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Les Etats providence, mères nourricières publiques, sont apparus en Europe au XIX siècle avec la Révolution industrielle, et par conséquent le développement de la classe ouvrière. Ils étaient destinés à l’origine à aider les déracinés des campagnes qui se retrouvaient à travailler dans les usines. Le système des assurances sociales garantissait la continuité d’un revenu et palliait ainsi la perte des solidarités familiales et locales des sociétés agricoles. En France, il excelle, l’Etat providence connaît son apogée durant les Trente Glorieuses (1945-1973). C’est l’apparition de la Sécurité sociale en France et du Welfare State en Angleterre. Le fordisme et la diffusion des théories de Keynes ont entraîné une explosion des dépenses sociales : 5 % en 1945 à 25 % du PIB moyen européen en 1975. Les dispositifs de protection sociale se diversifient et permettent alors de soutenir la croissance économique. Ils créent des emplois dans l’administration ou le sanitaire et aident les malades, les chômeurs, les personnes âgées à maintenir leur pouvoir d’achat.
L’Etat providence ne comprend plus le film
Au fil du temps, de nouvelles aides apparaissent afin d’offrir une couverture financière ou sociale aux exclus : le Revenu Minimum d’Insertion en 1988, la Couverture Maladie Universelle en 2000, le Revenu de Solidarité Active en 2009. Malgré ses initiatives, l’Etat providence français peine à évoluer face aux transformations sociales. Dans cette nouvelle société, les femmes travaillent, les couples se séparent, la fécondité diminue, l’espérance de vie s’allonge considérablement. Le passage du baby boom au papy boom met en avant l’épineux problème des retraites. Le modèle familial évolue aussi. Le développement des familles recomposées et monoparentales n’est pas en harmonie avec le fonctionnement des systèmes conçus sur la famille traditionnelle. Tout cela provoque un déplacement de la pauvreté, qui ne se concentre plus chez les personnes âgées mais affectait, en 2008, plus de 2 millions d’enfants en France. Ceci est la conséquence du bas niveau de revenus de leurs parents dû en particulier au chômage ou à la précarité de leur emploi : un tiers des enfants pauvres vivent dans un couple dont aucun parent ne dispose d’un emploi. La pauvreté touche par ailleurs de plus en plus les jeunes adultes : plus de 800.000 personnes âgées de 18 à 24 ans sont concernées en France, idem en Pays Catalan, avec 17.000 sans emploi en décembre 2008. Elles ne disposent pas d’un soutien familial ou étatique, notamment parce qu’il est nécessaire d’avoir accompli 25 ans pour percevoir le RMI. Enfin, 27% des familles monoparentales vivent en dessous du seuil de pauvreté, essentiellement des femmes avec enfants, un chiffre qui bondirait à 46% si elles ne bénéficiaient de transferts sociaux tels que les allocations logement et familiales ou autres minima sociaux.
Aides sociales éternelles ?
Comment répondre à ces nouveaux besoins sociaux en France ? L’Etat a-t-il les moyens de tenir encore ses engagements ? La crise actuelle entraîne une paupérisation de la société et un accroissement des inégalités, mais la tendance s’accompagne d’un désengagement progressif de l’Etat. Au nom de l’efficacité, l’aide sociale est présentée comme un assistanat et non une solution à l’insertion et à la lutte contre la pauvreté. De plus, elle pose le problème du coût, car, dans un monde qui privilégie l’économie à la société, maintenir l’Etat providence sous sa forme actuelle est difficile. La réforme des retraites françaises a bien illustré l’engagement dans cette voie. Forcément, la solidarité est indispensable car une démocratie ne peut accepter que ses citoyens vivent dans la pauvreté et affrontent seuls les aléas de la vie, alors l’Etat tente toujours de jouer son rôle. C’est à ce titre que le RSA a vu le jour. Remplaçant du RMI, il est à la fois un revenu de complément et une aide pour les personnes qui ne travaillent pas. Le coût de cette mesure s’élève à 1,5 milliard d’euros et son mode de financement reste encore flou. L’Etat français s’engage encore, mais jusqu’à quand ?