Parmi les cycles brefs de l’humanité, les Trente Glorieuses, de 1945 à 1973, furent l’apanage de l’automobile, de la télévision, du lave-linge et du frigo. Le cycle actuel contient le téléphone portable, le lecteur MP3 et l’ordinateur avec connexion Internet. Et le milliard et demi de personnes qui ont surfé sur le web en 2007 a de quoi interpeller l’importance de l’outil auprès des politiques, qui n’ont pas attendu pour l’utiliser et diffuser leurs idées. Les dernières élections ont montré l’évidence : une candidature, un site… peut-être pour tenter d’intéresser les citoyens qui s’éloignent de plus en plus de la politique, en utilisant une technologie dite "moderne" pour mettre en avant ce qui apparaît archaïque. Mais, si les investissements sont importants, la rentabilité est relative, à l’aune du site du maire de la ville la plus visitée au monde, Paris, pour sa campagne des municipales 2008 : celui-ci a reçu seulement 500 visites par jour ! Ce qui ne l’a pas découragé pour déposer vite fait le nom de domaine www.delanoe2012.com : les prochaines présidentielles françaises finiront bien par arriver.
Internet et la "chaussette de Perpignan"
A l’image de la presse écrite, lors du scandale du Watergate, causant la chute du président américain Nixon en 1974, Internet peut-il déstabiliser les politiques ? Au lendemain des élections municipales de 2008 Perpignan a fleuri sur le site de vidéos en ligne Dailymotion une chronique quotidienne des événements : "L’affaire de la chaussette". Depuis, des reportages, des interviews des intéressés, des images des manifestations sont visibles aux yeux du monde, et Perpignan, centre du monde pour Dalí, est devenue "capitale mondiale de la chaussette". D’ailleurs, "C’est dans les chaussettes" est une expression géorgienne qui désigne une victoire assurée ! Cette référence rappelle les entorses à la démocratie dont souffrent les pays de l’Est… Mais, en réalité, l’avalanche de vidéos perpignanaises relatives au second tour des municipales 2008 contient bien des éléments discutables et pose bien des questions. Si la Télévision avait diffusé un quart de ces images, on peut gager qu’une bonne dizaine de procès en justice seraient en cours, mais internet reste mineur par rapport à la divine télé. Jusqu’à quand ?
Un clip diffamatoire sur le maire de Perpignan
"Et on fait tomber les chaussettes", chanson du groupe d’humoristes catalans "Trio de choc", est un clin d’œil aux élections perpignanaises pour dénoncer le prétendu système mis en place par le maire, Jean-Paul Alduy. Mis en ligne sur Internet le 28 mars 2008, ce titre fort amusant fait référence aux bulletins cachés dans les chaussettes de Georges Garcia, le président du bureau de vote n°4 de la ville, mis en examen le 18 mars… Mais on y entend aussi les mots "écrans plasma" et "scooters vespa" en allusion aux cadeaux prétendument offerts aux administrés malléables en échange de suffrages préférentiels : ce clip expose publiquement des rumeurs clientélistes persistantes. Dans ce contexte, une chanson accusatrice est-elle répréhensible ? Internet fait-il partie du réel ? S'il est certain que le réseau palie les oublis des médias classiques, lorsqu'il montre un président Sarkozy légèrement ivre au sommet du G8 en juin 2007, peut-on tout faire sur la toile ? La limite est un enjeu, à l’instar de la Chine, première communauté d’internautes avec 228,5 millions d’adeptes, où Internet constitue un poumon démocratique. Les autorités du pays, en censurant les sites Youtube ou Google, zappent des consciences les vidéos de manifestations de moines tibétains réprimés par la police. Avec quelques fuites de système, Internet peut être le point de départ d’une révolution chinoise, pendant que Perpignan se demande encore si tout cela est vraiment sérieux.