Les risques sont d'autant plus élevés que l'information délivrée est plus complexe, à trois degrés… Cette information provient du fait que nous émettons nos signes dans un monde réel dans lequel nous entretenons des relations réelles, au premier chef des connexions physiques.
Les trois degrés de la surveillance
Au premier degré, ce seront de simples traces comme l'enregistrement du passage de notre portable dans le champ de plusieurs antennes ; alors, il est facile, par triangulation, de localiser assez précisément la position du téléphone mobile. Nous étions là, tel jour, à telle heure…De même les listings de notre banquier nous localiseront devant un distributeur automatique de billets, au supermarché ou dans une boutique. Avec l'ADN que nous semons à tout vent, nous déposons des cartes d'identité en tous lieux, à tout moment. Les logs de notre fournisseur d’accès à Internet témoigneront que nous étions probablement devant notre ordinateur à une certaine heure.
Au deuxième degré se situent de véritables empreintes, à savoir l'inscription sur un support quelconque, souvent magnétique, de faits ou d'évènements dans lesquels il est certain, probable ou possible que nous soyons impliqués. Une caméra enregistre notre visage dans une manifestation ou tout simplement dans la rue. Toutes nos appartenances explicites à des entités sociales (partis, associations, clubs, etc…) matérialisées par des cotisations, des cartes, des dons, sont autant "d'empreintes sociales". De plus, le couplage de traces du premier degré produit des signes de ce niveau : le portable produit des interactions avec tel quartier, tel immeuble, tel autre portable d'une autre personne présente au même moment à proximité.
Au troisième degré les traces et les empreintes que nous avons laissées rencontrent des concepts du sens commun. Pour les traces, il y aura beaucoup d'incertitudes : si vous étiez devant un distributeur automatique de billets à 23 heures et si des casseurs l'ont emporté avec un bulldozer à 23 heures 15 vous pourrez éventuellement être suspecté de vous être livré à du repérage. En revanche, tout membre d'une association luttant contre l'homophobie se verra presque à coup sûr classé dans l'homophilie par sa tante Edvige. Et si par malheur votre téléphone a croisé la route de celui de Ben Laden, attendez-vous à ce que votre tante Cristina vous envoie de la visite vers six heures du matin ! Quant à vos boîtes e-mail, le spam qui les goinfre à chaque instant contient l'écho des catégories dans lesquelles les trackers du web vous on fait entrer.
Despotisme au troisième degré : l’anti-homophobie reclassée en homophilie…
On l'a compris, le troisième degré est celui de la catégorisation des empreintes. Constituer un fichier de renseignements sur des individus, c'est choisir un certain nombre de catégories considérées comme significatives, dans lesquelles vos traces et vos empreintes vont être classées. Dorénavant, vous avez perdu l'infinie diversité changeante de vos goûts, appartenances et postures intellectuelles, pour être figé (fiché) à jamais dans un ensemble de concepts qu'une autorité a décidé de vous appliquer. Dorénavant, vous n'êtes plus un citoyen lambda mais une liste de catégories prédéfinies. Certes on comprend que l'élucidation de crimes et délits puisse bénéficier puissamment de l'effet de levier que permet la concentration d'informations catégorisées. Et il est des catégories de la délinquance qui méritent d'être répertoriées. Mais prétendre attribuer dès aujourd'hui une catégorie à qui que ce soit, et ceci dès l'âge de 13 ans, c'est conférer à ceux qui en sont chargés un pouvoir d'anticipation extraordinaire dont l'irrationalité est telle que je n'hésiterai pas à les classer parmi les voyants(es). Comme l'écrit l’astrologue Elisabeth Tessier : "Et puis notre destin nous ressemble. Nous devenons ce que nous sommes, voire ce que nous pensons". Edvige, Cristina, Tessier, même combat ?