Autant qu'il m'en souvienne la Mairie de Perpignan, actuellement UMP, et le Conseil Général, P.S., ont toujours été en position antagoniste et ceci quelle que soit l'appartenance politique des majorités de l'une ou de l'autre. Cet antagonisme est clairement fondé, à tort ou à raison, sur un couple opposant zones urbaines et zones rurales. On pourrait raisonnablement penser que les oppositions sont moins fortes lorsque les majorités politiques coïncident. Il n'en est rien et peut être même est-ce le contraire qui serait vrai tant la compétition pour le leadership dans chaque camp est intense. Au sein du Conseil Municipal de la ville-centre, les conseillers municipaux de tous bords qui sont aussi conseillers généraux sont quasiment investis par le maire et l'assemblée d'une mission de défense des intérêts et des dossiers de la ville. Faire payer aux ruraux les services offerts par la ville est une préoccupation constante : par exemple, les droits d'inscription sont plus élevés pour eux. Les ruraux rétorquent qu'ils viennent en ville dépenser leur argent et font tourner les commerces.
Deux aimants, quatre pôles
Tout se passe comme si le champ politique était sous la dépendance de deux aimants différents dont les axes ne coïncident pas. Chaque consultation électorale sollicite l'un d'eux en actualisant un champ de forces. Les électeurs se distribuent dans ce champ selon leurs opinions comme autant de particules de limaille de fer. Ils ont une forte tendance à s'accumuler autour de chaque pôle. Par exemple droite-gauche pour un second tour de présidentielle. Mais les effets de l'autre aimant ne sont pas pour autant annulés. Il y a un phénomène de rémanence dû au fait que chacune des élections a des conséquences sur les suivantes. Un succès national français encourage des ambitions locales ou permet de bétonner une situation acquise. A l'inverse un échec fragilise. Comme, de plus, les politiciens professionnels planifient leurs parcours depuis les origines, leurs stratégies personnelles sont des lieux de couplage objectifs des deux champs. Autrement dit, ils articulent en permanence dans leur trajectoire le local et le global. On sait par exemple que les couplages maire-sénateur ou président de Conseil Général-député sont des positions quasiment inexpugnables, sauf tsunami électoral national français.
Le destin de la limaille de fer
Et les électeurs dans tout ça ? Ballottés d'un champ à l'autre ils sont contraints à des calculs stratégiques complexes que les tactiques des candidats ne facilitent pas, chacun s'employant à brouiller les cartes et à créer du flou. C'est ainsi que le Conseil Général attaque la Mairie dans son "cœur de métier" en implantant des permanences actives dans le quartier Saint-Jacques (voir l'excellent article de David Giband, "Les évènements de Perpignan : la fin d’un système géopolitique", Hérodote,. N°120, 2006, p 177-190). La Mairie riposte en accroissant continûment le périmètre de l'Agglomération Perpignan-Méditerranée, qu'elle contrôle politiquement, créant une sorte de Conseil Général bis regroupant des zones périurbaines et des zones rurales. Dans les listes des municipales on trouve de la droite dans la gauche et de la gauche dans la droite. Le maire sortant ne craint pas d'avouer un passé trotskiste voire situationniste ; sa principale adversaire fut l'adjointe de son père et siégea à droite au CG…La limaille de fer tourne en bourrique ! Un tel système est pratiquement fermé. La création d'un pôle nouveau ne peut guère attirer que des particules à faible liaison dans chacun des deux champs. Elles ne pèsent pas lourd et le statu quo reste pratiquement le seul avenir prévisible… Mais comme le dit la sagesse populaire : "Dans la vie, faut pas sans fer".