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Une nouvelle fois l’hymne français a été copieusement sifflé à l’occasion d’un match de football opposant l’équipe de France à une équipe du Maghreb, le 14 octobre. Le personnel politique s’offusque et prend des décisions de matamore : si cela se reproduit les matchs ne seront pas joués ! Il s’agit là de faire respecter les symboles de la République : le drapeau, l’hymne, la fête nationale dans une période où le sentiment patriotique s’amenuise et tend à disparaître tant pour des raisons économiques (même si la récession est à nos portes, la France demeure un « pays riche ») que pour des raisons sociologiques (le modèle d’intégration républicain est mis à mal) que pour des raisons stratégiques (le pays n’est pas en danger imminent) et bien d’autres encore. D’ailleurs qui se lève encore quand la Marseillaise raisonne ? La siffler n’est, en somme, que l’étape suivante.
Les symboles nationaux sont sacrés
Tout a été dit, ou presque, à ce sujet. Nous ne souhaitons, ici, nous concentrer sur ce « ou presque », car il n’est en effet en rien inhabituel de voir, sous une forme ou sous une autre, la réprobation de certains à l’égard d’un régime donné se manifester envers ce qui le représente. Ainsi, en son temps, l’Action Française brillait par l’emprisonnement des Camelots du Roy pour avoir souffleté tel ou tel député en tant que représentant de la gueuse. Même s’il n’était pas le même, l’atteinte au symbole était bien là. Toutefois, à cette époque, ce qui importait était, par une action pensée (s’en prendre à tel élu), d’agir pour une pensée organisée : décrédibiliser la République afin de la renverser pour restaurer la Monarchie. Actuellement, il s’agit d’avantage de la mauvaise humeur de certains qui trouve à s’exprimer sous diverses formes violentes : destruction de mobilier urbain et autres dégradations du bien public ou privé (les fameuses « incivilités » des « sauvageons »), atteintes aux personnes (générant ce sentiment d’insécurité) et, à présent, violence symbolique. Il ne s’agit en aucun cas de minimiser, bien au contraire : ne pas reconnaître des symboles nationaux est lourd de conséquence ; c’est parce que Monseigneur Henri d’Artois Comte de Chambord exigea le retrait du drapeau tricolore (symbole de la République) au profit du drapeau blanc (symbole de la monarchie française) que fut rendue impossible une troisième restauration à la chute du second Empire.
L’uniformité républicaine lézardée
C’est justement avec la IIIe République, parée de toutes les plumes de la vertu républicaine dans notre mythologie contemporaine, et surtout par son bras armé, ces hussards noirs qu’étaient les maîtres d’école, que fut inculqué, non sans violence, le sens patriotique via l’intégration forcée à une communauté nationale française encore balbutiante. C’est l’époque du fameux « Soyez propres, Parlez français » que nos grands-parents et arrières grands-parents ont entendu au point que leur descendance perdit l’usage courant du catalan. Ainsi, le modèle même républicain, l’exemple par essence de ce que pouvait être la République, faisait-il litière de tous les particularismes locaux : si la France monarchique était riche de ses Provinces, la République serait forte de son uniformité. C’est cette uniformité qui est mise à mal actuellement. Bien entendu, nous pourrions analyser cela de manière très théorique avec la fameuse crise des grands récits : les Français ne se reconnaissent plus dans l’histoire qu’ils font d’eux-mêmes, etc. Et nous pourrions gloser sans fin de la portée de cette construction imaginaire se réduisant à cette formule : « nos ancêtre les Gaulois » – de sa véracité (discutable) à son historicité (plus complexe qu’il n’y paraît).
