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La tradition est une transmission. A Rome, la tradition était l’acte, réel ou symbolique, par lequel la chose, objet d’un contrat, était remise à son destinataire. Si le terme a perdu l’essentiel de sa teneur matérielle, son sens primitif demeure : la tradition est la communication d’un sens particulier à certains gestes, à certains objets. Ce sens est généralement historique, car la tradition est la transmission d’une histoire, de l’histoire. Elle crée un lien temporel : tel acte traditionnel prend toute sa signification par sa répétition dans le passé et dans sa continuité future. Forcément, les idées reçues foisonnent autour de la tradition qui, en tant que fille de l’histoire, subit la crise des grands récits que génère la postmodernité.
La tradition décriée à priori
La tradition est archaïque ou réactionnaire, surtout dans le schéma idéologique français. Elle est souvent décriée, voire combattue, au titre de la nouveauté, de l’évolution : les avancées scientifiques et technologiques devraient faire paraître obsolètes les traditions, considérées comme de vaines formes, des rituels surannés, de vieilles superstitions et des obstacles au progrès. Parce que l’éternel retour de l’identique est critiqué alors que tout change de plus en plus vite, il faudrait se mettre au goût du jour et s’adapter à la mode, par nature fugace. Nous assisterions alors à une imitation dans l’espace, virtuellement réduit, plutôt qu’à une répétition dans le temps, faussement dilaté : les phénomènes de mode prendraient ainsi le pas sur la ou les coutumes. Défendre la tradition serait passéiste, la tradition se devrait d’être figée dans le temps, ce qui est vrai si elle n’est plus pratiquée. En revanche, pour vivante qu’elle soit, elle est susceptible d’évoluer : le point central dans l’éternel retour de l’identique est moins l’identité de ce qui revient que dans le retour lui-même. C’est ce retour éternel qui fait un pont entre le passé, le présent et le futur. Pour paraphraser l’Athénien Thucydide, nous pourrions dire qu’avec la tradition le choix est fait : nous travaillons à notre liberté future par la connaissance de ce que nous avons été. C’est là que la tradition fait sens et transmet son sens : elle donne une signification à notre quotidien.
La tradition face à la postmodernité
La posture postmoderne n’est pas moralement neutre : elle fait prévaloir le passager et l’éphémère sur la durée, la pérennité. Il faut aller vite et surtout ne pas avoir de mémoire et, si par malheur il en demeure une, elle se doit de tout mélanger et amalgamer. Plus qu’une opposition entre être et paraître, il s’agit de cliver l’être et l’étant, en ne conservant que l’étant. De la sorte disparaît le travail nécessaire pour faire sortir l’être de l’étant, c’est-à-dire la recherche de la vérité. Volontiers présentée comme orthodoxie et dogmatique, la tradition dérange la crise des Grands Récits entretenue par une pensée postmoderne dont le pseudo-nihilisme et le faux scepticisme ne servent qu’à engendrer un « relativisme absolu » où tout vaut tout dans une frivolité désarmante. Il n’est pas étonnant, dès lors, que la tradition, le retour aux sources, le retour des sources, dans leur contexte historique, soit encore pourfendu : il s’agirait d’une remise en cause fondamentale du système (qui n’avoue pas l’être) dans lequel nous évoluons. Que de démentis aux concepts contemporains apporterait un Texte considéré dans sa synchronie, dans son contexte originel, auquel nous donnerions toute sa puissance diachronique, l’ampleur de son évolution dans le temps – le premier étant la continuité de la pensée, c’est-à-dire la réalité de la tradition philosophique : de la transmission d’un sens (même s’il s’agit d’un non-sens) ! La portée de la tradition est là : elle fait toucher du doigt que nous ne naissons pas du néant et que nous ne sommes pas appelés à disparaître totalement. La tradition est la trace de notre passage entre le passé et le futur, elle est un don de sens à la vie. Le sens ? C’est une autre histoire, un autre récit.
cool
Commentaire très intéressant un peu compliqué peut être.... je vous envoi une citation de Josoean Artze, poète basque........... "l'eau est toujours nouvelle à la vieille fontaine" Il l'utilise souvent pour parler de la tradition..... Le poéme en entier dit : "Iturri zaharretik (de la vieille source) edaten dut, (je bois) ur berria edaten (je bois l'eau nouvelle) beti berri den ura (l'eau toujours nouvelle) betiko iturri zaharretik (de la vieille source de toujours) Cordialement Fins ab... Lire tout le commentaire