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Blogs > Robert Marty > Sécheresse : maudit soit le gazon...


Samedi 29.12.2007. 00:00h

Sécheresse : maudit soit le gazon...

Selon Raymond Devos, "Un jardinier qui massacre une pelouse est un assassin en herbe"… La sécheresse persistante conjuguée à la surexploitation de la ressource en eau liée notamment au tourisme désignent
Sécheresse : maudit soit le gazon... Sécheresse : maudit soit le gazon...

D'ores et déjà les préfets prennent indirectement la responsabilité de l'holocauste. L'arrêté préfectoral du 1er août 2007 stipule que "à compter du 1er août, l’arrosage des espaces verts publics et privés ainsi que le lavage des véhicules hors des stations sont interdits (…) Toute infraction aux dispositions des mesures de l’arrêté sécheresse est passible d’une contravention de 1500 à 3000 euros, en cas de récidive, précise la préfecture des Pyrénées-Orientales, Ces mesures pourraient être renforcées “en fonction de l’évolution de la situation hydrologique”. Nos jardiniers, devenus assassins, s'en prendront de préférence aux touristes, car un touriste vivant à l’hôtel consomme trois fois plus d’eau par jour qu’un habitant local. Il engloutit entre 300 et 850 litres d’eau par jour pendant l’été... Sans compter les piscines, pelouses verdoyantes et, dans le pire des cas, terrains de golf qu'on construit à son intention. Un green, entre 50 et 150 hectares, a besoin de 1 million de m3 d’eau par an. Soit l’équivalent de la consommation d’eau d’une ville de 12.000 habitants.

Une pratique contre Nature

Plus qu'ailleurs, le gazon, autour de la Méditerranée, est contraire aux données premières de la Nature. Le sol souvent argileux et lourd doit être très sérieusement amendé avec du sable, de la tourbe, du terreau, quand il n'est pas tout simplement remplacé à grands coups de benne par des terres horticoles. La maison sera posée dans un véritable artefact vert, entretenu à grand frais, et consommateur avide d'eau. Une eau souvent prélevée dans les nappes phréatiques que les ardeurs renouvelées du soleil évaporeront à grande vitesse. Autour du jardin, les cistes, les genévriers, les romarins, les genets de la garrigue ou encore les ceps émaciés des vignes témoigneront d'une Nature qui souffre et qui résiste à la sécheresse, une Nature qui s'est adaptée depuis des siècles et des siècles. Le gazon rentre en dissonance profonde avec cet espace ancestral et chaque carré vert témoigne de la présence d'envahisseurs venus d'ailleurs avec la ferme intention d'imposer sur ce paysage un cadre de vie qui fut le leur, de pays où il pleut. Ils trouveront sur place le renfort de natifs qui ne croient plus en leur terre et s'exilent chez eux dans un enfer vert qu'ils recopient servilement depuis les brochures sur papier glacé qui remplissent leur boîte à lettre et les séries décérébrantes de l'american way of life qui inondent leur écran de télévision.

Une pratique contre Culture

Car le gazon est, dans toutes les têtes, l'écrin de l'idéologie de la maison individuelle, l'Alpha et l'Omega de l'individualisme exacerbé. Une étude qualitative de l’institut BVA de novembre 2006, commandée par les marchands de gazon, a mis en lumière que le gazon était "un enclos d'intimité, le théâtre de tous les imaginaires, un lieu de ressourcement, de rupture, d'expression et de partage, un reflet de soi-même, un petit univers à soi où l'on trouve détente, apaisement, équilibre, un dérivatif aux soucis et enfin une unité écologique de base pour un retour à la nature" ! Bref, un "privilège dans un contexte de vie stressante et d'environnement pollué". En somme une sorte de Center Park individuel, complément de la piscine, petite mer personnelle. Dans ce naturel d'opérette, tout est en place pour une vie d'opérette. Pourtant dans ces séries américaines des femmes désespérées tentent de montrer l'envers de ce décor. Mais rien n'y fait. Les vrombissements des tondeuses du samedi matin couvriront leurs plaintes, la fumée des barbecues du dimanche justifiera les yeux rougis du lundi.
Siset, ne vois-tu pas ce gazon vert, sur lequel nous nous sommes couchés ? Si tu n'arroses plus par-ci, si je n'arrose plus par-là, c'est sûr qu'il se dessèche, et nous pourrons nous libérer !



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