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Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il fallait que l’Etat intervienne à minima, laissant faire les marchés qui devaient se réguler par le jeu d’une libre concurrence. Il fallait dépasser toute idéologie contraignante et se soumettre à la loi d’airain de l’efficacité concurrentielle qui, de manière pragmatique, récompenserait les meilleurs, c'est-à-dire les plus rentables, et punirait les mauvais, les autres. Ce qui prévalait pour l’entreprise devait aussi être appliqué à l’individu rationnellement considéré comme une entité de production et de consommation, une micro-entreprise à lui tout seul. Cette vision économique du monde s’est couplée avec le développement des échanges et celui du nombre de moyens de communication de plus en plus rapides : le monde était devenu un village global où tous étaient en concurrence avec chacun, pour le bon fonctionnement de la libre circulation des biens et des marchandises, dans un marché non faussé par l’intervention de l’Etat, source de tous les maux. Mais cette idée vacille fin 2008 car le marché s’est perverti au point de prêter de l’argent à des personnes insolvables pour qu’elles puissent accéder au rêve américain en étant propriétaire de leur logement, et de créer des produits financiers à très haut risque, et certainement à haut rendement, basés sur ces prêts. Alors, le plus petit incident local, comme le non-remboursement de quelques mensualités aux Etats-Unis, a eu des répercussions globales sans précédent telles l’annonce par l’empire financier mondial UBS de la suppression de 2.000 postes dans sa filiale d’investissement.
Quel rôle possible pour l’Etat dans la crise ?
Selon la pensée néo-libérale, pour lutter contre l’assistanat et renforcer la libre entreprise, notre système d’assurance chômage, inadéquat, devrait être remplacé par une assurance privée non obligatoire que chaque salarié contracterait ou non, chacun appréciant son risque de se retrouver en position de demandeur d’emploi selon son âge, ses diplômes, son expérience, etc. L’idée est simple et peut choquer, elle n’a d’autre but que d’être provocante. La réalité française est plus prosaïque : prenons une petite entreprise (de moins de mille salariés !) qui, eu égard à la conjoncture, doit procéder à un licenciement économique. Si l’employeur, dont la trésorerie est chancelante, ne propose pas au salarié licencié une convention de reclassement, il doit verser deux mois de salaire brut à l’institution nationale publique en charge de l’emploi. S’il s’agit d’un coup dur pour une entreprise moyenne, cela peut être fatal pour une petite. L’idée sous-jacente est que le licencié n’est pas victime de la concurrence du marché mais de son employeur qu’il faut pénaliser, pendant que la banque Fortis, après réception d’une aide financière de l’Etat belge, invite ses courtiers au Louis XV à Monaco moyennant la modique somme de 150.000 €. Les choses n’ont pas la même saveur selon l’échelle adoptée.
Eviter un retour des nationalismes étatiques
Nous connaissons tous les réflexes humains face à une situation qui échappe : plus grand est le monde plus les rapports sociaux se restreignent ; de manière paradoxale, plus le monde devenait un village plus les individus se regroupaient en tribu, en communauté, parfois virtuelles, avec la dématérialisation des échanges. Mais la tendance est au regroupement. Déjà, pour des raisons environnementales, certains ne consomment que ce qui est produit 100 Km autour d’eux. De même, face aux problèmes économiques et malgré l’intégration financière, la réponse politique demeure nationale, quand bien même elle est coordonnée à un échelon inter, voire supra, national. L’enjeu est de taille pour les dirigeants, il s’agit d’éviter un retour des nationalismes étatiques, comme cela c’est produit après la crise de 1929, tout en ayant la preuve de l’inefficacité de la gouvernance mondiale. Néo-libéraux et marxistes théorisent la disparition de l’Etat mais il apparaît nécessaire bien que son échelle ait changé : d’échelon final il est devenu intermédiaire entre une région marquant l’identité communautaire et un monde où l’individu est indistinct.
Bravo pour l'article!