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Blogs > Nicolas Caudeville > FNAC : la barbarie du culturel, à visage humain…


Samedi 20.10.2007. 00:00h

FNAC : la barbarie du culturel, à visage humain…

Pour son installation à Perpignan, fin 2004, l’enseigne FNAC, du groupe PPR, a bénéficié d’un solde d’investissement de 4 M d’euros. A ce prix-là, on pouvait espérer un mieux-disant culture
FNAC : la barbarie du culturel, à visage humain… FNAC : la barbarie du culturel, à visage humain…

Fondée en 1954 par deux militants trotskystes, André Essel et Max Théret, (lui-même ex garde du corps de Lief Bronstein, alias Trotsky), la "fédération nationale d’achats" se revendique comme une entreprise culturelle et pas commerciale. Mais le 24 avril 2007, elle annonce un "plan de sauvegarde pour l’emploi et la suppression de 300 postes dans les services administratifs, en France, d’ici mi-2008 ". Que reste-il de l’entreprise "non conforme" des origines ? De "La Fédération Nationale d’Achat des Cadres" au fleuron du groupe français Pinault Printemps La Redoute, loin est l’époque où les cadres venaient acheter leur matériel cinématographique et photographique. Poc a poc tout cela a crû, s’enrichissant avec les innovations technologiques de la photo, de la radio, des magnétophones, des disques, CD et enfin des livres en 1974. Aujourd’hui, l’enseigne pèse 72 magasins dans 56 villes de France, plus 48 points de vente répartis dans 8 pays, un site marchand d’achat en ligne et un magasin de téléchargement de musique, jeux vidéo et logiciels. Récemment, elle a ouvert des antennes en périphérie des villes. Ses principaux concurrents : Virgin Mégastore, pour les produits culturels, et Darty pour les produits techniques. Avec deux millions de porteurs, la carte de fidélité FNAC est la première carte privative de France.

La FNAC à Perpignan : une "certaine" idée de la modernité

Dans la période post-moderne où nous vivons, la FNAC et le bâtiment des Dames de France de Perpignan, restauré, ont une persistance rétinienne temporelle. Nous devons au journaliste Fabrice Thomas le travail d’enquête de ce chapitre. Depuis sa fermeture en 1989, l’immeuble des Dames de France était un chef d’œuvre en péril dont, à part les pigeons et les rats, personne ne savait que faire. En 2000, la mairie de Perpignan achète l’immeuble à l’établissement financier madrilène Banco Exterior, pour près de 2 millions d’€. Soit l’évaluation des domaines plus 20%. Le projet FNAC voulu par le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy, est retenu, après de nombreux contacts avec les nouveaux propriétaires de la chaîne de magasins, François Pinault et son fils. Le montant de l’installation de l’enseigne à Perpignan est évalué à 3 millions d’euros par la FNAC. Le maire prétend à une dynamisation de la vie économique et culturelle de la ville. Et pour lui, financièrement c’est "une opération blanche". De fait, la ville a déboursé 2 millions d’euros pour l’acquisition de l’immeuble et 8 millions d’euros pour les travaux, soit 10 millions en tout. En recette, la ville encaissera 6 millions d’euros, versés à la signature du bail emphytéotique. Soit quarante années de loyers payés d’avance. Si l’on fait le calcul, 10 millions moins 6 millions : 4 millions offerts par la municipalité de Perpignan pour la venue de l’enseigne. Une forme de subvention à l’initiative privée qui n’a apporté aucun mieux disant culturel : l’offre FNAC n’a aucune originalité. Au plan économique, le résultat est affligeant, avec la destruction d’emplois chez les acteurs locaux traditionnels, disquaires et libraires, voire leur fermeture pure et simple.

Mutatis mutandis, la FNAC change de peau

Retour en France, au prétexte des transformations technologiques dans la photographie, de l’argentique au numérique ; de la possibilité de graver des CDs, de pirater la musique en téléchargeant du MP3, la FNAC va "libérer de la contrainte du travail" certains de ses employés. Lentement mais sûrement elle oublie son mieux-disant culturel pour un mieux-productif commercial ! En mars 2007, son PDG, Denis Olivennes, publie un essai qui veut tout dire : "La gratuité, c'est le vol : Quand le piratage tue la culture". L’esprit trotskiste du début à pris un coup de piolet : il est bien mort "l’agitateur d’idées".



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