Logo
rellotge
Jeudi 4 décembre 2008. 07:40h
Fnac_famille_728.gif
nuvols
Toulouse
nuvols_parcials
Girona
nuvols_parcials
Barcelona
nuvols_parcials
Perpignan

Actu et Société en Catalogne Nord et Sud
Blogs > Olivier Massot > La dépendance est le propre de l'Homme


Vendredi 30.5.2008. 21:00h

La dépendance est le propre de l'Homme

La dépendance est individuelle et collective, psychologique ou chimique... Dans tous les cas, elle est fonction de l'Autre. Si la vie sociale est une "drogue" depuis le début, vers où allons-nous ?
L'Un converse avec l'Autre - Perpignan, mai 2008 L'Un converse avec l'Autre - Perpignan, mai 2008

Il est illusoire de penser que l’Homme puisse être indépendant : non seulement il naît avec des besoins, mais en plus, en tant qu’animal social, il se crée des besoins... Nous nous fabriquons un tissu d’habitudes qui, non seulement, structurent notre comportement et notre façon de penser, mais surtout, nous tranquillisent car nous ne les faisons pas dépendre de nous-mêmes. C’est ainsi que, petit à petit, passant d’un phénomène de mode, c’est-à-dire d’une imitation dans l’espace, un comportement ludique deviendra une coutume (soit la répétition de ce comportement dans le temps) et, perdant son caractère futile, deviendra de plus en plus « addictif ». Un peu comme si, à la joyeuse insouciance et innocence des premiers temps, faisait place le besoin de plus en plus accru d’adopter tel type de comportement, non pas pour ce comportement-même (le plaisir qu’il peut procurer en tant que tel), mais pour ce qu’il permet d’obtenir de manière dérivée, de façon secondaire : se fondre dans la masse, passer inaperçu, oublier sa singularité – bref être dans la norme. De ce point de vue, la notion de dépendance prend une signification toute particulière qui va bien au-delà de son cantonnement à certaines substances illicites ou non. Ce dont il s’agit, ici, est d’une certaine façon de penser, un mode particulier de rapport au monde qui semble se rapprocher de la formule marxiste : « la religion est l’opium du peuple » mais pas seulement. Il n’est pas question, ce serait par trop simplificateur, de réduire notre position à l’idée selon laquelle toute idéologie est une sorte de drogue. Notre position, ici, est de donner à voir l’interdépendance qui existe entre sujets, non seulement entre individus, mais également entre groupes d’individus.

La dépendance, c'est les Autres

C’est par l’Autre, qui est tout autre, que nous pouvons parvenir à savoir qui nous sommes, et nous existons dans cette différence avec l’Autre... Problème ! Si nous nous construisons par rapport à cet Autre, nous participons à sa construction, donc il n’est pas considéré comme autonome mais entre dans un rapport avec moi, généralement, de deux manières opposées : soit cet Autre est considéré comme supérieur à moi et je m’incline devant lui, soit il est regardé comme inférieur à moi et je lui impose ma loi. La différence est, ainsi, biaisée et devient rapport de sujétion, rapport de pouvoir, de domination, de force. Ainsi, l’échange, qui est pourtant notre moyen pour être ce que nous sommes, n’est ni égal, ni juste. A ce stade il est bon de savoir s’il est souhaitable de se trouver dans une situation où la société serait pleinement autonome, trouvant en elle-même sa propre fin, et inévitablement composée d’individus totalement libres, c’est-à-dire sans aucune aliénation. Cette question utopique nous renvoie à Protagoras, pour qui l’Homme est la mesure de toute chose. Le risque de cette situation serait de voir l’hubris humain n’être balancé par aucune dike, les excès de l’Homme ne seraient limités par aucun droit émanant de lui (et ne pouvant émaner que de lui puisque l’homme totalement libre ne pourrait avoir recours à un droit qui lui serait transcendant tel la thémis). Cela pose toute la problématique du "Comment vivre ensemble"...

Les paradis artificiels, utiles pour rester dans la norme

Dans le cadre social, collectif par définition, si chacun de nous est laissé à l’expression la plus large de tous les excès de chacun de nous, comment est-il possible d’organiser une organisation sociale humaine ? Sauf à reprendre la philosophie de la génération spontanée provenant de l’Illimité que développa Anaximandre et qui renvoie à une unité primordiale et primitive de laquelle tout procède – non sans fatalisme. Nous voyons ainsi deux positions : celle faisant la part belle au fatum, selon laquelle l’homme est le jouet d’un destin qu’il ne maîtrise pas, celle défendant le libre arbitre, où n’ayant pour seule limite que celle de penser l’Homme devient un dieu. C’est peut-être pour éloigner cette double angoisse : de n’être qu’un automate ou d’être égal au Démiurge, que les paradis artificiels qu’ils soient chimiques, philosophiques, idéologiques sont nécessaires à tout homme afin qu’il n’ait conscience ni de sa finitude ni de sa grandeur – et demeure dans la norme.



Commentaires

#1. stéphane 07.6.2008. 15.44h

Le propos est admirable, plein d'intelligence et de finesse. Depuis ses chroniques en direct de Suisse, jadis sur Radio Zygomar à Perpignan, Olivier Massot n'a fait que s'améliorer, comme le bon vin!


5 !10 !20 !Tous
1

loading


Commentaires

Votre commentaire, envoyé avec succès, sera validé très bientôt.
loading

Les commentaires liés aux informations publiées par La Clau engagent exclusivement la responsabilité de leurs auteurs et ne sauraient en aucun cas engager la responsabilité de La Clau.
© la-clau.net, 2006-2008
Crédits | Mentions légales | PUBLICITÉ | CONTACT