L’industrie de la presse écrite souffrait, en France comme ailleurs, bien avant la crise déclenchée à la fin de l’été 2008. Crise de civilisation ? Crise de l’écrit ? La presse étant ce medium entre le sujet et le citoyen éclairé des bruits de chez lui et du monde, la disparition du journalisme traduirait un désintérêt croissant pour tout ce qui n’est pas purement privé, propre à l’individu et conduirait inévitablement à l’état de nature plus hobbesien que rousseauiste où l’homme retrouverait sa nature de loup pour l’homme. Ou la crise de la presse écrite pourrait traduire une crise de l’écrit, une perte de repères et de mémoire, un oubli de l’importance et la pérennité des traditions orales. Mais il n’en est rien. Les habitudes ont changé, le support de l’information a suivi les technologies et le journalisme a changé encore davantage. Ce n’est pas l’écriture qui disparaît mais son support, de la même façon que la musique reste, en dépit de sa dématérialisation, au grand dam des maisons de disques qui redoublent de parades pour maintenir leur industrie. Il ne s’agit là que d’une partie du problème, dans un temps où la jeunesse montre un désintérêt à ouvrir un journal, peut-être lié au discrédit lié au sentiment de connivence entre journalistes et personnages de pouvoir, qu’il soit économique ou politique.
Le financeur de la presse influe sur le contenu
L’industrie de la presse écrite connaît des difficultés économiques importantes du fait des coûts de production (l’impression représente 20 à 35% des coûts d’un quotidien) alors que les ventes diminuent et ne sont pas compensées par des recettes publicitaires supplémentaires. Voici le premier point chaud de la nécessaire indépendance de la presse : si la survie d’un quotidien est due en grande partie à ses annonceurs, peut-il être impartial dans sa ligne éditoriale ? Cette question ancienne affecte aussi tout financement de structure ou d’institutions « indépendantes », comme les laboratoires de recherche fondamentale. Le problème est qu’à l’heure du Web gratuit il est difficile de légitimer le paiement d’un service dématérialisé, dans une société qui oublie que tout a un coût : ni la démocratie ni la liberté ne se donnent gratuitement. De la sorte, les états généraux de la Presse auraient mérité d’être réellement généraux et non pas réservés spécialement à la presse : il ne s’agissait pas de faire le procès d’Internet mais de mettre les moyens informatiques au centre de la réflexion, afin de répondre multi-sectoriellement aux avantages et aux dangers du multimédia.
La presse Web, soumise aux « mécanismes de domination »
Face à la mutation informatique dans les mentalités, dans les modes de consommation et d’information, la réponse des états généraux réservés à la presse s’avère logiquement corporatiste, sur l’idée « ni journalisme sans rédaction, ni tous journalistes ». En somme, l’organisation de la presse doit passer par une rédaction, pas forcément objective mais sérieuse par la vérification des sources, seule à même de hiérarchiser l’information. Cela ferait sourire après les couacs de certains journalistes professionnels relayant telle ou telle info sensationnellement fausse si nous ne pleurions pas la mort de la presse d’opinion, subjective par définition. Ce qui est sous-jacent est la volonté de constituer, dans une exclusivité française, une classe officielle de personnages servant l’information, sans être nécessairement à son service : le journaliste devient un relais de communication, qui a progressivement perdu son instinct d’alerte permanente, inquiet, encore vivace dans l’idée que se fait de lui le public. Cette classe dominante protégée par le parapluie déontologique tend à prendre le pouvoir au sein des nouveaux médias, en consolidant la presse via Internet, mais en reproduisant le schéma de la presse papier, en luttant contre le publi-reportage et en employant régulièrement « des journalistes professionnels […] dans le cadre des règles sociales et déontologiques de la profession ». Différence de support, répétition des mécanismes de domination. Peut-on nier l’esprit d’Internet, gratuit et libre, pour assurer la survie d’une construction française, un journalisme isolé au plan européen ?
Tout simplement parce que le journalisme n'est pas une science dure et qu'ainsi, il donne l'impression d'être à la portée de tous. Il n'y a qu'à voir l'explosion de la blogosphère pour s'en persuader. Alors qu'être journaliste, avec le sérieux que ça demande en terme de sources, de vérification et d'intégrité vis à vis de l'information, c'est loin d'être une tâche aisée. Avec ce que cela comporte... Lire tout le commentaire
Votre analyse est biaisée. Les États généraux de la presse écrite ne sont pas une réponse corporatiste, en ce sens que les journalistes n’ont pas été conviés, ou si peu, à participer à ces débats. À tel point que certains syndicats de journalistes ont quitté les débats en cours de route pour protester contre ce mépris. Ces états généraux « sans tiers état » étaient surtout le fait des patrons et des "financeurs" de la presse qui cherchaient moyens d’alléger leurs ch... Lire tout le commentaire