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Blogs > Nicolas Caudeville > Les acteurs de la drogue ont changé dans les P.O.


Samedi 3.2.2007. 00:00h

Les acteurs de la drogue ont changé dans les P.O.

Substances plus puissantes, plus nocives, plus diffusées… Les produits prohibés prolifèrent sur un terrain favorable. En lisière de la plaque tournante du trafic européen, le Pays Catalan envoie des signes alarmant
Le Perthus - août 2006 Le Perthus - août 2006

2006, année record en matière de cocaïne saisie au Perthus : le 6 novembre, les douaniers sont félicités par le porte-parole du gouvernement français, Jean-François Copé, pour une saisie de 59,3 kg de cocaïne effectuée le 28 octobre à bord d’un camion britannique. Auparavant, le 18 octobre, c’est à Narbonne, à bord du TGV Bruxelles-Lille-Perpignan, que 56,3 kg d’héroïne et 15 kg de produits de coupage, pour une valeur globale de 1,4 million d’euros, sont débusqués. La vendange est effectuée aussi sur le viaduc de Millau, où 2,1 tonnes de cannabis, d’une valeur de 4,2 millions d’euros à la revente, sont scellées le 27 mars... Si, au fil des ans, les annonces de saisies se banalisent pour la plupart des frontaliers, un simple calcul à partir des communiqués de presse de la douane en 2006 dévoile l’écart important entre les saisies de cocaïne (77 kg) et d’héroïne (56 kg), et celles de cannabis, bien plus importantes : 3,5 tonnes. Même en imaginant que cocaïne et héroïne sont ensuite coupées avec d’autres produits pour augmenter la quantité, où en émettant l’hypothèse que les communiqués de presse de la douane, par confidentialité, ne reflètent pas la totalité des prises effectués aux portes de la Catalogne Nord, l’écart majeur entre ces différentes saisies est… saisissant. Pour sa part, la préfecture des Pyrénées-Orientales reconnaissait, dès 2004, l’importance du territoire comme "l’un des principaux points de saisie de stupéfiants", relevant une l’action des services douaniers envers le "démantèlement des grands réseaux internationaux". Les habitants de la Catalogne Nord sont aux premières loges du trafic entre les deux Europe. Dures conséquences.

Le dealer de cocaïne est un étudiant catalan de souche, mais le Gitan reste bouc émissaire

Les phénomènes commerciaux sont tous les mêmes : le rapport offre/demande et l’évolution des désirs du consommateur s’appliquent aux commerces illicites, et le dealer fournit un produit de plus en plus fort et accessible… Par ce mécanisme classique, les accros perpignanais sont plus vite servis que leurs homologues toulousains ou parisiens. Une enquête fiable, effectuée par Lamia Missaoui et Alain Tarrius en 1999 (éditions Villes et Mouvements), passe la Catalogne au scanner, sur un tracé Perpignan-Girona-Lleida-Barcelone-Tarragone : "Nous imaginions une population de jeunes de milieux favorisés (…) comme autrefois les mêmes choisissaient le métier d’antiquaire et les échanges troubles qui le caractérisent : ces cas se présentaient, mais aussi bien d’autres, tels des jeunes de milieux agricoles modestes, ou encore des enfants de fonctionnaires de classes moyennes. Notre échantillon suggère un "profil type" du jeune trafiquant étonnant en regard des représentations usuelles du passeur de drogue (…) il s’agit d’un jeune homme poursuivant des études supérieures, attaché à sa famille, unie et présente depuis plusieurs générations dans le lieu. Un jeune, riche ou pauvre, qui fait continuité familiale".
A l’autre bout de la chaîne, voici le très commode étranger de l’intérieur. A Perpignan, il est le Gitan dealer et trafiquant, parfois impliqué dans les trafics, mais dépassé par les mutations sociétales. Il ne représente pas le profil du trafiquant type. Car les réseaux familiaux et mafieux classiques ne sont plus seuls en tant qu’opérateurs de diffusion de psychotropes interdits. Leur concurrent, qui les supplante peut-être déjà, appartient probablement à un milieu social clean, parfois conservateur, installé, protégé. Depuis l’enquête de 1999, certaines habitudes ont évolué et le marché le plus lucratif est celui de la cocaïne, en passe de supplanter parfois même le cannabis. En effet, côté production, de l’autre côté de la sub-frontière "passoire à coke", il existe de nombreux laboratoires, qui, avant d’inonder l’Espagne, fabriquent le produit fini en provenance d’Amérique du Sud et du Venezuela, nouveau pays de départ des grands flux, près de la célèbre Colombie. Côté consommation, la cocaïne parvenue dans les Pyrénées-Orientales rencontre même le prolétariat saisonnier lorsqu’elle permet à des quantités de jeunes, principalement employés dans l’hôtellerie, de "résister" aux infernales cadences de travail. Partout dans le département, il est devenu fréquent de rencontrer des individus, parfaitement insérés, consommer pour les fêtes de noël, en famille, ou même pour aller boire un verre au bistrot d’à côté… Cette classe de poly-toxicomanes émergeante est-elle une génération perdue dans une réalité d’addiction sous omerta, car les grands médias du pays sont, par tradition, parfois trop sages ? Si le cocaïnomane catalan du Nord a de longues nuits de "speed" devant lui, en cela il ressemble à son alter ego du Sud, dans un territoire irrigué jusqu’à València. Un singulier rapprochement transfrontalier…



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