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Blogs > Olivier Massot > Cours camarade ! Les jeunes du vieux monde sont encore derrière toi !


Vendredi 13.6.2008. 21:00h

Cours camarade ! Les jeunes du vieux monde sont encore derrière toi !

La jeunesse de 2008 peut-elle se construire en simple réplique des jeunes années des soixante-huitards ? Cet historique et improbable transfert de jeunesse est une spécialité française.
Collégiens en centre-ville de Perpignan, mai 2008 Collégiens en centre-ville de Perpignan, mai 2008

De 1968 nous ne retenons que le mois de mai et quelques événements devenus légendaires : 1968 a une version officielle, son contexte est dans l’ombre et nous sommes invités à rêver aux lieux parisiens des événements, comme l’université de la Sorbonne ou le théâtre de l’Odéon, à côté de Sauvageot, Geismar et Cohn-Bendit, tutoyant les monstres-sacrés, Sartre ou Althusser, et interpellant avec véhémence les prochains, comme Foucault ou Deleuze. Les plus téméraires pouvons nous imaginer sur les barricades boulevard Saint-Michel ou rue des Saints-Pères. Médias aidant, ce décor nous rend prisonniers d’une mémoire qui n’est pas la nôtre et nous renvoie l’image d’une jeunesse qui n’est pas nôtre. De la sorte, le nom « soixante-huitards » fait stratégiquement écho aux « quarante-huitards » communards de 1848, en référence aux illustres prédécesseurs révolutionnaires. Si l’histoire ne bégaie pas, elle se produit deux fois : sous forme de drame, puis de farce. En 2008, les soixante-huitards s’arrogent le fait d’avoir été les seuls à être jeunes, mais encore à le demeurer en commémorant ces événements, la larme à l’œil et l’anecdote à la bouche, tout en regrettant « le temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », où l’engagement politique était de rigueur.

Les jeunes actuels paient l’interprétation de 68

La commémoration sacralisée tous les 10 ans occulte deux aspects qui situent ce fameux mois de mai dans un continuum historique planétaire : le contexte mondial et le mouvement social débuté à la fin de la révolte étudiante. Dans ces perspectives, Mai 68 mis s’intègre dans une révolution mondiale conduisant à une nouvelle domestication des classes laborieuses répondant aux nouveaux besoins économiques : la quasi-totalité de nos étudiants chahuteurs sont passés sans transition du col mao au col blanc. C’est l’éternel retour de l’identique. Les commémorations décennales font ressurgir le spectre du Grand Soir, qui n’a pourtant pas eu lieu en 68 tant la jonction de la mauvaise humeur étudiante et les revendications ouvrières ont du mal à s’articuler. Il ne s’agit que d’une amplification de ce que nous vivons annuellement : le rêve de voir le pouvoir étatique en crise, rêve entretenu par ceux qui ont vécu la période sans y parvenir, et qui auraient tout à perdre si cela devait se produire. Rêve révolutionnaire pour bobos tranquilles, oublieux du mouvement ouvrier de mai qui permit de la baisse du temps de travail et l’augmentation des salaires. En 2008, il reste une photo jaunie, la nostalgie d’une époque où tout aurait pu être possible, mais qui n’a fait qu’affirmer que la domination changeait juste de forme.

Les ex-jeunes nient une jeunesse autre que la leur

Une fois que l’imagination a effectivement pris le pouvoir, allait-elle « changer la vie » ? La circonspection est de rigueur : au « jouissons sans entraves » a fait suite un tacite « demeurons avec fermeté ». Les tentatives autogestionnaires ont laissé libre cours à la « pensée » de la réalisation de soi, de préférence au profit de l’entreprise. Les Etats-Unis demeurant l’exemple avec le fameux « Ne vous demandez pas ce que l’Etat peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’Etat » où l’Etat est devenue une entreprise comme une autre. L’entrepreneur, faisant le spectacle, devient l’icône de la « jeune génération » : il faut réussir à tout prix, être connu et surtout adopter les codes dictés par leur aînées à grand renfort de pub. En somme, les commémorations de mai 68 entretiennent la jeunesse virtuelle d’ex-jeunes qui revendiquent pouvoir et autorité en oubliant qu’ils les ont contestés. Cela donne Libération, le journal de Sartre et July, payé par le milliardaire Rothschild. Les mêmes ex-jeunes se donnent volontiers en exemple, jusqu’à nier qu’il puisse y avoir une jeunesse autre, actuelle, car trop désillusionnée, trop peu engagée. Mais ce sont eux, jeunes en 1968, qui ont contribué joyeusement à l’effondrement de la politique et de la pensée.



Commentaires

#2. Hervé-PPN 15.6.2008. 00.54h

Je prends la défense de la clau, au pays dont la pyramide des âges est particulièrement fournie dans sa zone "vieux" (pardon, "aînés", il ne faudrait pas quand même que l'on commence à nommer les choses par leur nom, ce serait une provocation par les temps qui courent). J'avoue que si j'avais un "certain âge" je serais terrorisé moi aussi par l'idée de ne plus trop saisir les évolutions diverses. Je souhaite d'ailleurs me retrouver dans cette position vers 2040. Pourquoi refuser le te... Lire la suite


#1. ROBERT 14.6.2008. 14.37h

malgré le talent de toute l'équipe de la clau et vous en particulier monsieur Massot, vous n'ètes qu'une bande de trentenaire revanchard perclu de jalousie envers vos ainés. Au moins votre acné juvénile elle, a su percer!


5 !10 !20 !Tous
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