L'eau jaillie de nos généreux robinets serait comme un forfait de portable illimité ? Entre l’explosion démographique et le changement climatique, lié au réchauffement planétaire, lui-même lié aux comportements humains, l’aspect illimité est une illusion. On parle même de "stress hydrique mondial". Au cours du XXè siècle, la consommation d’eau douce a été approximativement multipliée par sept... Et la ressource d’eau douce utilisable représente 1% du volume d’eau total sous forme de lacs, rivières et eaux souterraines. 6000 enfants meurent par jour pour avoir bu de l’eau sale et contaminée, souvent loin de nos contrées favorisées par un accès immédiat à l’eau. Sur la planète, un milliard de personnes sont privées d’accès à l’eau potable, ce qui implique près de 5 millions de morts par an. Et les guerres de l’eau ne sont pas improbables... Ainsi, dès les années 1980, un rapport de la CIA identifiait une dizaine de zones de conflits hydriques potentiels.
Distribution ou exploitation de l’eau ?
Tout ce qui est essentiel devient un enjeu et finit par tomber dans le domaine du « fétichisme marchand ». En France, en 1853, déjà, La compagnie Générale des Eaux (actuellement Veolia) s’engageait : "À pourvoir largement à la distribution d’eau dans les villes et à l’irrigation des campagnes". Depuis, celle-ci, à l’identique du groupe SAUR et de la Lyonnaise des Eaux, est devenue d’un des premiers acteurs mondiaux de la potabilisation, de la distribution et du traitement des eaux usées. A l’évidence, ces opérateurs monopolisent le marché à leur profit. Ils sont soutenus en cela dans le monde entier par l’Union Européenne et le FMI qui sous-tendent leur aide financière à la privatisation l’eau. Parfois, ils repoussent en dehors de l’accès à l’eau la partie pauvre des populations, comme en Argentine, à la charnière des décennies 1990 et 2000. Le pays s’est ainsi livré au consortium Aguas Argentinas, dont l’actionnaire majoritaire, Suez-Lyonnaise des eaux, n’a pas pu remplir son contrat de distribution d’eau dans tous le pays, notamment dans les zones d’accès difficiles. Mais, au passage, un chiffre d’affaires de 350 millions de dollars a été réalisé. L’eau, c’est sérieux.
Vers une municipalisation de l’activité
Selon Jean-Luc Touly, président de l’Association pour un Contrat Mondial de l’Eau et syndicaliste CGT à Veolia, interrogé par le site Rue89 en décembre 2007, 80% des populations en France vivent « sous un système de délégation du service public de l’eau ». Il dénonce un système pervers dans lequel les marges nettes de bénéfice représentent de 40 à 61% du prix de l’eau… Et les entreprises déléguées n’accomplissent pas leur travail d’entretien des réseaux, causant leur vieillissement et un gaspillage pouvant aller jusqu’à 30% de la ressource. Actuellement, de nombreux contrats entre collectivités territoriales française et compagnies des eaux arrivant à terme, de nombreuses municipalités, retrouvent un système de régie, avec une baisse des tarifs de 40% pour conséquence directe, ou le réinvestissement des bénéfices dans l’entretien des réseaux. Ce type de décisions a été pris en mars 2007 par le maire communiste de la ville d’Elne (Pays Catalan) Nicolas Garcia, qui a proposé au Conseil Général des Pyrénées-Orientales de créer une régie départementale de l’eau pour « préserver la ressource, permettre à tous d’accéder à l’eau à un prix juste, garantir le même prix du m3 à tous les usagers. Aujourd’hui, des communes, des syndicats, des communautés gèrent l’eau en régie ou en délégation de service public, certaines souhaitent renforcer leur régie souvent trop faible compte tenu de leur taille et beaucoup aimeraient passer au public, mais hésitent". En vue des élections municipales ou départementales de mars 2008, les enjeux de l’eau pourraient recevoir des argumentaires forts, et finir par nous interpeller.