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Samedi 22.3.2008. 00:00h

Presse régionale : le journalisme du sens commun

Dans la perfusion de signes des temps actuels, la part des "signes de proximité" portés par la presse régionale française ne cesse de diminuer : crispée, par nécessité, sur le strictement local, e
Presse régionale : le journalisme du sens commun Presse régionale : le journalisme du sens commun

Une étude Eurostaf de novembre 2006, à placer en perspective avec d’autres enquêtes contradictoires, montre que la presse quotidienne régionale va mal en France. Elle perd des parts de marché publicitaire, subit une érosion continue d'un lectorat vieillissant et doit faire face à la concurrence d'autres médias en plein essor. Cette évolution la pousse inexorablement à se concentrer sur son cœur de métier, le local, le seul espace informationnel sur lequel elle est la seule présente en permanence avec une expertise validée depuis longtemps. Mais ce n'est pas sans risques et sans conséquences sur son évolution car même dans ce domaine les meilleurs thèmes, les thèmes saillants à visibilité nationale lui échappent : des équipes journalistiques "descendent de Paris", imposent leur traitement médiatique et emplissent aussitôt la presse nationale de nos malheurs, folklorisés comme il se doit. Qu'il s'agisse d'émeutes ou de crimes horribles, la dépossession est immédiate avec la circonstance aggravante que ces évènements qui font débat ne peuvent être traités localement. Un vrai paradoxe.

Pour vendre le "journal d’ici", les clivages sont interdits

Prendre un parti quelconque un tant soit peu marqué sur un problème local c'est immanquablement s'aliéner une partie du lectorat ou des personnes-ressources indispensables. Par exemple, quand les buralistes sont atteints par les mesures anti-tabac, on ne peut que s'apitoyer sur leur sort et traiter sur le mode de l'euphémisme la question sous-jacente de santé publique sous peine de voir la pile de journaux du jour reléguée en fond de magasin. Sur le plan politique, dans un pays bipolarisé, il est suicidaire de saluer avec quelque insistance une prise de position qui ne soit pas largement consensuelle. En règle générale on s'alignera sur le sens commun cet ensemble de savoirs partagés qui organisent la vie sociale, pas forcément pertinents mais opératoires. Ce sont des savoirs pragmatiques auxquels on accède par imprégnation locale, autrement dit en vivant ici; Ils permettent de donner sens et de répondre à peu de frais aux problèmes et informations que les individus peuvent rencontrer dans la vie quotidienne. Ils sont perçus comme "naturels", "innés" et semblent aller de soi. Et ils sont renforcés quotidiennement, puisqu'on les retrouve "dans le journal".

Pour vendre un autre journal ici, les clivages sont garantis

Presque mécaniquement, pourrait-on dire, ce positionnement obligé a favorisé l'éclosion d'une presse hebdomadaire ou de webzines (dont La Clau) qui sont positionnés dans le négatif de cette presse quotidienne régionale décaféinée par nécessité d'existence. Car les lectorats du sens commun vieillissent et dépérissent puisque toutes les saillances informationnelles lui sont cachées ou désamorcées. Les jeunes ne participent guère à son renouvellement. On assiste alors, par un appel dans le vide ainsi créé à la survenue d'une presse qui recherche des coups, qui exacerbe ce qui est caché, qui quelquefois restitue au local une dimension nationale qu'il mérite (l'affaire Brasillach, survenue à Perpignan en 2002, en est le meilleur exemple). Elle n'est pas exempte de critiques par sa tendance structurelle à transformer des rumeurs en informations, contrainte qu'elle est de soutenir l'attention par une succession renouvelée de scoops pas toujours bien établis. Mais on lui saura gré de mettre le bousin là où régnerait un conformisme infantilisant, un petit monde local dans lequel tout le monde est beau et gentil. Malgré tout, le quotidien local a choisi un biais pour s'affranchir quelque peu de cette chape de plomb : c'est le courrier des lecteurs qui lui permet d'exprimer quotidiennement des opinions tranchées, fortes, polémiques, accusatrices même. Ces choix sont évidemment significatifs et même s'ils tendent à s'équilibrer politiquement, ils sont révélateurs d'un malaise qui ne peut que s'aggraver. Mais finalement, c'est encore l'équipe de rugby de l’USAP qui sauvera la presse quotidienne régionale, autrement dit le journal L’Indépendant.



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