« La nouvelle star » et « La star academy », nous laissent accroire que les nouveaux talents ne peuvent que sortir d’un téléviseur, après avoir été élus au prix de millions d’appels à 0.34 centimes d’euros. On pourrait croiser Brel dans un cabaret, s’il ne nous avait pas été révélé par Florent Pagny, le reconnaîtrions-nous ? Fort de cette angoisse, je me suis mis à arpenter les rues de Perpignan, lanterne à la main, répondant à qui m’interpellais : « Je cherche un artiste ! » Franchissant les portes d’une librairie, je commence à discuter avec un vendeur. Je lui fais le descriptif de ce que je cherchais. Il me répond alors : « Mais, je suis cet homme là ! » Me tendant un CD, il m’explique que tel Batman, il se doit d’avoir une double identité, libraire le jour et vengeur des arts la nuit : auteur, compositeur, interprète. Henri Bes, car il s’agit bien de lui, se nourrit de là où il vit, en l’occurrence la « Fidelíssima » ville de Perpinyà, sa mélancolie, sa lenteur, ses moments de joie, ses femmes… Le défi qu’il s’est lancé dans un univers livré en son entier au cynisme, à l’argent roi, l’isolationnisme forcené (que d’aucun nomme individualisme) de demeuré « super naïf ». C’est à dire de continuer à croire que « les filles dorment les yeux ouverts » et que, « les garçons ne pleurent jamais ». Il ne baisse pas sa garde et ne se laisse pas terrasser par l’implacable lucidité qui constate que chaque jour où nous laissons faire est « un beau jour de défaite » que ne nous pardonnerait pas Jacques Tati. Mais, il ne faut pas déchoir, quand bien même « le goût du jour » serait « écœurant » parce que « les vieux ne devraient pas vieillir de leur vivant ». Que n’aurait-il pas fait pour de « belles valentines » comme « Marathon man », il a senti ses jambes (les siennes et celles de ces vers) choir « comme celles de Larry Flint ».
Les chansons d’Henry Bes sont un constat lucide du quotidien d’un trentenaire, qui se rend compte que les promesses de son enfance, de sa jeunesse ne seront pas tenues. Et que pour ce garçon, il n’y a que deux choses auxquelles on puisse se raccrocher : les mots et les filles, tout aussi illusoires l’un que l’autre… Henry Bes a gagné le prix 2008 des cadres catalans de Paris. Retrouvez ses chansons sur www.myspace.com/henrybes