Les observateurs ultra-jacobins et autoproclamés du communautarisme agissant sur www.communautarisme.net ne s'y sont pas trompés. En juin 2004 ils concluaient à propos d'une possible prise de participation du Football Club Barcelone dans le capital de l'Usap, l'équipe de rugby la plus célèbre de Perpignan : "Quand le sport sert de paravent à la prolifération de l'idéologie régionaliste"... Son antenne locale, l'Association pour la Défense des Pyrénées-Orientales dans la République, crie à la catalanisation des esprits à tout bout de champ. Pour ma part, je me limiterai à un examen honnête et obstiné des apparences.
Sentiments à la base, symboles au sommet
Le sentiment d'appartenir à une communauté de destins liés à ce territoire aujourd'hui nommé Catalogne Nord est certainement ce qui est le moins contestable. Il n'est guère de manifestation de masse, notamment sportive, qui ne l'expose aux yeux, aux oreilles voire aux gosiers des plus sceptiques. Il est massivement partagé et assumé, bien ancré dans tous les secteurs socioprofessionnels, au-delà des âges et des origines géographiques. Il est massif, flou et apolitique. Il s'alimente d'émotions collectives. Il faut le vivre au moins une fois de façon non médiatisée dans les tribunes des stades Aimé Giral ou de Gilbert Brutus, comme je le souligne sur mon site www.usapiens.net. Tous ces sentiments mélangés constituent un socle qui ne cesse de s'élargir et de s'affermir. Quant aux symboles, ils prolifèrent jusqu'à l'excès : drapeaux et banderoles sur les édifices, y compris publics, blasons et rubans sur les produits, logos, adjectif "catalan" postposé à tout va. Les manifestations culturelles, qui les entretiennent depuis toujours, connaissent progression et succès, ancrant les références symboliques dans des secteurs de plus en plus nombreux. Je ne mentionne pas ici les acquis de toujours (Université, associations de défense de la langue et de la culture, écoles, radios, sardanistes, …). Je ferai cependant un sort spécial à un événement largement sous-estimé, le manifeste de Font-Romeu, signé le 21 septembre 1998 par 20 maires de villes et villages de la région montagneuse et transfrontalière de la Cerdagne. Une véritable déclaration d'autonomie : "Par ces motifs, nous affirmons clairement notre volonté ferme et décidée d'avancer comme l'unique peuple que nous sommes et réclamons la reconnaissance spécifique de la Cerdanya comme une unité historique culturelle et socioéconomique."
Sur le territoire, l'accumulation des faits
Socle et sommet, sentiments et symboles, ne seraient que de folkloriques abstractions s'ils ne s'incarnaient dans des faits. Les premiers y trouvent les occasions de se manifester, les seconds gouvernent des pans de réalité. Sentiments et symboles se télescopent dans ces faits, entrent en synergie et engendrent une dynamique incontestable. Voici une énumération non-exhaustive de faits totalement avérés, pour la plupart conséquences directes de la mise en oeuvre du principe européen de subsidiarité : l'hôpital transfrontalier de Puigcerdà (on ne s'en s'étonnera pas !), et j'y ajouterai le ramassage du verre et des papiers en Cerdanya francaise par des véhicules catalans du Sud. Bientôt, un centre transfrontalier de formation d'apprentis sera hébergé dans les anciens locaux du journal L'Indépendant, sur la commune de Rivesaltes. Et comment comptabiliser la multitude de rencontres interprofessionnelles, depuis les agents immobiliers jusqu'aux agriculteurs en passant par les avocats et les forums transfrontaliers ? Et tous les projets qui sont dans les tuyaux ? Sans compter que la Catalogne est dotée d'une monnaie unique depuis l'an 2000 ! L'image qui rend compte de ces phénomènes multiples est celle du surjet de la couturière réunissant deux pièces de tissu. Et sous peu, un fil métallique incassable, le TGV, risque de promouvoir une RGV : Réunification à Grande Vitesse ! A terme on peut entrevoir le coup de gomme qui effacera quelques pointillés sur la carte d'Europe ?
Justement, Nilsenc, tu as vu le bazar qu'il a fallu pour la sécession de l'Algérie ? Une guerre, et un De Gaulle qui était là pour trancher. Et surtout, l'ensemble était fondé sur la réalité : les Algériens étaient bien une nation distincte dans les faits, parce qu'ils n'étaient pas assimilés.
Mon cher Jérémie, jusqu'en 1962, l'Algérie était une partie intégrante de la République française avec des départements français avant Nice et la Savoie. Vérité au delà de la Méditerranée, erreur en deçà?
Les faits et le droit sont que les habitants des Pyrénées-Orientales sont Français et pas Catalans ! Pourquoi, au nom de quoi, et de quel droit faire sécession ? Aucune partie du peuple ne peut s'attribuer l'exercice de la souveraineté, qui est indivisible : si vous voulez rejoindre la Catalogne –et donc l'Espagne puisque la Catalogne n'est pas indépendante–, il faudra convaincre tout le peuple français de consentir. Le bougisme ("changer... Lire la suite
L'occitanie n'a pas vraiment disparu mais est tellement étendue qu'elle peine à trouver un semblant d'identité. Néammmoins si l'on en juge par sa présence sur le web on observe aussi un regain non négligeable de la culture occitane. Voir par exemple l'article qui lui est consacré sur wikipedia.
Són molt interessants les vostres reflexions. Les relacions transfrontereres en l'Europa actual són cada cop més intenses i hem d'aprofitar-les per acostar els dos pobles catalans a banda i banda dels Pirineus. Aquesta relació ha de ser cultural i econòmica, i la relació política vindrà donada per la pròpia força dels fets culturals i pels avantatges econòmics que comporten. L'estiu passat vaig estar uns dies al Rosselló i també al sud d'Occitània (Carcasona...) i vaig veure que a... Lire la suite