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Le Tech, dans la montagne catalane, compte 88 âmes réparties sur une vaste étendue qui regroupe le village du Tech, deux hameaux, Banat et Manyaques, ainsi que plusieurs mas, dont La Llau, Cos et Sitges. Car autant Perpignan en le Roussillon ont pu frémir avec la neige puis récolter au sol des arbres et des pancartes publicitaires, autant l’isolement des communes rurales, plus grave, permet de relativiser. Economiquement, les agriculteurs sont les plus touchés par les intempéries, surtout dans les zones reculées, comme le sont, en dépit du désintérêt médiatique, les forêts domaniales du Haut-Vallespir, comme celle qui surplombe Saint Guillem, gérée par l’O.N.F. Mais la gestion de la crise pose aussi les limites de l’intercommunalité, les zones les moins peuplées étant secondaires face aux autres, sans considération des besoins spécifiques. On retrouve ici la parabole du bon pasteur, qui risque de perdre le troupeau pour récupérer une brebis : faut-il cibler ses forces en un ou deux points, à densité de population plus importante, ou donner à chaque commune les moyens d’intervenir dès que c’est nécessaire ? Voici un nouvel éclairage de la question bien française de la décentralisation, qui recrée de nouveaux centres : le jacobinisme local est bien vivace. Guillaume Cervantes, maire du Tech, témoigne d’une situation qui rappelle davantage le début du XXème siècle que le début du XXIème.
La Clau : Les importantes chutes de neige, autour du 26 décembre 2008 et la tempête du 24 janvier ont frappé les villages des hauts cantons. Quels sont vos dégâts ?
Guillaume Cervantes, maire du Tech : la neige a surtout touché le côté Saint-Laurent de Cerdans, La Manère, Coustouges et Prats de Molló. Le village du Tech étant le passage de la route départementale, nous avons été déneigés et 40 tonnes de sel ont été distribuées sur la commune. En revanche, nous avons été davantage touchés par la bourrasque. Quelques toitures ont été arrachées, la forêt de pins au-dessus de l’ermitage de Saint Guillem est au trois-quarts abattue, l’arboretum est fortement endommagé et les lignes téléphoniques et électriques ont été gravement touchées.
Vous avez été isolés du samedi 24 janvier au lundi 26… Vous avez souffert ?
Au Tech, nous sommes restés quatre jours sans électricité. Les secours sont venus le lundi et nous n’avons pu compter que sur nous-mêmes. La route du Tech à Llau a été déblayée par une famille pour rentrer chez elle. Prats et Saint-Laurent concentraient les pompiers, alors que nous, Le Tech mais aussi les autres petits villages, n’avons rien eu. C’est évidemment une conséquence de la désertification des zones rurales. Ce week-end là, aucun des trois médecins n’était joignable. C’est inquiétant en temps de crise.
Les dégâts sont graves dans le budget de la commune ?
Pour l’instant, nous sommes dans l’incapacité de chiffrer. Nous avons transmis le dossier aux assurances. Le sous-préfet est monté constater les dommages, de même que les représentants du ministère de l’agriculture, pour dresser la liste des dégâts que les fermes ont subi. A ce propos, le conseil municipal aidera, dans leurs démarches, les jeunes agriculteurs à monter les dossiers nécessaires pour obtenir leur indemnisation.
Quels enseignements pouvez-vous en retirer pour l’avenir ?
Tout d’abord reconnaître que nous n’avons pas tenu compte comme il le fallait de l’alerte rouge. Aussi convient-il, en tant qu’élu, de remettre en question notre comportement. Mais l’essentiel et que nous ayons à disposition, dans les petits villages, deux pompiers qui coordonneraient le travail des employés municipaux. Les pompiers sont des gens remarquables et ils ont fait un travail magnifique, mais il conviendrait, dans un tel cas de figure, qu’ils soient mieux répartis pour être au plus près des situations de crises et intervenir plus rapidement. Comme ça, nous n’aurions plus à compter sur la chance.