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La plus forte publicité pour McDonald’s en France a été offerte par la Confédération paysanne de José Bové, suite au démontage, en août 1999 à Millau, d’un établissement languedocien du géant américain. Dès lors, ceux qui ne connaissaient pas cette marque et son logo en ont perçu l’existence et participé à sa notoriété. L’estime engendrée par cet acte a précédé de peu l’avènement du mouvement anti-mondialiste français. Rebaptisé alter-mondialiste dans la foulée, ce courant agglomère des sensibilités fort différentes : partisans de la bonne bouffe, défenseurs des terroirs français, et anti-américains de principe. Cet aggloméré idéologique interroge : les partisans de la bonne bouffe se limitent-ils à être « pour » ? Ne sont-ils pas également anti-américains ? La défense des terroirs français relève-t-elle seulement de la gauche, dont José Bové se réclamait lors du référendum sur la constitution européenne en mai 2005 ? Sous couvert d’authenticité, les alter-mondialistes français semblent craindre davantage le simple monde, que le mauvais monde globalisé, qui nous assaillirait tel un diable incarné.
Le traitement médiatique français du phénomène de la restauration rapide laisse perplexe. Les citations, toutes critiques, imprègnent tous les cerveaux. Toutes mettent en avant, ou plutôt en arrière, le terrible McDonald’s. Toutes oublient son concurrent Quick. Nierait-on que cette chaîne de restauration rapide belge, n°2 en France, fournit une alimentation tout aussi dangereuse, menaçante pour nos terroirs et notre bien vivre, transformant et nos enfants et nous-mêmes en incultes de la table ? Quick est une marque conquérante, installée sur les nouveaux marchés asiatiques. En France, elle a supplanté en 1997 le réseau de l’américain Burger King, toujours présent dans les autres Etats européens. Celui-ci est réputé pour détenir des recettes plus qualitatives, toutes proportions gastronomiques gardées. Ainsi, voudrait-on associer fast-food et piètre nourriture ? La systématique mise hors champ de Quick indique la profondeur de la lutte française anti MacDo. L’adversaire est américain. Diététiquement critiquable, mais américain, donc à critiquer. Le pizzaiolo du coin de la rue, avec ses produits chargés en lipides, le marchand du kebabs du centre-ville et ses produits ultra protéinés, ne sont pas des menaces pour nos estomacs ? Inutile de le signaler car il n’existe pas d’impérialisme turc pas plus qu’italien. Il n’y a pas d’arrière-pensée à vendre, donc il n’y a pas de débat. S’il s’ouvrait, on pourrait crier au racisme, car la Turquie est dans la cible de certains. En revanche, les diatribes anti-américaines ne sont toujours pas éligibles au chapitre des petits racismes, bien qu’en présentant régulièrement, en France, les caractéristiques majeures.
La résonance médiatique offerte à José Bové n’est pas une œuvre de santé publique mais une réaction spontanée et collective, culturellement ancrée, vouée à discréditer l’avilissante culture made in USA. Dans le sillage de la Confédération paysanne, le rôle des télévisions parisiennes est majeur : aujourd’hui, le cliché de l’Américain obèse nourri au cheeseburger depuis le berceau est bien installé. A l’évidence pourtant, il s’agit là d’un nouveau signe avant-coureur de la réalité française de demain, avec ou sans José Bové.
Et si les fast-food n’avaient pas tout faux ?
A bien des égards l’ingénieux fonctionnement des fast-food est adapté à notre temps. Chez McDonald’s, Quick et Burger King, la rapidité de préparation, les facilités de stationnement et la convivialité du cadre sont irréprochables, à moins d’être un opposant fanatique. Seules ombres au tableau : l'accueil déshumanisé, l’absence de service, le traitement salarial et les conditions de travail. Cependant, on ne vote pas pour ou contre les fast-food, ils sont déjà plébiscités par la clientèle ! Comprendre leur réussite commerciale signifierait en accepter pleinement l’existence, puis tenter de faire mieux. Dans ces conditions, pourquoi ne pas remplacer la mal bouffe par de la bonne, tout en améliorant un système souple et moderne, dont l’absence de formalités sociales a fait ses preuves ? Ce projet existe : les enseignes Pans & Company et Bocatta, filiales du groupe catalan Agrolimen, ont développé une gamme de sandwiches d’inspiration culinaire traditionnelle, catalane et ibérique. Par leur style jeune, ces établissements séduisent le client. Mêler la tradition et la modernité est encore difficile en Catalogne Nord, où 8 établissements McDonald’s et 4 Quick s’accaparent le marché. La superbe française serait-elle supérieure au réalisme économique et aux habitudes de consommation ? Avons-nous omis que l’entreprise de conditionnement de salades Crudi SAS, installée en Salanque catalane, fournit McDonald’s depuis 1984 ? La salade salanquaise est-elle mauvaise ? Oui, la restauration rapide est un cas d’école qui devrait faire école.