À l’occasion des élections sud-catalanes du 1er novembre 2006, la clau interroge une élue du parlement de Catalogne. Preuve de modernité, on peut être une jeune femme députée. Née en 1971, diplômée en sciences politiques, Dolors Camats a fondé à Barcelone l’association RAÏ - Ressources d’Animations Interculturelles, oeuvré activement au bureau du forum européen de la jeunesse en 1997/1999 et présidé le Conseil National de la Jeunesse de Catalogne en 2000/2001. En tant que députée du parti Iniciativa per Catalunya-Els Verds (ICV), elle a fait partie de la CNJC - Commission de Politique Culturelle, Coopération et Solidarité. Porte-parole de son parti, partisane de la "politique autrement", elle prône l’implication de terrain, pour le bien commun, le bien-être, les droits et la dignité humaine. Pensant qu’il faut "être à l’écoute des gens", elle reste consciente que "la bonne gouvernance n’est pas neutre".
la clau : Le parti Iniciativa Per Catalunya - Els Verds, c’est quoi ?
Dolors Camats : C’est un parti politique rouge-vert de la tradition euro-communiste, issu du PSUC (Parti Socialiste Unifié de Catalogne) des années 1930, opposé au fascisme et à la dictature franquiste. S’ajoute à cela une tradition de liberté et d’égalité, d’intérêt profond pour l’environnement et pour l’Europe.
la clau : Qu’est-ce que c’est qu’être de gauche ?
D.C. : Pour nous la campagne électorale pour la Generalitat est claire : plus que jamais, il y a une très nette division entre la gauche et la droite, surtout en termes de service sociaux : une approche de gauche parle de l’universalité des droits, de la possibilité de services pour tous, et une approche de droite parle d’échec et de règlement global par le marché. Cela nous amène à une campagne très commode pour nous, car nous n’avons pas de complexe à affirmer ce qu’il faut prioriser : le droit aux services sociaux, l’éducation…La gauche travaille pour la transformation sociale et l’égalité.
la clau : La Catalogne est un pays à réputation riche ! Y a t-il une bonne redistribution de cette richesse ?
D.C. : Pas du tout. Si on regarde l’éducation et si l’on parle d’échec scolaire, il y a une nette division entre les classes pauvres et les riches. Il faut offrir un service social pour l’éducation et la santé, afin que les précaires puissent dépasser cet état.
la clau : Quel est le point de vue d’ICV sur le fonctionnement de l’Union européenne ?
D.C. : Nous avons toujours été une force pro européenne, mais aussi critique sur sa construction, notamment le déficit de participation citoyenne et l’éloignement entre les citoyens et les institutions européennes. Nous sommes aussi critiques quant à la dérive libérale constatée lors du référendum sur le traité constitutionnel, en 2005.
la clau : Être jeune et femme en politique, c’est facile ?
D.C. : C’est rare ! Dans notre pays, il y a de plus en plus de femmes engagées, mais les élus de moins de 35 ans sont rares dans les institutions. Pour un homme, plus âgé, c’est plus facile. Mais il faut s’engager pour avoir le plus de visibilité possible. Les femmes, avec leur autre façon de faire de la politique, peuvent changer des choses.
la clau : Pourquoi les gens ne veulent pas s’engager ?
D.C. : Je suis entrée en politique en m’engageant dans des mouvements de jeunesses comme RAÏ, puis aux travers du CNJC, puis dans un parti politique. Mais la manière de s’engager est la même. Il faut développer d’autres canaux de décision, participer aux institutions, mais ce n’est pas suffisant. Il faut donner des clefs aux jeunes. Cependant, on ne peut pas leur demander de s’engager et, après, ne pas les écouter. En les expulsant de la sphère politique, on risque de ne jamais les voir revenir.
la clau : Faut-il former le citoyen ?
D.C. : Il faut connaître ce qui nous concerne, avec des répercussions dans notre vie. Savoir qui prend les décisions au final devient de plus en plus difficile. Il faut expliquer ces processus, en développant les moyens de communication. Il faut s’informer pour pouvoir exiger nos droits.
la clau : Le travail avec la Catalogne Nord ?
D.C. : Nous avons des relations avec nos homologues idéologiques chez vous. Mais nous avons aussi la vision d’un territoire qui partage une langue, une histoire et une culture communes, malgré deux Etats différents. Nous avons suffisamment de choses en commun pour travailler ensemble, et aussi en politique. Dans le cadre du nouveau Statut de la Catalogne, nous avons fait en sorte de pouvoir travailler de manière privilégiée avec d’autres territoires espagnols de langue catalane, et aussi avec la Catalogne Nord.