Umberto ecco observe dans "Pastiche et postiche" que "Telle est la mission de la parodie : elle ne doit jamais craindre d'exagérer. Si elle vise juste, elle ne fait que préfigurer ce que d'autres réaliseront sans rougir, avec une impassible et virile gravité". Les émeutes perpignanaises du 29 mai 2005 n'ont pas été une parodie, même si on les qualifie "d'événements", comme lors de la guerre d'Algérie, et leur traitement institutionnel et journalistique à créé de grandes heures catalanes. Une ville de 105.000 âmes, après deux assassinats d'individus perçus comme victimes d'une communauté par une autre, basculait au crépuscule dans la violence et l'incendie, de la place Cassanyes jusqu'à la rue Foch, inscrivant un classique inédit de voitures consumées et de vitrines brisées. Comment Perpignan-ville, qui sortait d'un "Printemps de la fraternité" municipal, faisant la part belle aux rencontres interreligieuses et pluriculturelles, en est-elle arrivée là ?
Des quartiers de stockage
La mèche a été allumée dans deux des quartiers les plus anciens et décrépis de la ville, Saint-Jacques et Saint-Matthieu, qui concentrent les plus forts taux de chômage et de logements insalubres. Mais les habitants de ces quartiers ne sont pas spécialement déchaînés, ce sont ceux des quartiers et cités alentour, comme le Champ de Mars. Au lendemain, un maire dépassé considérait que la sécurité de la ville n'était pas de son ressort et qu’on ne pouvait prévoir un pareil déchainement. Le matin même, il avait pourtant constaté un retour à la normale, simultané au retour des Gitans, sur le marché de la place Cassanyes.
Perpignan interpelle la presse nationale
Les rédaction hexagonales, qui n’avait rien à se mettre sous la dent que l’échec du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, débarque en masse et interroge les autochtones : pourquoi ? C'est le retour du professeur Alain Tarrius et de son livre publié en 1999, "Fin de siècle incertaine à Perpignan". On aura droit à un "C'est dans l'air" d'Yves Calvi sur France 5 et à un grand débat d’Europe 1 animé en direct du Park Hôtel par Jean-Pierre Elkabbach. Un journal gratuit parisien me commande un article sur le sujet et j'écris sur la structuration historico-ethnique du quartier Saint-Jacques. Mais cela a un lien important avec le déclenchement des "événements", donc je reçois une fin de non recevoir. Ils voulaient de l'action, pas des explications ! Plus tard, alors que le maire, pour calmer le jeu, avait monté une médiation, Place du Puig, entre Imams et pasteurs gitans, je constate au retour que les imams se font huer pas une centaine de jeunes Maghrébins. J'en avise une équipe de France 2, qui choisit de ne pas filmer : "Si on passait ça, cela mettrait le feu aux poudres !". Autocensure ! Et s’ ajoutent les venues répétées de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, dans une cavalcade de flashes.
En 2007, le décor change, les acteurs aussi !
Le maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy, déclarait à l'occasion de la venue du premier ministre, Dominique de Villepin, le 9 juillet 2005 : "Ce ne sont pas des émeutes urbaines, mais des émeutes ethniques !" (je ne suis pas fautif). Un mois plus tard, une réunion avec des représentants communautaires, la Ville, le Conseil Général et la Préfecture, ne donnait....rien. Pour le premier anniversaire des émeutes, la mairie édita en catimini un catalogue des 50 réalisations abouties depuis, qui, en général, pré-existaient, comme la Casa Musicale. Et puis, on a commencé à rénover les quartiers, aux couleurs de Saint-Tropez (ça rend les gendarmes plus sympas) mais pour y mettre de nouveaux habitants aux origines moins visibles. Plus de traces, peut-être même pas dans l'esprit des habitants du quartier, puisqu'on est train de les changer.