Compagnons indispensables du développement durable, les pigeons durables croient tout ce qu'on leur dit sur le réchauffement climatique, le capitalisme éthique, les économies d'énergie, le recyclage, etc… Sont-ils accessibles à un examen critique du concept ?
Apparemment droite et gauche, productivistes et écologistes communient dans le concept. Il n'y avait qu'à voir leurs visages extatiques et entendre leurs louanges dithyrambiques à la sortie du Grenelle de l'environnement. Il est bien connu que les promesses rendent les enfants (et les pigeons) joyeux…Cependant, depuis quelque temps, des esprits parfaitement informés et rigoureux* s'expriment, ou plutôt on commence à les entendre, et la belle construction (en forme de pigeonnier ?) commence à révéler ses dessous…Il n'est pas possible ici d'aborder le problème dans sa complexité, mais il est possible de remettre en cause quelques certitudes parmi les plus prégnantes sur lesquelles repose cette nouvelle religion planétaire. Car le discours du développement durable se tient dans un dispositif économique dominant a priori antinomique avec ses promesses les plus fortes, à savoir viser un mode de développement à long terme associé à un projet émancipateur progressiste, égalitaire et humaniste.
Durabilité forte et culpabilité.
Les partisans de la durabilité forte sont déterminés à sauver la planète quitte à malmener l'humanité au motif que celle-ci est condamnée à disparaître si elle ne préserve pas son milieu de vie. Les ONG environnementales, les écologistes purs et durs promeuvent un nouvel intégrisme de type religieux qui joue à fond sur les culpabilisations (Qu'as-tu fait consommateur irresponsable ?) et sur les grandes peurs ( Crains les foudres célestes que tu as déchaînées, les ouragans et les tsunamis, la désertification et la montée des océans !). Le retour vers le paradis perdu des premiers hommes est leur credo. En fait leur action gèle une situation dans laquelle les pays riches continuent à jouir de leur bonheur social tandis que les pauvres sont invités à choisir un mode de développement sous contrainte, le pillage de leurs ressources naturelles étant reconduit sous des formes soi-disant "éthiques"…Ils s'engagent quelquefois plus en faveur d'une espèce menacée sur un territoire qu'au bien être des populations en déshérence qui vivent sur ces mêmes territoires…Finalement pour eux la nature doit dorénavant être l'objet d'un culte aux fins de rédemption d'une humanité coupable.
Durabilité faible et responsabilité
Pour les partisans de la durabilité faible l'état actuel du monde est le produit d'une interaction entre la nature et l'homme considéré comme un acteur impliqué à la fois dans les fins et les moyens de cette co-évolution. L'homme a transformé la nature à son profit mais il y était fondé au même titre que toute autre espèce. S'il a fait preuve d'une certaine irresponsabilité en sacrifiant certains espaces naturels ou en malmenant des équilibres fondamentaux il a le devoir et le pouvoir de revenir à un équilibre dynamique viable et pérennisé dans le temps. L'ère de la responsabilité écologique est devant nous. Les tenants de la durabilité faible pensent que les dégâts commis à ce jour ne sont pas irréversibles et que le progrès technique pourra rétablir à long terme une situation vivable.
Les habits verts du capitalisme
Dans les deux cas, mélangeant les deux types d'argumentation, le capitalisme s'habille en vert. Après nous avoir vendu de quoi dégrader durablement la planète voici qu'il nous vend de quoi la sauver durablement. Je reçois ce jour une newletter de la Caisse d'Epargne intitulé "Investissez pour la planète" comportant une offre de "Crédit Développement Durable". On va m'accompagner pour "réaliser mes projets respecteux de la planète". Mais si mon projet c'était de simplement de conformer mon comportement de citoyen à la définition du développement durable proposée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le Rapport Brundtland : "un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de " besoins ", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir."
Aujourd'hui, on se demande où sont passés "les plus démunis"... Mais peut-être les pigeons durables vont-ils me l'expliquer, eux qui, depuis cette date, ne cessent de roucouler devant et derrière les grands prêtres des Grenelle et autres colloques, symposiums, séminaires, salons, conférences…etc…En revanche le marketing vert se déchaîne. Les plus grands pollueurs s'auto-administrent publiquement des clystères écologiques et les dévoreurs d'énergies fossiles se vaccinent aux énergies renouvelables. Dans cette compétition planétaire, quels seront les acteurs plus durables ? Il est à craindre que ce soient les plus démunis…ad vitam eternam…
*Lire "A qui profite le développement durable ?" par Sylvie Brunel.
bonjour maitre! le grand problème c'est que le libéralisme triomphe sur la planète et en Europe il est à l'essence aussi de la sociale democratie sur ce continent et avec ces fadaises ecologiques comme vous le dites ce sont les plus demunis qui sont sacrifiés! aucun changement politique en France ne pourra rien y faire car un Maurice Allais très tot avait été clairvoyant et avait relevé la dictature des marchés financiers et surtout des multinationales. bien cordialement!
En ce qui me concerne j'ai dès le départ et avant même de connaître le vainqueur des élections présidentielles considéré ce "grenelle de l'environnement" comme la pire des pantalonnades !! Il est vrai que mon engagement de longue date dans la lutte pour la protection de l'environnement et la protection de la faune et de la flore m'a empêché de mettre des oeillères. Le pire c'est qu'au fond d'eux mêmes les "pigeons" savent très bien que la réalité est bien différente de celle qu'... Lire la suite