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Blogs > Martin Casals > Les anti-clim' sont-ils réac ?


Vendredi 21.7.2006. 00:00h

Les anti-clim' sont-ils réac ?

A tout remettre en cause, la critique est nostalgique. Toute évolution est une régression pour les observateurs aux valeurs figées. Ainsi, le "progrès" issu du temps où le futur (notre présent) ét
Les anti-clim' sont-ils réac ? Les anti-clim' sont-ils réac ?

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reffer un ventilo sur un frigo est une idée aussi géniale que l’invention du radio-réveil. Il fallait y penser. Il fallait penser aussi aux conséquences. La climatisation, car il s’agit d’elle, devient aussi indispensable à certains qu’un réfrigérateur, une machine à laver ou un chauffage central. L’habitude est telle que tout le monde remplace le mot cli-ma-ti-sa-tion par un joli diminutif convivial, qui désigne sympathiquement un nouvel assistanat de l’Homme moderne. En 1930, on n’aurait pas imaginé manquer de réfrigérateur, mais en 1980, la vie était impossible sans. Idem pour le lave-linge et Internet, la télévision et le shampooing. Mais la climatisation est plus récente, et nous savons encore vivre sans, même si elle s’incruste dans les lieux publics, même si les compresseurs en varappe sur les murs sont inscrits dans le paysage de nos villes. Les factures d’électricité décollent et l’Etat-EDF incite directement à la clim’ auprès des particuliers. On relève l’inverse en Suisse, où, lors de la canicule de 2003, de nombreux Genevois, qui avaient dévalisé les dealers de systèmes réfrigérants, ont causé un gaspillage d’énergie et une hausse notable de la consommation électrique, signalés comme une dérive nationale par l’administration. Ainsi, en juin 2005, l’état de Genève éditait la brochure "L’été au frais", pour "se protéger de la chaleur sans climatisation", par des "solutions plus économiques et plus écologiques". Hallucinant ! Une collectivité publique s’implique, sur le mode de la "chasse au gaspil" lancée en France par Giscard en 1978, en appelant le citoyen à une prise de conscience suivie d’un changement de comportements : rafraîchir son lieu de vie dans le bon sens, en aérant la nuit et en considérant le soleil comme un ennemi. En sommes-nous capables, dans un pays catalan où seules sont commercialisées les vertus positives du soleil ? En été, fermer sa maison l’après-midi, en instaurant une obscurité salutaire à l’intérieur, va-t-il devenir un savoir-faire dépassé ? Peut-on sauver quelque chose ? Evidemment, il est trop tard.

Le soleil peut-être un salaud

Les bâtiments urbains aux provocantes ouvertures au soleil sont de vrais fours solaires… refroidis par les clims. Les vastes vérandas de villas, propres des pays du Nord de la Loire, sont des pros complaisants. Que dire, puisque le BTP crée de l’emploi en Catalogne Nord ? Cela fait sourire les Maghrébins et les autochtones du Languedoc, de Provence ou de Catalogne, qui font encore fonctionner la clim naturelle, par le jeu des volets et fenêtres fermées contre le soleil, rouverts le soir pour profiter de la fraîcheur… et arroser les plantes. Quand basculerons-ils dans la minorité résistante ? Sont-ils réactionnaires face au "progrès", qui, au XXè siècle, a comporté des revers : l’automobiles donc la pollution, la mobilité donc l’isolement individuel, les congés-soleil donc le cancer. Aujourd’hui, l’évolution incarnée par la climatisation indique un nouveau territoire annexé par l’assistanat. Car le bon sens et le savoir-faire traditionnel (savoir profiter du soleil sans en souffrir) sont remplacés par une pression sur un bouton. Le bon sens et la tradition sont-ils des valeurs réactionnaires ? Certainement, lorsqu’ils sont brandis par les idéologues de l’harmonie générale conjuguée au passé simple. Cependant, en France, rare pays où "tradition" s’oppose à « modernité » en excluant les notions hybrides, où le "bon sens" a été malmené par le cartésianisme et le rejet post-révolutionnaire des savoirs ancestraux jugés dangereux, on ne conçoit pas d’inculquer aux citoyens les savoirs égarés par leurs parents, mais connus de leurs grands-parents. Si un rapport de forces sociologiques s’installe, dans des positionnements tranchés, un risque se profilera. Cela s’est déjà produit avec la télévision, dont les opposants ne sont plus qu’un réduit d’intellos qui n’a jamais la parole. Car la climatisation est une mutation de notre rapport aux éléments. A Perpignan, Barcelone et Paris, donc bientôt à Trouillas, Prats de Molló ou Angoustrine, comme d’habitude. Avec elle, les saisons sont des abstractions apprises à l’école ou vues à la télé, et nos corps, placés dans une nouvelle bulle matricielle, perdent le rapport aux éléments : la chair de poule, les frissons, la sueur, et l’idée que ça ira mieux dans quelques heures, lorsqu’il fera moins chaud, ou plus chaud, dehors, dans cet extérieur naturel imprévisible et agressif.
Nous avons presque tous le BAC, certains ont effectué des études supérieures, mais nous sommes déresponsabilisés et nous glissons sur la pente savonneuse de la perte des savoirs simples. Bientôt, pour ne pas étouffer, faudra-t-il qu’un quelconque ministère nous rappelle de respirer ?



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