Depuis le 1er janvier 2008 et selon la loi, l’interdiction intervient dans la convivialité du café, personne ne fume. On ne doit pas prendre le risque de tuer à petit feu les fumeurs passifs, serveurs en tête. Quid des bars dont l’objectif principal est de fumer. La Clau en fait le tour et interroge les patrons sur ce nouveau bonheur imposé.
La Clau : Perpignan, 8 janvier 2008, 10h, 9° à l’ombre du Restaurant-bar Les Expéditeurs, Espace Méditerranée. Les patrons, Myriam et Alain, doivent fumer dehors même lorsque l’établissement est vide. Plus maître chez soi ?
Alain, le patron : "Y’en a marre ! J’avais déjà l’impression de travailler toutes ces heures pour l’Etat... On nous en demande toujours de plus en plus en ne donnant jamais de solutions : normes de sécurité, hygiène, tout cela se traduisait déjà en termes de coût. En plus, il y a les lois que l’on fait pour notre "santé", et les gros contrôles sur l’alcool, et des cas extrêmes comme ce patron de bar qui a été attaqué en justice après que l’un de ses clients ait causé un accident mortel en prenant sa voiture après avoir consommé dans son établissement. L’Etat veut nous transformer en contrôleurs de la santé publique, voire de la morale : ce n’est pas notre rôle. Notre métier, c’est de proposer à nos clients des lieux de convivialité où ils peuvent se retrouver entre eux, décompresser, faire une pose dans une journée de travail. Pas des lieux de surveillance supplémentaires. Je ne vais pas mettre des caméras ou passer des coups de fil à la police. Pour le cas de la cigarette et de la fumée, la loi Evin me paraissait suffisante pour peu qu’elle soit bien appliquée. L’exemple espagnol est plus équilibré : en dessous d’une surface de 100 m2 c’est le cafetier qui décide si son établissement sera fumeur où pas."
Quel est l’impact sur la clientèle ?
Je vois une différence entre l’écho que donnent les médias et ce que je constate ces jours-ci. Le "tout le monde trouve ça bien ou s’y résout, parce que ce sera une occasion pour m’arrêter de fumer" ressemble plus à la méthode Coué qu’autre chose. Ce que je vois, c’est une baisse de la fréquentation des fumeurs pour le petit noir du matin où la bière. Et toujours pas de retour des familles et des non-fumeurs, malgré la communication argumentée des médias et de l’Etat ! Ce matin, avec des clients, plutôt que de rester debout dehors un peu comme les cancres que l’on mettait au coin avec un bonnet d’âne, on a sorti des tables et des chaises et on a fumé après avoir posé un carton sur la table avec l’inscription "Résistants" ! Les fumeurs ont de plus en plus l’impression qu’on les désigne à la vindicte populaire... Et que derrière la question de santé se cache une question morale impulsée par des lobbys. On nous confisque de plus en plus de liberté individuelle « pour notre bien », mais qu’est-ce qu’on nous donne en échange ? Rien. On nous infantilise de plus en plus. Nous sommes adultes et pouvons nous responsabiliser nous-mêmes !
Pour en finir avec le problème de la fumée, faut-il en finir définitivement avec la cigarette ?
L’état a été et demeure le premier dealer avec la cigarette. Il gagne encore beaucoup d’argent avec les taxes énormes qu’il perçoit dessus. Avec cela, il se permet de condamner au regard d’une santé qu’il veut dé rembourser de plus de plus. C’est vouloir et réussir à avoir "le beurre, l’argent du beurre et le cul du cafetier" ! C’est un peu fort de café. Je suis fumeur. J’aimerai bien m’arrêter de fumer du jour au lendemain, mais ce n’est pas facile. Gérer un établissement au-delà de la restauration et la vente de boisson compte tenu des exigences légales, c’est stressant, fatigant, et d’un point de vue pratique la cigarette est un instrument compensatoire utile. On ne fume pas pour s’autodétruire, les fumeurs ne sont pas suicidaires pour la plupart…