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Samedi 25.8.2007. 00:00h

Visa pour l’Image : boudin d’info avec le sang du monde

Le festival du photojournalisme de Perpignan, autoproclamé "engagé", est parfois critiqué pour son voyeurisme. Mais la question éthique élude le fond : la photo de presse est un business mené par la loi
Visa pour l’Image : boudin d’info avec le sang du monde Visa pour l’Image : boudin d’info avec le sang du monde

Les Perpignanais ont bien été sage cette année, ils cumulé les bon points, ils ont droit à leur "Visa pour l’Image". Encore une fois, Jean-François Leroy, son directeur, en Monsieur Loyal, viendra nous montrer le carrousel des stigmates du monde. Pour que nous puissions dire, comme Saint-Thomas : "Je le vois, il est ressuscité". Les élus, les commerçants, les habitants, les touristes, iront par les monts et les parvis répandre la bonne nouvelle. Notre monde souffre toujours ! Et lorsqu’on à mal aux dents, cela veut dire qu’on est vivant. Louons Dieu, l’hyper-président, ses ministres, les saints et les anges : ce n’est pas mieux ailleurs. Alors Visa, festival pervers du voyeurisme, ou ultime recours pour un devoir de mémoire du temps présents ? Comme le mal et le bien, qui ne sont pas concentrés en des actes ou des personnes en un seul tenant, une chose peut être bien et mal simultanément, regardons de plus près pour détailler les perspectives, sans jugement. Le festival Visa pour l’Image a pour objectif de rapporter au travers du support photographique les faits passés dans le monde, pour qu’en bon citoyens nous nous en tenions informés, et, qu’aux moyens de ces filtres, nous nous forgions une opinion, laquelle dictera notre conduite et nos décisions.

Qui possède l’information détient le pouvoir…

C’est évident, les images nous regardons nous influencent, mais nous oublions généralement la traçabilité de ceux qui et pourquoi on nous les présente. Car des gens partent à l’aventure pour photographier parce qu’avant tout c’est un métier qu’ils ont choisi. Ces expéditions ont un coût, elles nécessitent un investissement matériel, un autre temporel, et puis, il faut bien manger. A qui vont-ils rapporter leur travail ? Il apparaît peu pratique qu’ils sillonnent les places des villes et nos villages pour ce faire. Donc, ils ont besoin de supports : journaux, magazines, sites internet. En général ce sont les agences de presse qui distribuent selon les besoins de l’information.

L’info, c’est comme la mode

Les photojournalistes vous le diront, d’un certain point de vue, l’information est comme la mode, certaines font tâche avec le concept global, alors on ne les porte pas en public. Avez-vous entendu parler d’une certaine épidémie de choléra en Angola ? Ça vous intéresse ? Dans la hiérarchie de l’info, si cela doit supplanter l’annonce du nom du gagnant de la Nouvelle Star de la chaîne de télé M6, pas question. On s’identifie plus facilement à un chanteur qu’à un malade du choléra, surtout s’il est noir, selon l’argumentaire de Montesquieu dans "De l’esclavage des nègres" : "Ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre !". Depuis ce texte de 1748, quelque chose a-t-il changé ?

Le photojournalisme est un business

Visa pour l’Image essaie de redresser la terrifiante hiérarchie de l’information, mais en seulement 15 jours, sans rétablir la généalogie des faits, car il ne s’agit pas d’un festival de géopolitique ou d’histoire. Et parce qu’il est atteint, lui aussi, par les contraintes du marché. Depuis sa création en 1989, on n’a de cesse d’évoquer la crise du photojournalisme, mais ce n’est pas la façon de travailler qui est en cause, c’est le cours du marché de la photo d’information qui est en crise. Là encore, reprenons le texte de Montesquieu : "Le sucre serait trop cher s’il fallait payer ceux qui le cultivent"… Comme pour l’agriculture, ce sont les distributeurs qui fixent le prix, voire le goût du consommateur. Les photoreporters pourront-ils bientôt être labellisés façon commerce équitable ? A quand une révolte de travailleurs de l’image menés par un José Bové les motivant pour faucher les champs d’OGM pixellisés ? Ce que le vieux ministre de l’information Alain Peyrefitte indiquait pour la Chine, on peut le souhaiter pour les professionnels de la photo : quand le dormeur s’éveillera !



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