Nous sommes dans un faubourg de la plaine du Roussillon, au Café du Commerce, à l'heure de l'apéritif... Trois habitués sont accoudés au bar. Chacun a déjà payé sa tournée...
Georges, au barman : "Tu nous remets ça..."
Paul : "Pour en revenir à ce que nous disions, moi je dis qu'aujourd'hui la politique c'est rien que de la communication... regarde nos stars élues, Jean-Paul Alduy, maire de Perpignan, et Christian Bourquin, Président du Conseil général des Pyrénées-Orientales… Ils font que ça..."
Et levant un index, il poursuit, très content de lui : "Ils nous vident les poches pour nous remplir la boîte aux lettres !".
Jacques :" És pas possible... jo… moi, j'ai regardé mon dictionnaire. La politique, c'est l'art de conduire les affaires de l'Etat, de la Ville ou du Département, et la communication c'est pour se faire bien voir... ce n'est pas la même chose !"
Georges : "Ça c'est vrai, ça... On fait voir ce qu'on veut et même ce qu'on ne fait pas..."
Paul : "D'accord... Alors on dira que la communication c'est l'art de faire croire qu'on conduit bien les affaires de la Ville ou du Département... C'est bien ce que je disais... y font que ça... à nos frais...
Il s'interrompt, et salue un nouvel arrivant : "Tiens, voilà notre intello qui arrive... on va lui demander ce qu'il en pense... Pierre-Olivier, Paul soutient que la politique c'est que de la com'..."
Pierre-Olivier, s'adressant au barman et montrant les verres sur le bar : "Pareil...". Puis, se tournant vers les autres : "C'est pas si simple..."
Les trois autres en choeur : "Ah..."
Pierre-Olivier : "En effet, vous conviendrez aisément que n'importe quelle communication ne peut convenir à n'importe quelle politique... Non ?".
Il avale une gorgée du Byrrh qui vient d'arriver...
Ils acquiescent... Jacques opine et dit : "Bien sûr, si le maire fait un opéra, il ne peut pas dire qu'il a fait une crèche !"
Pierre-Olivier reprend : "Donc l'important c'est la relation qui existe entre leur politique concrète et la communication qu'ils font... Aujourd'hui, le citoyen qui ne voit pas cette relation se fait avoir dans les grandes largeurs..."
Chacun se rend compte que l'invasion du "slogan permanent" cache quelque chose...
Georges : "Par exemple, à quoi a servi le slogan "Perpignan la Catalane", inventé par la Mairie en 1993 ? Perpignan, catalane, comment ? et "L'accent catalan", organe officiel de la com’ du Conseil Général des Pyrénées-Orientales, à quoi ça sert ?"
Paul : "Bon... Perpignan, c'est en Catalogne... mais c'est vrai qu'à part les drapeaux, les noms de rue, l'Estaca et la Santa Espina aux matches de l'USAP, plus quelques écoles qui vivotent..."
Pierre-Olivier : "Bien vu.. on fait un minimum et on le gonfle avec la com' pour faire croire qu'on fait beaucoup... Regarde Bourquin, avec son "Accent catalan de la République Française", il fait le constat qu'il ne reste rien de la langue catalane et au final il tente de se faire bien voir en communiquant sur le passé : l'accent, le patrimoine et c'est tout... Pour lui, il n'y a pas d'avenir catalan..."
Jacques :" En somme, ils font comme les body-builders : de la gonflette…Et tu penses que c'est pareil, pour tout ?"
Pierre-Olivier : "Je le crains... L'essentiel pour eux, c'est de conserver le pouvoir..."
Paul : "Le pouvoir, pour quoi faire ?"
Pierre-Olivier :" Pour faire de la communication…"
Jacques : "Mais à force, les gens vont s'en rendre compte, non ? Surtout que tous leurs magazines arrivent en même temps que les réclames des hypermarchés, qu'ils sont faits par les mêmes gens avec les mêmes moyens…"
Pierre-Olivier : "En tant qu'intello, je dirai que c'est la même rhétorique et puisque ça marche pour les lessives et les écrans plats il n'y a pas de raison que ça ne marche pas pour la politique. Disons que dans tous les cas c'est la rhétorique de la promesse : "Le bonheur est au bout de la carte !"
Paul : "La carte ? Quelle carte ?"
Pierre-Olivier : "La carte bleue ou…la carte d'électeur!"
Ils sourient vaguement…
Georges :" Et c'est nous qu'on trinque ?"
Pierre-Olivier :" Bien sûr...". Et, levant son verre : "A la bonne vôtre... Salut i pau..."