Dans ses pages Tourisme, l'organe de communication du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, L'accent Catalan n°25, nous informe que le Pays Catalan s'est invité en Chine. Nous y apprenons qu'à cette occasion un accord de partenariat exclusif pour la Chine a été signé entre une société catalane (Les Vignobles du Rivesaltais) et une société chinoise. La taille relative des partenaires donne aussitôt à rêver ! D'un côté la Chine ; de l'autre le Rivesaltais… Immédiatement le rêve prend corps : la production annuelle du muscat de Rivesaltes est en moyenne de 130 000 hl ; compte tenu qu'il y a au moins 600 millions de chinois et de chinoises en âge de boire, si chacun(e) d'eux buvait 2 centilitres un tiers de muscat (autant dire juste de quoi y goûter) un dimanche, à l'apéritif, ils boiraient dans l'instant toute la production du Rivesaltais ! Et il n'y aurait plus de crise viticole ! Il faudrait même replanter à la hâte les vignes arrachées ! Quelle histoire !
Des containers de "bunyetes" pour le marché chinois
Mais le rêve peut se prolonger ! Pourquoi se limiter à l'apéritif ? Une rondelle de saucisson pour chacun et ce sont toutes les charcuteries du département qui font les trois huit ; une louche d'ouillade et une file ininterrompue de tankers vient tous les jours s'approvisionner à Port-Vendres disputant les quais aux cargos venus charger les containers de bunyetes en vue du dessert. Des bunyetes fabriquées dans des chaînes flambant neuves installées dans les locaux récemment libérés par le journal L'Indépendant à Rivesaltes : on imagine que les chercheurs pourraient mettre au point une rotative spéciale produisant cette spécialité catalane pascale, à grande vitesse et en continu... Et puis on imagine les divers comités chargés de l'expansion économique qui pourraient plancher sur l'exportation des côtelettes d'agneau accompagnées des sarments de vigne correspondants, pour les griller, sans parler des escargots de nos garrigues. Bref, c'est toute la filière agro-alimentaire qui serait mobilisée, jour et nuit, et la prospérité déferlerait sur nos villes et nos campagnes !
Arrêtons là la plaisanterie car trop de gens de la Catalogne du Nord souffrent de la crise. On les a fait rêver depuis quelques années avec le rêve barcelonais, un rêve de proximité, une spécialité de la mairie de Perpignan. Voilà maintenant qu'on veut les faire rêver avec un rêve d'exotisme, une spécialité du Conseil général... L'un si près, l'autre si loin…
D'un rêve à l'autre…Lequel est le plus réel ? Le plus près ? Le plus loin ? Mais l'important n'est-il pas de faire rêver ?
+ info : http://www.arnauddevilleneuve.com/actualite/presse.htm Robert Marty | 03.02.06 [Donnez votre avis]