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« Familles je vous hais » tel est le cri lâché en 1897 par Gide, abominant la famille, lieu d’oppression et de répression. Mais le concept de famille parcourt l’histoire de l’humanité en se modulant, tout en étant la base même du structuralisme, par la rencontre qu’il opère entre l’interdiction de l’inceste, discutable selon les civilisations, et l’échange, plus particulièrement des femmes, afin d’assurer certaines alliances et garantir la paix. Ce concept, théorisé par la réforme tridentine, sécularisé en France par le Code civil, se déconstruit et devient mou, concurrencé par d’autres formes juridiques (PACS en territoire français, « parelles de fet », c'est-à-dire « couples spontanés », en Catalogne Sud) s’ouvrant à d’autres sexualités, par d’autres catégories socio-économiques, comme la famille monoparentale. De la sorte, deux attaques contre la famille se croisent : la première interne, celle de l’individu face à sa famille, la seconde externe, celle, plus ambiguë, de la société contre la famille.
La famille : un modèle d’oppression de l’individu
La famille perpétue un contrôle de l’individualité par la pression d’une communauté qui veut se différencier de la société dans laquelle elle évolue. Elle clôt un espace qui échappe au contrôle social, hormis quelques interventions extérieures, récentes et limitées. Le principe demeure : la différence hiérarchique de l’Oïkos se distingue de l’égalité de l’Agora ; d’un côté la tyrannie du pater familias, de l’autre le sens démocrate des citoyens. La famille repose, par essence, sur la différenciation. Sexuelle, tout d’abord, la différence entre l’homme et la femme induisant une division du travail : au mari celui de faire vivre le foyer, à l’épouse celui de l’entretenir. Différenciation entre parents et enfants, ensuite, avec révérence des seconds envers les premiers suivant le commandement divin fait à Moïse : « Honore ton père et ta mère ». Différenciation des agnats, enfin, du reste des membres de la société. Voilà comment le réseau prend l’individu et lui inculque, outre les traditions, le sexisme, la domination et l’importance de l’économie, car tous les services que le conjoint offre à l’autre dans la division du travail peuvent s’obtenir autrement, mais pour plus cher : la famille permet de réaliser des économies d’échelle. Et ses carcans privent l’individu de libre expression en lui opposant ses interdits présentés comme « naturels » ; le complexe d’Œdipe est autant la névrose du fils que la psychose du père.
La famille : une arme sociale
Le modèle familial traditionnel est un classique des régimes autoritaires conservateurs pour asseoir leur pouvoir : le Chef prend alors l’image du père, comme un Pétain dont l’Etat Français de 1941 officialise la fête des mères. La famille est même un lieu de normalisation : c’est bien pour cela que le mariage est revendiqué, en France, par certaines personnes à qui il est, dont les homosexuels et les prêtres. Mais les attaques anti-famille ne sont jamais assez subversives : jamais l’essence de la famille fondée sur le mariage n’est critiquée. Posée comme modèle indépassable, elle n’est jamais remise en question ; pire, elle sert d’exemple vers lequel tout tend, d’où l’extension de la filiation légitime aux enfants naturels, d’abord, aux adultérins ensuite, alors que la famille est l’amorce de la privatisation de l’individu au détriment de l’esprit public : le sujet se replie sur ses proches et sur lui-même. La vie familiale, la vie privée sont blindées et nous assistons à une perte du « comment vivre ensemble de manière démocratique » et à la tyrannie des rapports sociaux (une sorte d’extension de l’oïkos au détriment de l’agora) qui se traduit dans la mode du « cocooning » : vous pouvez crever, je suis tranquille devant mon écran plat. Par ailleurs, la privatisation de l’individu via la famille justifie, voire légitime, le désengagement de l’Etat et de la société au profit du réseau de solidarités « naturelles » qu’offrirait la famille, d’où l’intérêt de tous des politiques d’utiliser la famille. Seul Platon, dans sa République, osa proposer un modèle totalement alternatif.
J'ai lu avec intérêt votre analyse du "modèle traditionnel" de la famille qui est d'évidence remis en cause dans nos sociètés dites "modernes "et "libérées" s'inspirant en cela de ce qui s'est passé aux USA avec le mode de vie consumériste encouragé de toutes parts ,parangon de la liberté ... N'oublions pas que la grave crise économique qui a débuté il y a un an et demi aux USA précisément va remettre pas mal de pendules à l'heure au risque de passer pour un "ringard" le vrai ... Lire tout le commentaire
Très intéressant votre article sur le sujet famille.La réponse aussi de Madame Anouchka aussi.En quelques mots parfois on peut comprendre le sens de la vie qui s' y passe en famille.De la famille dont je suis un peu mis sur le coté,on ne peut rien entrevoir de positifs lorsque l'on suit des habitudes,comme des lois et des croyances.Le seul aboutissement pour une personne c'est d'etre aimée pour ce qu'elle est et non pas parce qu'elle fait partie d'une famille parfois on dit honorable.Ce qui... Lire tout le commentaire
Bonjour, Tout à fait d'accord avec votre article, je vous rejoins à 100 % Ma propre expérience familiale et mon expérience professionnelle en tant que travailleuse familiale m'amène à conclure que la famille n'est source que de problèmes, de frustrations, conflits, d'injustices, d'égoîsme , etc.... Ce serait long à développer mais il y aurait vraiment des solutions pour vivre tous ensemble qui seraient nettement plus épanouissantes et plus positives pour tous. Je pense comme vous qu... Lire tout le commentaire