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Blogs > Nicolas Caudeville > Jean-Michel Phéline :"1968 est une intolérance face aux intolérances"


Samedi 19.4.2008. 00:00h

Jean-Michel Phéline :"1968 est une intolérance face aux intolérances"

De l’extrême-gauche sixties à l’administration française dans le monde, Jean-Michel Phéline, 61 ans, patron de la forteresse de Salses, a épousé ses époques. L'histoire a-t-elle contraint les enf
Jean-Michel Phéline, 1968 dans la rétroviseur Jean-Michel Phéline, 1968 dans la rétroviseur

Les barricades parisiennes ne résument pas 1968 car le monde fut agité de soubresauts... Mais la France se souvient de slogans, passés du politique au publicitaire : le "Jouissons sans entraves" est devenu "Consommons sans entraves" et le "Cours vite camarade, le vieux monde est derrière toi" a muté en "Cours vite, client, les soldes sont devant toi !". Si les révolutions réussies sont immanquablement dévoyées, que deviennent les mortes-nées, comme 68 ? Nicolas Sarkozy ne souhaite en retenir que le chaos, qui, comme une nuée de papillons, perpétuerait une décadence permanente empêchant l’insertion de l’hexagone dans la mondialisation. Jean-Michel Phéline, directeur de la forteresse de Salses, entre Catalogne et Languedoc, a été compagnon de route des situationnistes, dans les années 1960, puis Trotskiste au début des seventies, sa carrière à toujours été sous-tendue par un idéal et une implication profonde dans les arts. Comédien, rattaché au ministère de la Culture, directeur des instituts français de Cologne et de Bandung, consul de France en Indonésie, il pose son regard vétéran sur Mai 68, entre espoirs et héritage. "Il ne reste plus rien des idées véhiculées à l’époque" est son constat premier sur les utopies et les engagements d’alors.

La Clau : Si les combats de 1968 sont évaporés, où se situe la révolte de 2008 ?
Jean-Michel Phéline : « Aujourd’hui on se bat contre la couche d’ozone, contre la marche inéluctable à la destruction massive des acquis sociaux. On se bat sur des terrains techniques pour essayer de ralentir, ce qu’on ne nomme même plus le capitalisme, mais le libéralisme. Sous-entendu, ce système n’est plus contesté, ni contestable, au nom du « pragmatisme » qui est devenu le masque pour « le bon sens des salauds ». On récuse donc le libéralisme, qui ne serait que le cholestérol du capitalisme, que l’on n’a plus besoin de revendiquer ni de combattre. Désormais, les combats ne sont ni de droite ni de gauche, à l’image de l’unanimisme autour du thème de l’environnement. Ce sont avant tout des combats pour la survie. L’exemple parfait est fourni par les revendications des ouvriers et des salariés, qui concernaient auparavant les hausses de salaires : elles concernent désormais la perte de l’emploi. Mais le social est comme le militaire : on perd toujours plus en défense qu’en attaque !".

La Clau : La presse évoque souvent les "acquis de 1968"… Vous y croyez ?
"Je ne sais pas ce que c’est, en tout cas pas au niveau de la vie politique, qui est aujourd’hui un combat technique sur la manière de gérer la société de marché, avec plus ou moins d’indulgence pour les catégories sociales défavorisées… La notion de classes a été perdue ! Il y a certainement, du point de vue individuel, ou de certains réseaux sociaux, un échange d’ambitions intellectuelles et artistiques. Il y a des gens qui vivent toujours dans des fidélités à des idéaux de cette époque, des exigences morales, du rapport à l’autre. L’intolérance face aux intolérances constituantes des inégalités a guidé pas mal de gens en 68, avec l’illusion de la possibilité d’émergence révolutionnaire dans la société".

La Clau : 1968 est donc le début de l’impuissance politique ?
"Des gens issus du mouvement étudiant ou ouvrier se sont construits ailleurs qu’en politique, dans des engagements culturels, dans leur vie professionnelle, par leur engagement citoyen. S’il y a des restes de 68, ils sont dans une vision du monde, dans une volonté de continuer à vivre avec une exigence culturel et une morale, et j’emploie ce mot avec l’idée qu’on la tellement galvaudé qu’il n’est plus que la caricature du moralisme. Je ne crois pas qu’il reste une quelconque fidélité des organisations politiques dans leurs engagements d’alors. Ils ne sont plus qu’un système de partage du pouvoir poussant un coup à droite, un coup à gauche, pour simuler l’alternance démocratique…".



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