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Samedi 6.1.2007. 00:00h

Magazines territoriaux, la propagande au quotidien

Imposée au même rythme que la courbe des difficultés, la "nov-langue" améliore le réel en assurant son rôle à la chose politique. Une nouvelle langue béton pour un nouveau monde en carton.
Magazines territoriaux, la propagande au quotidien Magazines territoriaux, la propagande au quotidien

L e chaos préfigure toujours l’ordre ! Ainsi, le lointain big bang a préfiguré l’organisation de notre univers, dans un mouvement de croissance perpétuel vers l’infini . Le chaos, transformation de notre société après la chute du mur de Berlin en 1989, engendre un monde globalisé, interdépendant et interconnecté, dont nous serons, à la fin des temps, les plus grands bénéficiaires. Dans la construction de cette hyper-structure grandit une dialectique, entre le macrocosme et le microcosme, contenue par la création et la diffusion d’un nouveau langage. Le verbe souffle à la surface des eaux, il est le ferment qui fera croître le nouveau monde : son pari est de tirer la nappe d’un coup sec sans qu’aucun des couverts ne tombe. Cette "nov-langue" vise au consensus et non au scandale, à l’anesthésie et non au choc cynique. C’est pourquoi l’un de ses principaux tours est l’euphémisme : elle n'utilise le mensonge qu'en partie, comme le signale l'écrivain Eric Hazan dans son ouvrage "LQR, la propagande du quotidien", publié en 2006 ("LQR" - "Lingua Quintae Respublica", désigne la langue de la 5ème République Française agonisante...). Ainsi, la nov-langue tend à homogénéiser mensonge et vérité en une même trame, pour que le grand public ne fasse plus la différence entre les deux. Et cela implique, comme l’écrivait déjà Georges Bernanos dans le recueil "La liberté Pour quoi faire ?", sorti en 1953, que "Qui s’ouvre indifféremment au vrai comme au faux est mûr pour n’importe quelle tyrannie !" Nous voilà avertis. Et les "grands médias", pour la plupart aux mains de groupes dont la fonction initiale n’est pas l’information mais la vente d’armes ou la construction, sont autant de relais pour le message, identifié et personnifié dans "Le livre de la jungle" de Kipling par le serpent Kaa, qui hypnotise le jeune Moogli dans ses anneaux en lui susurrant : "aie confiance !".

La propagande du quotidien à la table du local

La décentralisation ou la centralisation ne sont ni bonnes ni mauvaises, mais fonction de qui et pourquoi. On les instrumentalise, elles sont à leur hauteur. Malheureusement, nous sommes à marée basse ! Ainsi, les politiques et politiciens décentralisés ont recours aux instruments de propagande pour asseoir "le village Potemkine" que constitue leur projet de société (Potemkine, ministre et amant de Catherine 2 de Russie, qui lorsque sa reine voulut vérifier que son pays était bien à l’image du progrès en y faisant une tournée des popotes, fabriqua des villages prospères aux paysans bien nourris et souriants, qu’il faisait traverser au grand galop par le carrosse de Catherine…). Chacun de nos pontes élus possède son magazine et son site Internet, qui transmettent la nov-langue. "Cette langue a une dynamique propre, un caractère performatif qui fait sa force : plus elle est parlée et plus ce qu’elle défend, sans jamais l’exprimer clairement, a lieu" (Eric Hazan). Localement, elle masque ce qui n’a pas lieu, dans une débauche de graphisme et de personnages, et nous raconte à quel point la Région, le Département, le Pays, l’Agglomération et la Ville se démènent pour obtenir la première place sur le podium des aspirations des contribuables-électeurs. Comme disait le président du Venezuela, Chavez : "En me réélisant, c’est vous qui vous êtes réélus !". Mais si le monde qu’ils réalisent pour nous est aussi merveilleux, pourquoi ont-ils besoin de le crier si fort et si cher ? Ce besoin éternel de persuader et pas de convaincre est structuré par la fulgurance des titres et des mots. Ces dernières semaines, en Catalogne Nord, cela donne : "L’accent Catalan, L’archipel des cultures, La culture pour tous et par tous, Le printemps de la fraternité, Trouver des solutions optimales face aux contraintes extérieures, La difficulté de réussir ne fait qu’ajouter à la nécessité d’entreprendre, Le 4ième pont, le pont du bon sens, Mixité sociale, Lieu de rencontre et de partage, Urbanisme et concertation, 2006, fiscalité, 0% d’augmentation…". C'est aussi l'incantation de noms célèbres : "Jean Nouvel, Badinter, Savary, USAP…". Et de se dresser les théâtres, les archipels, les lieux de mémoires, les gares TGV, les routes vers l’avenir. De disparaître les écoles d’Art et le Roussillon sous les lotissements. "Allez, enflammez les loyers et le prix du m2 par la force de votre spéculation !" aurait pu inviter Saint Ignace de Loyola, s’il avait fait dans l’exercice immobilier et non dans le spirituels ! Divergences entre les faits et le principe de leur réalité. Département et Ville ne sont plus des lieux où vivent, travaillent, dorment et se retrouvent les citoyens, mais des espaces conceptuels modelés par la com'… Alors, quand le ciel crépusculaire lance les derniers feux du grotesque et du terrible, lorsque le politique montre la lune, le citoyen pourrait regarder quelle forêt cache le doigt !



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