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Blogs > Roger-Daniel Suarez > La Chine fantasme sur la voiture, l’Europe sur le vélo


Samedi 26.1.2008. 00:00h

La Chine fantasme sur la voiture, l’Europe sur le vélo

A l’heure où les classes moyennes de Chine, premier producteur et consommateur de bicyclettes, découvrent l’automobile, les embouteillages et la pollution, les Européens s’orientent vers le vélo en ville. Une pirouette à la mondialisation
Manifestation pro-vélo, Perpignan, juin 2007 Manifestation pro-vélo, Perpignan, juin 2007

Dans un monde où les infos et les transports s’accélèrent, le retour du vélo en ville est une nouvelle tendance à contre courant. Ce retour en force imposé par les politiques urbaines est inégalement ancré en Europe : 38% des déplacements à Copenhague se font par vélo, 30 % à Bâle et Amsterdam, mais à peine 1% à Athènes, Madrid et Lisbonne. Le climat n’est donc pas un élément déterminant dans la pratique du vélo, et les déséquilibres sont profonds. La culture explique bien cela, les pays nordiques comme le Danemark ou encore la Hollande ont développé depuis longtemps une "culture vélo", et, chez nous, quelques clichés à son égard. Pour eux, le vélo est l’image de liberté, de moyen idéal pour protéger l’environnement, pour les différentes catégories sociales : riches ou pauvres roulent à bicyclette. A l’inverse, dans les pays africains, le vélo est considéré comme indigent et l’envie majoritaire est de se procurer un moyen motorisé, au moins un deux roues, pour se déplacer.

Le vélo, nouvelle pollution visuelle !

Le vélo est au cœur d’une politique urbaine lancée à l’échelle européenne, autour du congrès itinérant Vélo City, la conférence mondiale de la politique cyclable, et locale, sur les exemples de Velib à Paris, Véloloco à Perpignan ou Bicing à Barcelone, portant sur la création et l’extension des pistes cyclables. Car au moment où les villes sont engorgées par les embouteillages et asphyxiées par la pollution, le vélo apparaît comme la solution à moindre coût, propre d’énergie, bon pour la santé physique et qui pourrait permettre de rendre une ville plus saine et plus propre. C’est 100% logique et implacable, et, du coup, fleurissent dans toute l’Europe des systèmes de location de bicyclette. Mais au-delà de ces objectifs plus que louables se cachent de nombreux enjeux. Tout d’abord, la volonté de satisfaire le lobby des cyclistes. Ce fut le cas aux Pays-Bas où la fédération nationale du cyclisme a fait pression sur le gouvernement néerlandais afin qu’il engage un plan directeur cyclable. Les écologistes sont aussi des acteurs importants, l’exemple allemand est révélateur. Dans les années 1980, la montée en puissance du mouvement des Verts est à l’origine du lancement d’un grand programme d’aménagement cyclable. Enfin, il faut souligner des enjeux économiques. Derrière le Velib et la plupart de ce type de services se cache en fait un marché : vélo contre publicité. Le contrat est simple la société de mobilier urbain fournit à la municipalité les stations et les vélos en échange d’octroi de panneaux publicitaires. Cela va même jusqu’à faire de la bicyclette un support publicitaire comme à Toulouse. Pour lutter contre la pollution atmosphérique, auditive, il faudrait accepter désormais une pollution visuelle !

Des politiques à vélo devant les caméras

La politique urbaine oublie que des conflits d’usage existent entre automobilistes, cyclistes et piétons. C’est toujours le plus rapide et le plus « matériel » qui prend le dessus. Les projets politiques du tout vélo, qui tendent à se généraliser, nécessitent de nombreux investissements, des infrastructures plus adaptées et une vision de la voirie partagée, pour assurer la cohabitation de tous ses usagers. Si cette politique est voulue par les puissants, ils ne l’appliquent guère sauf pour quelques opérations média comme la Journée sans voiture qui peine à s’organiser tous les 22 septembre. Et la télévision diffuse l’image d’élus politiques, à vélo dans les rues de Paris, qui en réalité oublient leur pédalage dès le lendemain en prenant leur voiture avec chauffeur ! Une volonté, une fois de plus, de s’en prendre aux plus humbles. De toute façon, le stéréotype du mode de vie occidental, entre villa quatre faces et grosse voiture, reste une valeur sûre.



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