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Samedi 9.2.2008. 00:00h

Fier d'être laïcard !

Il est dur de se déclarer laïque dans la France d'aujourd'hui. Dans les medias complaisants, les zélateurs de la Rupture s'emploient à ringardiser les fondements d'un vivre-ensemble difficilement acquis. S'appliquer à soi-
Laïcité "positive" : Nicolas Sarkozy accueille les représentants religieux à l'Elysée, le 17 janvier 2008 Laïcité "positive" : Nicolas Sarkozy accueille les représentants religieux à l'Elysée, le 17 janvier 2008

Leur première arme c'est le langage. Il suffit de réclamer le statu quo en matière de laïcité, position sage s'il en est au vu de l'histoire de la loi de 1905, pour se faire traiter de "laïcard". La construction du terme est un grand classique. Il a suffi d'accoler le suffixe "ard" au terme neutre pour obtenir l'effet péjoratif qui lui est le plus souvent attaché (chauffard, criard, bâtard, ...). Ce suffixe est très utilisé, notamment pour fabriquer des mots déqualifiants dans la langue argotique (viandard, connard, vicelard…). On y trouve d'ailleurs "cul béni", le strict opposé de "laïcard". Comme l'insulte, le terme péjoratif est une injonction assignant à celui auquel il s'adresse une place dans une catégorie prédéterminée. En général le destinataire s'en défend et répond sur le même mode. Plus rarement, il l'accepte. A l'extrême, il peut le revendiquer. Je le revendique.

On ne peut plus "bouffer du curé" !

Il fut un temps où les laïcards passaient le plus clair de leur temps à "bouffer du curé". Ce temps est révolu. Le curé se fait de plus en plus rare, les vocations se sont raréfiées avec les changements dans les modes de vie. Dorénavant, c'est la société de la communication qui est "institutrice" et c'est la télé qui formate les esprits. L'Eglise catholique a largement perdu ce pouvoir. Elle a trouvé une place dans la sphère privée que personne ne lui conteste. Elle s'est plutôt recentrée sur ses problèmes internes. L' école elle-même n'est plus un enjeu à tel point que la droite s'est réapproprié le thème "fonds publics pour le public, fonds privés pour le privé" à propos de la suppression envisagée de la publicité dans les chaînes du service public français. Alors, pour quel combat douteux nous ressort-on les mots du combat d'hier ? Pourquoi le président français dit-il au pape, le 20 décembre 2007, que "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté par l'espérance", un jugement qui, pour le coup, est ringard de chez ringard ?

Le cultuel, instrument du contrôle social

Les multiples déclaration du président français ont trouvé leur aboutissement dans cette phrase de sa ministre de l'Intérieur et des Cultes, Michèle Alliot-Marie, répercutée dans le journal La Croix du 21 janvier 2008 : "Depuis la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'Etat, argumente-t-elle, "la société a changé" et "certaines modalités de la loi, qui créent des entraves à l'exercice des cultes, doivent être adaptées". Par ailleurs, elle estime que les défenseurs de la laïcité d'aujourd'hui ont encore une "conception archaïque, voire sectaire de la laïcité". Et revoilà le laïcard sorti de son placard, ce fieffé conservateur incapable de moderniser sa vision du monde. Une démarche proprement idéologique.
Simultanément émergent les Cultes et surtout l'adjectif "cultuel" qui bénéficie de sa proximité phonétique avec "culturel", connoté positivement. Du coup le curé de la belle époque se voit, dans les discours, flanqué de l'iman et du pasteur ; il n'est plus en première ligne et se trouve là, semble-t-il, à son corps défendant. La ficelle est grosse. En promouvant un "Dieu unique des religions du Livre", à travers les divers Cultes qui lui sont consacrés, on cherche en fait à mettre en place un nouveau contrôle social. On le fait pour endiguer la déferlante hédoniste des sujets législateurs de leur propre vie engendrée par l'individualisme démocratique, hégémonique aujourd'hui. Et pour cela on donnera délégation aux biens nommés "Ministres du culte" pour une gestion communautariste du corps social, opportunément baptisée "laïcité positive". Mais auparavant il faudra faire taire les laïcards, ce qui est loin d'être gagné ! Comme disait le personnage Zazie de Raymond Queneau : "Mon culte !".



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