Logo
rellotge
Jeudi 4 décembre 2008. 06:20h
Origami STAR 728-90
nuvols_parcials
Barcelona
nuvols
Perpignan
nuvols_parcials
Girona
nuvols
Toulouse

Actu et Société en Catalogne Nord et Sud
Blogs > Robert Marty > L'accent hiérarchise les rapports humains


Vendredi 3.10.2008. 21:00h

L'accent hiérarchise les rapports humains

L'accent, particularité de diction dans une langue, est un marqueur territorial et/ou social. Il attribue une appartenance géographique ou sociale à ceux dont il colore l'expression. De ce fait, il hiérarchise les rapports humains.
Renaud Donnedieu de Vabres, ex-ministre de la Comunication Renaud Donnedieu de Vabres, ex-ministre de la Comunication

Un de mes enfants rentre un jour du lycée, mort de rire, en scandant une phrase de son professeur de mathématiques, excellent au demeurant : "Keskonsé sur isque, rienke ?", ce qui voulait dire « Qu’est-ce que l’on sait seulement sur X ? ». Et il embrayait aussitôt sur une autre particularité du même professeur, en géométrie cette fois : "on trrrace la parrral·lèleu" (avec les trois "r"), le "ll" dissocié en l·l comme en catalan et une forte insistance sur le "e" final. Il n'en estimait pas moins son professeur et peut-être même ces écarts phonétiques établissaient-ils une sorte de complicité entre eux qui facilitait le savoir sur le fameux "isque"…

L'accent affiche le territoire

J'ai moi-même connu un professeur, plusieurs fois admissible à l'écrit d'une agrégation, qu'il n'a jamais pu obtenir, probablement à cause de son accent catalan. A chacune des étapes de son raisonnement, il se trouvait un membre du jury pour lui demander de répéter, jusqu'à deux ou trois fois. Invariablement, cela se terminait par un "ah, bon!" ponctué d'un petit sourire à la limite du mépris. On conçoit qu'un tel parasitage puisse déconcerter le plus aguerri des raisonneurs, d'autant plus qu'il le met en situation d'infériorité en réactivant un rapport institué entre un centre hégémonique et une périphérie vassalisée, et en renforçant de surcroît le rapport de domination du juge vis-à-vis du candidat. Le cas de ce collègue est certes extrême mais dans toutes les situations d'échange verbaux entre locuteurs issus de territoires différents, s'il existe un rapport de domination entre ces territoires, alors il est presque mécaniquement réactivé dans le temps même de l'échange. On retrouve un rapport du même type dans les congrès scientifiques entre intervenants locuteurs anglo-saxons natifs ou maîtrisant parfaitement l'anglais et les laborieux baragouineurs de la langue de Shakespeare dont la diction trahit l'origine dès les premiers mots. Les uns sont entendus et la communauté scientifique prend en compte leurs apports les plus minces, les autres rament péniblement et il faut vraiment que leurs contributions soient fortes pour être considérées. Quant à ceux qui s'exprimeraient dans une autre langue, ils déclenchent invariablement des mouvements vers les machines à café et les toilettes dès leur prise de parole. Il ne s'agit plus d'accent, certes, mais les réactions aux "mauvais" accents produisent des évènements mentaux de même nature bien que d'une portée atténuée.

Les dialogues Nord-Sud sont biaisés

En des termes plus forts nous pouvons reconnaître dans la hiérarchie des accents l'occasion d'une violence symbolique plus ou moins consciente : en France, les humoristes en abusent et les imitateurs redoublent leur effet dévastateur de déqualification. C'est une constante des situations de communication entre locuteurs de territoires du Nord et du Sud. On peut même la retrouver entre ceux de Catalogne Nord et Catalogne Sud, quand les premiers peinent à s'exprimer dans ce qui aurait pu être leur langue maternelle, et encore entre locuteurs de Catalogne Nord, selon leur degré de maîtrise du catalan. Le schéma sous-jacent est toujours un rapport de domination qui biaise la communication. La relation dominant-dominé préexistante étant ramenée dans l'échange, la portée des argumentations de l'un s'en trouve renforcée et celle de l'autre s'en trouve mécaniquement affaiblie. Grâce à ce "gradient de pouvoir" les idées reçues de la pensée dominante, donc du sens commun, peuvent agir, y compris et surtout dans l'esprit du dominé qui les intériorise : un accent marseillais évoque immanquablement la galéjade, même sur les sujets les plus dramatiques. Un tel accent interdit, par exemple, l'emploi rhétorique de figures d'exagération alors qu'un autre pourra l'utiliser à loisir, protégé qu'il est par un statut lié à "l'accent neutre" ou "normal". C'est la raison pour laquelle revendiquer d'être porteur d'un "accent catalan de la République française", selon l’exemple du marketing du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, trahit un besoin de pardon, manifestation publique et fâcheuse d'horreur de soi-même.



Commentaires

#3. catalanlavertu 07.10.2008. 15.33h

délire d'intellectuel!! j'ai beaucoup voyagé et mon accent ne m'a jamais desservi


#2. Cicéron 04.10.2008. 23.15h

Oital...!!!??? és estrany...la diferènci, n'hi han que els'hi fa fasti, n'hi han que ne son encantats...A França ne sem arribats al punt que hasta jo, si escotavi el JT de TF2 presentat amb l'accent de Marsella, me fotrii una fart de riure. Es sempre presentat amb l'accent de la capital.... hasta l'escola catalana Brassole, que s'està a Perpinyà,i donques a França, ensenya la llenga de la capital...Barcelona...i pertant, el seu reglament intern prescriu als mestres i mestresses d'ho fer en... Lire la suite


#1. somni 04.10.2008. 21.02h

A lire aussi "Ce que parler veut dire" de Bourdieu.


5 !10 !20 !Tous
1

loading


Commentaires

Votre commentaire, envoyé avec succès, sera validé très bientôt.
loading

Les commentaires liés aux informations publiées par La Clau engagent exclusivement la responsabilité de leurs auteurs et ne sauraient en aucun cas engager la responsabilité de La Clau.
© la-clau.net, 2006-2008
Crédits | Mentions légales | PUBLICITÉ | CONTACT