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La « sécurité » vue par Michel Foucault est-elle encore d’actualité, ou doit-elle évoluer, pour répondre aux problèmes actuels ? Le philosophe, comme son contemporain Gilles Deleuze, invitait à un dépassement de soi pour comprendre l’environnement, mais il serait faux de réduire sa pensée en la matière en une succession d’âges : légal, disciplinaire et sécuritaire. Il s’agit davantage d’une accumulation avec, selon les époques, un aspect plus saillant que d’autres – surtout dans la combinaison de la discipline et de la sécurité qui se complètent parfaitement : l’une segmentant et enfermant, l’autre, au contraire, s’élargissant de plus en plus. Toutefois, ces modèles sont formés par l’analyse d’un champ particulier, d’un territoire physique donné : celui d’un Etat. En réalité, ce qu’il est dit est la façon dont le pouvoir régalien opère là où il peut opérer. Toute notre problématique est la remise en question de cette façon de voir du fait du développement des échanges, de la déterritorialisation physique du crime et du criminel qui implique, à rebours, dans certains cas, l’hyper personnalisation du crime à son auteur, avec laquelle on se demande encore si c’est le délinquant ou son acte qui est la maladie de la société.
La police, remède à un mal social
Certains sujets sont pressentis délinquants avant même tout passage à l’acte : l’automobiliste, le contribuable, sont surveillés de près. Dans d’autres cas, des lieux particuliers sont considérés particulièrement propices au crime, et, en conséquence, surveillés : parking, banlieues, transports en commun, stades, etc. Dans l’un et l’autre cas la surveillance sera discrète (c’est ainsi que la télésurveillance du parking Wilson à Perpignan est centralisée au parking du Louvre à Paris), au point que la prévention n’est que secondaire. Ce qui compte c’est ne pas laisser impuni un acte, ou plutôt, laisser entendre que tel sera bien le cas et qu’ainsi la société sera purgée du mal qui, dans l’un et l’autre cas, battent en brèche le contrat social. Pour ce faire, nous voyons se dessiner un nouveau paysage, quoique la gestion administrative ne doive pas faire office d’aménagement territorial, et nous assistons à des regroupements de forces : il s'agit en France des Groupes d’Interventions Régionaux, et parallèlement le renforcement des polices municipales, véritables supplétifs de la police nationale – les pouvoirs d’enquête en moins. Nous voyons, ainsi, la résurgence et le développement de vieux phénomènes : la réactualisation de véritables hosts, qui, sous couvert de la prévention par la connaissance du terrain par l’îlotage, assurent des tâches dépassant la garantie de la tranquillité et de la salubrité publique.
La police, défense d’un modèle de société
Face au maintien de cette sorte d’archaïsme se développe aussi une réponse policière en écho à l’inventivité de la criminalité plus organisée qui, découvrant les nouvelles technologies et la délocalisation, prend de nouvelles formes et vivifie, notamment, les trafics internationaux. Pour répondre, en partie à cela, l’Union Européenne s’est doté d’une entité, FRONTEX, capable de répondre à l’échelon européen à la criminalité internationale. Elle s’inscrit dans le cadre de la coopération Schengen visant à la protection des frontières extérieures de l’Union, et renforcée par le traité de Prüm, permettant aux Etats qui le souhaitent de lutter contre le terrorisme, la criminalité et l’immigration illégale par l’échange de données génétiques, d’empreintes digitales et de données personnelles. Nous voyons ainsi s’effacer le cadre territorial étatique dans lequel s’exerce ce pouvoir d’assurer la « sécurité » à ses citoyens. Ce pouvoir se partage et se renforce de l’expérience acquises par d’autres, notamment dans la surveillance commune des frontières maritimes. C’est la place de la police dans le nouveau paradigme qui s’offre à nous, après l’Etat-nation. D’où l’importance de bien marquer la défense de la société, ici Européenne, même si la représentation de ce – et ceux – qui la menace(nt) est et doit demeurer floue, parallèlement au flou précédent, entourant la police, et au marquage du délinquant et de la délinquance. La complémentarité apparente de ces approches ne doit pas éluder la question qui reste de savoir s’il s’agit toujours bien d’opérations de police, ce qui pose le problème des missions publiques : des militaires envoyés à l’étranger, non pas pour défendre des intérêts nationaux mais pour assurer un « soutien humanitaire », font-ils encore un acte militaire ou autre chose ? La question est là même lorsqu’ils interpellent des personnes, à l’étranger, pour les déférer devant leur juridiction nationale. L’enjeu a dépassé le plan d’un savoir et a rejoint celui des pratiques, c'est-à-dire du pouvoir.