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Blogs > Pere Cabratosa > Les rond-points sont-ils politisés ?


Samedi 30.6.2007. 00:00h

Les rond-points sont-ils politisés ?

Le rond-point, nouvel indice de tendance politique ? Je pars enquêter. Voici un bon vieux road movie à la Las Vegas parano, de la montagne à la mer.
Argelès-plage, juin 2007 Argelès-plage, juin 2007

Histoire de corser la difficulté, je me rends donc dans un endroit troublé politiquement, qui a voté à droite à la présidentielle de 2007, puis pour son maire-dissident PS aux législatives. C’est la cité des frères Lièvremont pour le rugby, où le rond-point est roi. Je suis à "Los Argelès", comme se dénommait, pour une incitation en boîte et au casino, la ville d’ Argelès-sur-mer-plage, sur la côte catalane, dans la décennie 1990. Rien à voir avec Los Angeles. Ici, encore chez le premier édile, on pratique le "r ", on le roule, même si on ne sait pas pour qui. Je prends la route de la plage du Nord vers le Sud, à l’ombre des platanes… Pardon. Ni ombre ni platanes, je roule. Un rond-point, à droite encore, à droite, et tout droit. Ah ! Une chicane ! Si le rond-point ralentisseur sécuritaire est de droite, la chicane sportive ludique et racée est de gauche. Ici, à Argelès, on les alterne. C’est assez troublant. C’est beaucoup plus clair à quelques kilomètres de là, à Perpignan-Canet-plage. Là-bas, on est carré, on vote Arlette Franco à droite ! Et il y a beaucoup plus de rond-point que de chicanes. Un rond-point, une chicane, à ma gauche, la mer, mais je ne la vois pas derrière les immeubles, je ne ressens pas ses effluves iodés, tout au plus des odeurs de friture. A ma connaissance, Argelès est la seule station balnéaire catalane qui tourne le dos à la mer… c’est peut-être un indice ?

Séquence frissons

Un buffet libre chinois et ses nems à volonté, puis une chicane, et j’arrive au "rond-point d’arrivée", coeur de la cité. J’entrevois la mer, je pressens son odeur entrecoupée de moules-frites et de poulets rôtis. Il fait chaud et j’ai mal au ventre. J’évite des piétons bigarrés, je croise des saisonniers (Riri, Fifi, Momo) facilement identifiables car juchés sur leurs trottinettes électriques, arborant le sourire supérieur de celui qui bosse deux mois, et qui passe l’hiver au chaud, dans un pays pauvre de préférence. C’est troublant et je me demande comment une commune, qui tire l’essentiel de ces revenus de deux mois de saisons estivale, peut profiter d’une clientèle populaire, peut-être de gauche ? J’ai chaud, je sue, mon moteur chauffe, j’ai encore mal au ventre. Un rond- point, burp, une chicane, reburp, et j’arrive à "little Saint-cyp bon profit". En longeant le port, les bateaux tanguent, ma voiture aussi. Un rond-point, une chicane, je ne me sens pas bien du tout ! J’ai le mal de mer sur terre, je m’arrête en catastrophe et dépose une gerbe au Racou, sans doute en hommage à nos espaces perdus.

Séquence "Courage, fuyons !"

Le salut est dans la fuite et ma santé aussi. Je remonte dans mon Vallespir natal, là où les ronds-points se raréfient, à croire que ces carrefours circulaires n’ont pas d’utilité dans les régions qui perpétuent une authenticité. Il y en a juste un à l’entrée, l’autre à la sortie. Saint- Jean, Céret, Amélie… Les bourgades se succèdent, je vais mieux, l’ombre des platanes me rafraîchit, quand, tout à coup, à dix kilomètres des gorges de la Fou, les plus étroites du monde, la traversée du village d'Amélie-les-bains me plonge dans l’effroi. Le salaire de la peur ! Y croiser un camion réside de l’exploit, Rémy Julienne en aurait fait une cascade pour Belmondo ! Un dernier rond-point, une chicane. Ouf, sauvé !

Séquence révélation

Soudain, tout s’éclaircit, je vois la lumière, je comprends tout. Les maires de ces deux communes ont dû se rencontrer sur un projet de circulation, et je ne crois pas que le rond-point et les sens uniques en soient les seuls indices. Ce qui est sûr, c’est que cette alliance qui en a fait rire beaucoup à droite en a rendu plus d’un malade à gauche, y compris moi, était une voie sans issue. Et qu'à force de tourner à droite, on finit par perdre sa gauche... Allez, balle au centre.



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