après les autres. Donner du cachet à un lieu quelconque pour attirer le chaland qui, une fois rendu, ne pourra que constater le manque d’intérêt réel. Dénaturer et détruire l’habitat local, nier l’histoire pour implanter d’immenses zones d’accueil pour homo touristicus. Faire d’un monument magnifique et très riche d’enseignements historiques une vitrine excentrique et mégalo. Les visiteurs ne retiendront que le nom du propriétaire mais oublieront la raison d’être du vestige en question. Implanter des parcs à homo touristicus les uns sur les autres, quitte à défigurer une région entière. Mais, au fait, nous sommes tous des homo touristicus, un jour ou l’autre… Alors, pourquoi ne pas rester toujours à l’écoute du pays qui nous accueille ? Il a tellement de choses à dire…



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