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Puisque l'étude de l’Autre nous permet de nous définir, la victoire d’un candidat Noir à l’élection présidentielle américaine pose la question non plus de l’alternance entre Républicains et Démocrates, mais de la différence entre un Blanc et un Noir. En effet, la mise en avant, en Europe et en France en particulier, de la couleur plus que de la sensibilité du candidat, renvoie inconsciemment à une lecture raciale du monde, paradoxale puisque le plus souvent effectuée par d’anti-racistes. Un élément fondamental se profile : les Etats-Unis sont une ancienne colonie ayant acquis son indépendance par la force au nom de la liberté, alors que la France est une ancienne puissance coloniale. Les perspectives historiques, sociales, politiques changent.
France/USA : une approche ethnique différente
Le racisme actuel n’est plus, au moins en France, le racialisme des siècles passés : il repose moins sur l’inégalité des races que sur l’incommensurable différence entre des cultures qui s’opposent, mais il demeure aux USA une frange défendant le déterminisme génétique qui reprend et approfondit les théories raciales des siècles passés. La race existe en tant que telle, soit comme donné divin, soit comme une construction sociale. Sur ces bases différentes, la France et les Etats-Unis ont pratiqué une politique ségrégationniste : aux USA, la ségrégation peut être regardée comme la continuité de l’esclavage et la perpétuation de la Guerre Civile en temps de paix, en France elle prit la forme d’un statut spécial pour les Français Musulmans d’Algérie (FMA). Cette double approche montre deux types de pensée : l’une plus libérale, l’autre plus égalitaire. Alors qu’aux USA les 14e et 15e amendements donnant le droit de vote à tous les citoyens américains (libre à eux de l’exercer ou non, d’où l’activisme du mouvement pour les droits civiques), la législation française prévoyait que le FMA , qui renonçait à son statut personnel, était égal à tout autre devant la loi en tant que citoyen français (mais tous les FMA n’étaient pas libres de devenir citoyens : cela dépendait de leur ressemblance avec l’archétype « Français de souche »). De façon grossière nous pouvons voir la mise en place de deux modèles : un libéral fondé sur l’intégration, un égalitaire fondé sur l’assimilation. La distinction repose aussi sur l’Histoire de ces pays et des histoires qu’ils racontent d’eux-mêmes ; d’un côté un pays de cocagne où tout est possible à celui qui s’en donne les moyens (qui intègre le système et le tourne à son profit), de l’autre un pays fortement structuré où chacun est à sa place, égal avec ses semblables (et assimilé par son ordre, son rang, sa classe). Mais il ne faut pas pousser trop loin la rigidité de cette répartition des approches car elle conduirait à ossifier la séparation, artificielle, entre individu et collectivité, individualisme et communautarisme. Les surprenants USA, volontiers champions de l’individualisme, sont aussi le pays où les communautés sont les plus fortes, notamment via les lobbies et la « class-action », le modèle français demeurant profondément individualiste : la citoyenneté efface toutes les autres appartenances du sujet, alors que des relais existent via les partis politiques, syndicats et autres associations. Cette distinction s’explique par l’histoire, la philosophie, l’anthropologie : c’est l’opposition entre des communautés égales à l’intérieur desquelles chaque sujet est libre (modèle américain) et une communauté libre où chacun est l’égal de l’autre (modèle français).
Des quotas gênants en France, évidents aux USA
Aux Etats-Unis se légitime la politique des quotas justifiant la correction politique en tant que réaction du groupe WASP (se disant « minorité » face à l’ensemble des autres communautés « visibles » et réclamant à ce titre l’égalité de traitement ). Dès lors, cette mode n’a aucun sens en France, les communautés n’y étant pas considérées en tant que telles. Le point est que l’altérité au sein d’une communauté donnée (la nation) est abordée de façon inverse. D’un côté nous aurions une nation en formation permanente, intégrant les groupes les plus hétérogènes et où la citoyenneté est mystico-religieuse, comme le manifeste le serment d’allégeance, de l’autre un nation se donnant comme formée et assimilant individuellement qui elle reconnaît comme pouvant faire partie d’elle (la citoyenneté consacrant la reconnaissance de cette identité). Cela se retrouve, d’ailleurs, dans le mode de désignation des personnes : élection d’un président noir aux USA, nomination de préfets et de ministres noirs et arabes en France. Ce qui pose la question de la problématique réformation des appareils politiques francais. Il ne peut y avoir importation du paradigme américain en France tel quel : il ne correspond pas à l'histoire philosophique et socio-culturelle de l'hexagone. En revanche, la question qui se pose est celle de l’idée même de représentation, de représentativité dans une démocratie : n’y a-t-il pas là le siège de la fabrication de corps intermédiaires artificiels entre tout citoyen et l’Etat ?
Felicitats per l'article