Les citoyens français sont le beur, le black, la femme, l’homosexuel
Ce à quoi nous assistons, en pratique, est bien différent. Ce qui se passe est la substitution d’un universalisme à un autre, une sorte de changement de paradigme : au Français interchangeable dans son individualité fait place le « jeune », le « beur », le « black », le gars des cités, le musulman, mais aussi l’homosexuel, la femme, etc. pris collectivement dans son particularisme. Critiquant la construction sociale d’un type spécifique d’universel, la post-modernité fabrique de nouvelles catégories qu’elle juge « naturelle » mais oublie que par la même il s’agit d’une autre construction humaine. Dès lors, la différence entre ces groupes, ainsi singularisés et portés à l’universalité par le discours post-moderne aux accents volontiers politiquement corrects, et le standard de « Français » serait plus irréductible qu’entre un Vendéen catholique et un protestant Gardois. Serait-ce donner-là trop d’importance à un épiphénomène ? En effet, après tout, il ne s’agit que d’un débordement occasionné par une minorité de trublions lors d’un événement sportif. Le fait est que ce qui se passe à la marge est toujours le révélateur de ce que nous pouvons rencontrer au sein de l’objet étudié ; dès lors, le nombre ne fait rien à l’affaire, bien au contraire, il révèle un malaise qui va grandissant : le modèle, ou plutôt le slogan, black-blanc-beur va s’effritant de même que s’estompe le souvenir de la victoire de la coupe du monde. Par ailleurs, il est marquant que cet événement se soit déroulé lors d’un match de football pour, au moins, deux raisons : la première parce qu’il s’agit d’un sport populaire, la seconde parce qu’il s’agit d’un sport qui favorisait l’intégration.
Le football exprime la douleur
La popularité du football est double : c’est un sport qui passionne les classes populaires (aussi bien que les classes plus aisées), et c’est un sport très suivi. En conséquence, le moindre incident ayant lieu à cette occasion prend une dimension médiatique phénoménale (pensons au coup de tête de Zidane, à la banderole parisienne à l’encontre des Nordistes, etc.). Ainsi le football est utilisé de plus en plus comme véritable média, comme support médiatique à ceux qui ne peuvent pas faire entendre leur voix différemment : par l’usage d’une certaine violence physique ou symbolique. Le plus troublant est que le sport qui sert ces revendications identitaires est le sport qui favorise l’intégration non seulement dans les équipes mais aussi dans les tribunes (le Barça a servi de facteur d’intégration important, notamment des Andalous, en Catalogne Sud). Si cela est troublant, il ne faut pas perdre de vue que cette intégration (sociale) produit également un important clivage (économique) entre les joueurs (professionnels) et le public avec toutes les frustrations que cela induit.
Chacun participerait à la prise de décision
C’est ainsi que, même si le geste initial n’avait pas d’intention politique, il revêt, dès lors qu’il touche publiquement au symbole, la caractéristique d’un geste politique puisqu’il met en question les mythes fondateurs du pacte républicain, il pose le problème du comment vivre ensemble. La réponse de l’Etat se comprend : il doit se prémunir contre d’autres atteintes, il doit affirmer son autorité en protégeant ses symboles, mais elle demeurera toujours trop courte car il n’a pas les moyens de répondre à ce qui se passe : il n’a pas (pas encore ?) la capacité de s’auto-générer. Nous retrouvons là une problématique qui se retrouve depuis la plus haute antiquité : quelle est la place du citoyen (lorsque nous déterminons qui est citoyen) ? Cette question est et demeure centrale dans la pensée politique française puisque c’est, justement, par la pratique effective de la polis par tous les citoyens que la polis reste l’affaire de tous. Pour ce faire, il faut des citoyens responsables et conscients de leur importance en tant que telle – ce qui passe nécessairement par l’éducation. C’est tout le défi de notre époque : faire en sorte, à l’heure du village mondial, que chacun de nous puisse participer à la prise de décision qui le concerne à chaque niveau ; ce qui pose le problème de l’extension de la démocratie pensée et pratiquée dans des espaces limités : la cité (sauf à n’être qu’une utopie défendue par Kant dans son Projet de paix perpétuelle, quoique, dans ce cadre, son rapport à la démocratie puisse être ambigu). C’est un jeu de positionnement et d’échelle des plus complexe tant ce village mondial multiplie les appartenances diverses – d’où la tendance à l’individualisme outrancier et, de fait, à la disparition de la polis qui ne saurait se réduire à une juxtaposition d’individus. En conséquence, la question peut être lue de la sorte : quelle réalité une communauté doit-elle avoir pour être prise en considération dans le champ politique, tout en ayant conscience que cette communauté a comme base une fiction, un mythe fondateur.
bon dia, est-il vrai que de plus en plus les supporters de l'athlético de Madrid conspuent les joueurs noirs ? klo fins aviat