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Blogs > Marc Delclòs > L’identité catalane est une des identités françaises


Vendredi 13.11.2009. 21:00h

L’identité catalane est une des identités françaises

Parler français est devenu un gage de nationalité française, après plusieurs siècles de diversité : dans les Pyrénées-Orientales, le catalan a longtemps suffi. Maintenant que le catalan est menacé, à quoi se rattacher pour garder un sentiment national français ?
Astérix et la rentrée gauloise, Uderzo et Goscinny - Barcelone, Salvat 2003. Astérix et la rentrée gauloise, Uderzo et Goscinny - Barcelone, Salvat 2003.

En Catalogne du Nord, le catalan, comme les antibiotiques, n’est pas automatique. Sa disparition dans la réalité est décrite par le romancier Joan-Lluís Lluís dans «Conversation avec mon chien sur la France et les Français» (Le Cherche-Midi, 2004), qui indique qu’exception faite du français, « toute langue est soluble dans l’acide jacobique ». L’atteinte faite à la langue de Ramon Llull a été fortement accélérée par la Révolution française et son double désir, de centralisation et de création d’un État-nation. Au XXIe siècle, la décentralisation, vitale dans l’Europe des grandes régions, balbutie en France, et il va de soi que toute organisation territoriale différente de celle de l’État-nation est un outrage. L‘Éducation Nationale, avec ses «Mestres educats» (les « Instituteurs éduqués » du chanteur Joan Pau Giné) de la IIIe République, jusqu’au milieu du XXe siècle, a largement contribué à la culpabilisation de ceux qui parlaient catalan, marginalisés par le français, devenu langue des élites. La télévision a enfoncé le clou, d’où l’actuel débat pour la réception de la TNT sud-catalane dans le Pays Catalan de France.

Un « coming out » linguistique

La langue catalane en territoire français présente un instinct d’adaptation voire de survie incroyable : pour perdurer, dans une pratique essentiellement orale, elle a récupéré des mots du français, du castillan et de l’occitan. Les nord-catalans, de nationalité française, ont maintenu pudiquement leur langue dans le cercle familial. En 1975 encore, le catalan était encore la langue de l’intime pour nombre de jeunes. Que dire donc de leurs parents, porteurs d’un double-complexe ? Par un sentiment profondément français, ceux-ci s’évertuent à moins rouler les "r" lorsqu’ils parlent le français, mais rechignent, tout en restant profondément catalans, à parler le catalan en Catalogne du Sud, là où la langue est officielle, par résidu de honte et effilochage des connaissances. Depuis 2008, le succès éditorial des deux tomes du « Petit Dico d’aquí » de Gérard Jacquet (Editions du Trabucaire) témoigne cependant de l’ancrage de la langue dans un patrimoine philologique en veille. Certains même en profitent pour faire un coming out linguistique en prononçant quelques mots. Dans cette douce reconquête identitaire, un début de reconnaissance est porté par la Charte en faveur du catalan du Conseil Général des Pyrénées-Orientales (2008), sans aucune prérogative linguistique, et par la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, que la France a signée, mais pas ratifiée, avant de reconnaître que "La langue de la République est le français". L'idée persistante est qu’un sentiment d’appartenance catalane serait opposé à une appartenance française.

Identité symbolique et besoin de reconnaissance

Le catalan n'a pas disparu mais il a fortement reculé dans l’espace public, à tel point que désormais le sentiment de catalanité fait son retour, mais en français. La Ville de Perpignan s’est appelée « Perpignan la catalane » de 1993 à 2005, tandis que l’institution départementale, craintive d’une concurrence de sentiments d’appartenance, se contente d’un « Accent catalan de la République ». Sans oublier le "Fier d'être catalan", slogan en français qui fleurit dans les stades au milieu de nuées de drapeaux catalans et de "burros". Enfin, l'attachement au numéro de département 66, la volonté d'exister à travers le maintien du "Roussillon" dans le nom de la région Languedoc-Roussillon et la fronde "anti-Septimanie" de 2005 signalent un lien ténu avec une identité, quand la langue fait défaut. Ainsi, si Dan Carter, pour l’USAP, ou encore Thierry Henri, pour le Barça, sont, ou ont été, des porte-drapeaux de l'identité catalane, les habitants du pays qui font le choix du catalan restent parfois inconnus chez eux, mais reconnus à Barcelone. Le musicien universel Pascal Comelade, ou l’écrivain Joan Daniel Bezsonoff, qui doivent compter plus d’interviews pour TV3, à Barcelone, que pour France 3, sont l’antithèse du publicitaire Jacques Séguéla et de Hyacinthe Rigaud, également enfants du pays, qui ont soigné l’image des chefs d’état français. Pourtant, la cohabitation des sentiments est chose possible.



Commentaires

#20. POMME 02.8.2017. 15.00h

Tout a fait d'accord avec Charame à tout point de vue, Roussillonais et fier de l'être et certainement plus proche des occitans que de la Catalogne Sud (350 ans d'histoire nous séparent).


#19. cat666 30.11.2014. 20.00h

Il ne faut pas oublier que les Catalans de France ne sont pas qu'en Catalogne Nord... Depuis l'an dernier, une association permet aux Catalans de Montpellier d'apprendre la langue catalane et ainsi de contribuer au « coming out » linguistique !


#18. Olwan 29.10.2003. 07.15h

Je note une petite erreur historique sur le centralisme français et sa propension à faire disparaître le catalan. Tout n'a pas commencé avec la Révolution française. Les rois de France ont toujours cherché à gommer les identités nationales de l'hexagone. Louis XIV a ainsi interdit l'usage du catalan dans son édit du 2 avril 1700: "Disons, statuons, déclarons".


Marc Delclòs: Cher Olwan, eff... Lire tout le commentaire


#17. jordi 29.9.2003. 12.45h

Soc un resident temporal a Ceret (Vallespir) i fa temps que l'Administració Francesa va clausurar el repetidor de TDT que ens permetia la connexió amb TV3, l'única televisió totalment en català. Desconec la situació actual d'aquest debat però m'agradaria tenir més informació, considero que és una medi vital per la normalització cultural i lingüística del nostre poble. Quines possibilitats hi han de que tor... Lire tout le commentaire


#16. charame 29.9.2016. 09.15h

je suis catalan roussillonais de naissance, j'habite en France dans les Pyrénées Orientales et j'en suis très heureux. En roussillon nous sommes de plus en plus dirigés par des"Ex Espagnols" français de la "retirade" (expl. M. Garcia maire d'Elne) venus principalement de ce qu'on appelle maintenant la catalogne sud. Alors quoi de plus naturel que la résurgence de cette identité catalane exclusive. Vous oubliez souvent messieurs, mesdames qu'en France la Sardane ne se dansait pas ou peu av... Lire tout le commentaire


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