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Blogs > Olivier Massot > La jeunesse, coincée entre l’éducation et le sport


Vendredi 5.6.2009. 21:00h

La jeunesse, coincée entre l’éducation et le sport

La vision institutionnelle de la jeunesse rappelle encore un groupe sain, et pur, mais constitue une grande fiction de notre temps. Jusqu’à l’aliénation d’une classe d’âge par les pouvoirs et la simplification médiatique.

L’étonnante vision de la « jeunesse » en France présente un rattachement quasi-systématique avec le sport, comme si les « jeunes » devaient être sportifs, ce qui permet aux « vieux » de ne pas l’être, car il y aurait un temps pour tout : à la jeunesse l’insouciance du sport, à la vieillesse les soucis du travail, voire, bien plus grave, comme si les problèmes rencontrés par les « jeunes » pouvaient tous se régler par le sport. L’image de Zidane, modèle d’intégration sociale, surgit aussitôt. Le problème est double puisqu’il s’agit d’agir politiquement sur une frange de la population construite de toute pièce (qu’est-ce qu’un « jeune » ?) et du type de réponse qui y est apporté, c'est-à-dire le sport.

Qu’est-ce qu’un jeune ?

La jeunesse, cet état qui va de l’enfance à l’âge adulte, englobe l’adolescence à proprement parler mais s’allonge jusqu’au… jeune adulte. Il devient donc difficile ou impossible de limiter ce que couvre la jeunesse, sans parler de la jeunesse d’esprit. Ce sont donc des considérations sociales, voire économiques, qui déterminent ce qu’est un jeune, bien que certaines prévalent : une personne qui s’assume économiquement malgré son jeune âge sera toujours jeune. Mais la jeunesse est également surinvestie par les adultes qui y projettent souvenirs et regrets, qu’ils la pensent comme un moyen d’action politique sur le futur (en agissant directement sur la formation des jeunes) et même pour le présent, suivant l’adage « enseignez aux enfants, ils feront la leçon aux parents ». Quand le « jeune » représente un potentiel politique et électoral, les gouvernants peinent alors à mobiliser ce potentiel sans se laisser déborder, comme par le passé, et à désamorcer les revendications un peu trop vives sans susciter le désespoir. Aussi, si la question de la jeunesse au sein d’un Etat se localise quelque part entre l’éducation et le sport, preuve d’une volonté d’agir. Mais avec quels moyens ? Et pour quels résultats ? Il n’est aucunement question de regretter cette époque, pourtant peu éloignée, où il fallait faire du jeunisme à tout prix pour rentrer dans la norme des quotas qui ne disent pas leur nom : il fallait un jeune, et parler jeune, pour faire moderne. Mais était-ce cela la jeunesse ? Et puis les mots ont perdu leur sens premier : le terme « jeune », en France, renvoie de plus en plus aux « jeunes » des cités ou des banlieues, souvent en bandes, et petit à petit devient l’euphémisme du politiquement correct « issu de l’immigration ». Le langage dangereux jeu médiatique contamine les signifiés.

Pourquoi un jeune devrait-il faire du sport ?

Le brouillage n’est peut-être pas si innocent qu’il y paraît. En effet, la jeunesse renvoie à quelque chose de dangereux, par la remise en cause du système qu’elle porte en elle, d’où une certaine stigmatisation de la jeunesse, des blousons noirs semant la pagaille dans les bals dès les années 1950 aux bandes plus ou moins organisées qui s’approprient des territoires urbains, en passant par certains groupes punks. La réponse institutionnelle joue de cette pseudo-peur en faisant en se défaussant : si c’est un problème de sécurité, il y a le ministère de l’intérieur, si c’est un problème de territoire urbain, voici le ministère de la ville, si c’est un problème d’éducation, le ministère du même nom est tout indiqué. Et l’idée généralement admise est que le problème est pris à la racine : la jeunesse est prise en compte en tant que telle par les gouvernants. Mais le brouillage médiatique, concrétisé par la valorisation de « l’argent facile », la notoriété, etc., s’associe avec le brouillage politique, pour un lien fréquent entre jeunesse et sport, de sorte que le message qui transparaît est de favoriser, surtout dans les milieux défavorisés, le sport aux études (en omettant de révéler que la sélection est bien plus drastique dans le sport que dans l’acquisition de connaissances). Un miroir aux alouettes, alors dressé, permet de maintenir une bonne partie de la population dans une situation où elle ne peut se rendre compte de sa condition ni surtout de son potentiel. Le système institutionnel perpétue une aliénation qu’il justifie d’autant plus qu’il permet, marginalement, à certains, d’intégrer le système de normalisation. Le plus piquant est que tout cela est développé par une génération qui voulait jadis « changer la vie ».



Commentaires

#2. cicéron 08.6.2009. 15.45h

Les vieux qui vont bien, pas ceux qui vont mal, ont le pouvoir et l'expérience pas politique mais politicienne, ils organisent la société pour eux, de gros égoistes qui refusent d'organiser la société pour que les jeunes puissent y vivre... tous les députés et sénateurs sont des vieux pcque peu de jeunes veulent se faire chier à pinailler politique des soirées entières...ils préfèrent guincher, draguer, baiser, et ils ont raison....jadis les vieux envoyaient les jeunes à la guerre... Lire tout le commentaire


#1. freedo 06.6.2009. 10.15h

"comme si les « jeunes » devaient être sportifs, ce qui permet aux « vieux » de ne pas l’être, car il y aurait un temps pour tout : à la jeunesse l’insouciance du sport, à la vieillesse les soucis du travail" Et pourquoi n'y aurait-il que les jeunes qui pratiquent le sport? Il existe dans le département des PO une cinquantaine d'équipes vétérans de football(officielles ou non) qui se retrouvent tous les vendredis et lundis de la semaine (voir notre blog:http://freedo.vefblog.ne... Lire tout le commentaire


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