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Blogs > Marc Delclòs > Le "salaire de la peur" : l’avant-garde est en Pays Catalan ?


Vendredi 3.4.2009. 00:00h

Le "salaire de la peur" : l’avant-garde est en Pays Catalan ?

La sentiment de peur sociale, sur fond de précarité larvée et préexistante à la crise actuelle, crée en Pays Catalan un clientélisme naturel des salariés. S’agit-il d’un modèle d’avant-garde ?
Perpignan, place Arago Perpignan, place Arago

En Catalogne Nord, les plus gros employeurs sont souvent issus du secteur public et en particulier des collectivités territoriales. La ville de Perpignan, le Conseil Général, ou l’Hôpital Saint-Jean, se trouvent presque naturellement en tête de ce classement, suivis par la grande distribution. Il n’y a pas, ou, mieux, il n’y a plus trop, de création de richesse à proprement parler, et c’est logiquement que le PIB départemental s’établit 30 % en dessous de celui de la moyenne française. Comme partout ailleurs sur les territoires économiquement fatigués, le clientélisme « républicain », peut aller bon train, à tous les échelons. On pourrait ajouter aux secteurs cités l’Agriculture et le Bâtiment, « gros » employeurs du département des Pyrénées-Orientales, pris dans une tendance, parfois quasi-institutionnalisée, au travail non déclaré, directement ou via un sous-traitant peu scrupuleux. Malgré des améliorations, on remarquera la visibilité accrue des annonces de l’ANPE ou de la Maison du Saisonnier de Perpignan vouées à recruter du personnel lors des grands travaux agricoles, comme les pêches et les vendanges, auparavant rarement déclarés notamment en cas de première expérience de travail massivement répandue dans la jeunesse.

Survivre en entrant dans le réseau


Ce contexte économique, ici sociétal, offre une place toute prépondérante au réseau, qui dispose d’un rôle accru, défend toute sa valeur et tous ses codes. Connaître un élu, ou naviguer dans l’un de ses cercles, pour être « placé », ou être proche d’un gros propriétaire terrien qui puisse vous embaucher, lorsqu’il en reste, semble être l’une des méthodes les plus sûres de viure ou de rien foutre al país, selon l’employeur et l’employé. Ainsi, avec des coqs de villages aux allures d’hidalgos et une population souvent en grande ou très grande précarité, tous les ingrédients sont réunis pour l’épanouissement d’un système collusif de première qualité, où le « salaire de la peur » peut faire loi face au chômage endémique, à l’ombre des platanes, voire des palmiers, bien que plus avares en protection solaire.

La crise en Espagne ressemblerait à Perpignan

On est donc loin de la carte postale paradisiaque et tout prêt du cliché méridional, pourtant pour faire un panorama de la situation, il y a d’autres aspects à prendre en considération. Le fort taux de chômage risque d’être fortement revu à la hausse car la Catalogne du Nord a misé sur deux secteurs : le bâtiment, en remplaçant les cultures de la plaine du Roussillon par des résidences pour retraités pas assez fortunés pour s’offrir la Côte d’Azur, mais suffisamment riches pour faire grimper les prix du m2 et rendre plus difficile l’accession à la propriété pour de nombreux autochtones, et le tourisme, de masse, dans un décalage temporel certain : deux secteurs (avec celui de l’automobile) hautement touchés par la crise, car les gros achats de type foncier, immobilier, ou automobiles, étant généralement reportés sine die, tandis que les budgets vacances risquent de fondre, à moins d’un effet « bouffée d’oxygène ». Mais les changements de comportements observés récemment dans la restauration et l’hôtellerie ne sont guère encourageants. L’Espagne, qui d’une part depuis la fin des années 50 et le timide essor économique impulsé par le franquisme, avait fait du tourisme de masse une importante ressource économique, puis, dans une furie consumériste, depuis le début des années 1990, à coups de crédits long play et de surendettement, a fait exploser sa bulle immobilière, est l’un des pays d’Europe les plus gravement touchés par la crise. Les mêmes secteurs qui fragilisent l’Espagne sont fortement développés en Roussillon, bien que pour d’autres raisons, et la terrible perspective espagnole de 20% de chômeurs prévus au plus fort de la crise constitue une alerte au Nord des Albères, non convertie en peur grâce au nuage de fumée de nos chères institutions.



Commentaires

#5. Evasion 25.4.2009. 12.01h

Le plus grand maux de notre société est "Le Pouvoir d'Achat" emblème même du discour politique, il représente la plus grande érreur de notre mode de vie.
Il me semblerait bien plus judicieux de revendiquer 'Le Pouvoir d'Epanouissement", Etes vous allé en Vallespir ces dernières années, la traversée d'Arles sur Tech fait pleurer, la nationale traverse le village et depuis de longs mois voire des années, tous les commerces sont à vendre, coiffeur, epicerie, marchand de journaux, quin... Lire tout le commentaire


#4. Un ours 24.4.2009. 21.18h

Catalan expatrié à Paris, je repense régulièrement à ce système nécrosant qui ne permet pas aux jeunes de s'en sortir...Il est impossible d'avoir une conception cohérente du marché du travail dans ces conditions : les réseaux d'affinités que l'on peut avoir au sein d'entreprises oligarchiques sont déterminants (la photo de l'article est bien choisie). Comment apprendre à faire un CV, une lettre de motivation si ces derniers ne servent à rien et qu'on en a aucun retour, effectuer un... Lire tout le commentaire


#3. L'amic Siset 08.4.2009. 11.30h

Très bonne analyse dans laquelle vous auriez dû souligner de façon plus formelle : a) Permis à points - Consommation de vin et secteur de la restauration et des bonnes tables b) Le phénomène de corruption endémique qu'a entraîné dans les communes et administrations d'etat concernées le phénomène local du lotissement c)Le mythe politico-économique des années 70 à nos jours lotissements = emplois de proximité battu en brèche y compris récemment CREDOC avril 2008: LE REVENU MO... Lire tout le commentaire


#2. jf92 07.4.2009. 18.52h

Lorsque le chômage est à plus de 15% et que les employeurs dans les PO sont surtout les collectivités, chacun cherche une PLACE en s'inscrivant dans les réseaux politiques. Le professionnalisme, la COMPETENCE, le savoir-faire n'ont plus de sens et sont bafoués. Il s'agit avant tout de calculs politiciens des responsables : surtout seul compte pour les élus d'avoir des informations sur les opposants et la population et de se faire réélire, le politique est partout (toute action, toute emb... Lire tout le commentaire


#1. Montserrat 04.4.2009. 10.29h

Aquests comentaris sobre el sentiment de por que ressent la societat em semblen molt interessants i pertinents, aixi com la comparacio amb l'Edat Mitjana. S'hauria de dir potser que, abans els perills existien i tots no eren precisament a causa de l'home, avui dia ho son gairebé tots, i el principal responsable avui dia en son els mitjans de comunicacio -o el poble, ja que ell és qui llegeix o escolta-. L'altra part es podria atribuir als politics per mantenir les amenaçes de la "por de l'al... Lire tout le commentaire


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