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Samedi 21.4.2007. 00:00h

L'éclipse de gauche : partielle ou totale ?

La "gauche" made in france est-elle une notion-souvenir, ou au contraire, une incrustation permanente dans l'ensemble des sensibilités concurrentes ? Où est-elle passée ?
L'éclipse de gauche : partielle ou totale ? L'éclipse de gauche : partielle ou totale ?

À en croire nombre de commentateurs de la vie politique, la "vraie" gauche serait de moins en moins visible. On ne saurait pas trop où elle se situe et quand on pense l'avoir repérée on aurait du mal à la reconnaître. Certains pensent la voir à droite, aux franges de la social-démocratie, d'autres attendent l'abandon des atavismes marxistes pour une réapparition moderne. D'autres encore font dans l'incantation pour réactiver les glorieuses heures d'un passé fait d'unités plus ou moins plurielles, d'autres enfin recyclent des vieilles lunes sympathiques chargées d'éclairer un hypothétique grand soir. En fait, la gauche du "peuple de gauche", qui nous a modelé la modernité à grand renfort de messianisme social gagé sur le progrès scientifique, est perdue dans les brumes post-modernes, emportée avec les grands récits qui constituaient son armature. S'il est juste de parler de "droitisation" de la société civile et de "lepénisation des esprits", la gauche, en suivant le mouvement général, ne serait plus là où se portait habituellement le regard. Ou alors, un obstacle non identifié s'interposerait devant elle, créant une éclipse dont il faudrait attendre la fin dans une angoisse propre à ce phénomène cosmique.

Après l'éclipse, quelle forme aura la gauche ?

Dans quel état allons-nous la retrouver, la reconnaîtrons-nous, serons-nous encore de gauche lorsqu'elle reparaîtra à la fin du cycle politique en cours ? Poser ces questions recouvre cependant un présupposé de taille selon lequel les repères qui permettent d'identifier la gauche seraient des universaux absolus et intemporels qui échapperaient par nature à toute historicité. Une conception transcendentale de la gauche qui résisterait aux épreuves du temps et à l'inconstance des hommes. A cette conception on peut opposer une gauche comme "construit social réflexif", c'est à dire une gauche qui épouse son temps, actualisant en temps réel des valeurs fondamentales, de façon à réaliser au mieux justice et progrès pour tous sur tous les plans, en tous lieux et en tous temps. Et puisque nous sommes à une époque charnière, voire de crise, il faut savoir porter ailleurs son regard, éventuellement changer de lunettes et jeter par dessus bord bien des certitudes que l'on pensait éternelles. C'est dur.

Quand la droite cite Jaurès, quelle place pour la gauche ?

La présidentielle 2007 présente une nouvelle donne générationnelle assortie d'offres politiques qui toutes prétendent être adaptées à notre temps. C'est l'occasion rêvée d'observer dans le paysage politique français actualisé comment se présente la gauche aujourd'hui. Car extrême-droite, droite-extrême, droite dure, droite molle sont bien là…chacun les reconnaîtra sous ces appellations…Extrêmes-gauche, verts, alter-mondialistes sont, sans surprise à leur place. La gauche socialiste est quelque part entre ces deux pôles bien identifiés…Elle serait partiellement ou totalement occultée par des écrans de fumée produits à grand renfort de discours paradoxaux par la droite sarkozyste qui n'hésite pas à citer Jaurès et Blum, comme pour se vacciner de la contamination du lepénisme qui la gagne jour après jour, aussi bien que par le ni-ni des bayrouistes qui prétend porter le regard dans des zones noyées dans d'épais brouillards idéologiques. De l'autre côté on martèle bruyamment de vieux panneaux indicateurs en tôle émaillée marqués "La révolution prolétarienne, c'est par ici !". La pression de conformité produite par cette unanimité des contraires à nier la présence effective de la gauche dans le paysage est telle qu'on entend fort peu de dénégations. D'ailleurs, la pensée unique enregistre déjà sa disparition pendant que des élites parisiennes au sourire moqueur et aux noms romains s'installent déjà dans un après 2007 social-démocrate, à tonalité bancaire.

Le background de gauche est dans tous les partis, donc la gauche se fond dans le paysage

Et si la gauche était en train de muter en se confondant dans l'arrière-plan culturel et social ? Si le discours nouveau de la gauche était tellement dans l'air du temps qu'il se confondait avec lui ? Si, pour la voir, il fallait faire un effort comme dans les magazines à la page "jeux" : "Une gauche nouvelle est cachée dans ce dessin, découvrez-là !". Cette idée touche peut-être le vrai car elle recoupe parfaitement le slogan de Ségolène Royal, la candidate socialiste : "La France présidente". Car si la France est partout, rien d'étonnant à ce qu'elle n'apparaisse nulle part, faute de contraste. Cette thèse est confortée par sa méthode dite de "démocratie participative" qui fait de chacun le sujet et l'objet de la politique, au point qu'on ne sait plus lequel est l'un et lequel est l'autre. La candidate explique ce que les observateurs appellent approximations, improvisations et voltes-faces : en fait, ce ne seraient que des ajustements, des mises au point, des recadrages exigés par la méthode, elle-même guidée par le but de représenter au maximum un "peuple de gauche" tel que la société d'hyperconsommation l'a transformé : une poussière d'individus avec quelques grumeaux inconsistants recherchant en vain le bonheur dans l'accumulation sans fin d'objets manufacturés à bas prix dans la lointaine Asie. Ce pari de l'esprit est risqué, mais quand la politique ne se risque pas dans de l'audace, elle est un théâtre d'ombres. Et la gauche choisit de devenir une sorte de nostalgie.



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