Historiquement, l'utopie centriste remonte à la Révolution Française de 1789. A la Convention, les députés se distribuaient en Girondins, Montagnards et ceux de la Plaine ou Marais. Ces derniers, les plus modérés et les plus nombreux, siégeaient en bas des gradins. Issus de la bourgeoisie libérale et républicaine, ils souhaitaient l'union de tous les républicains. Déjà ! Pourtant dès 1793, certains rallièrent les Montagnards et donc Robespierre. En revanche, la plupart participèrent à la chute de ce dernier. La république modérée et bourgeoise était née. Les centristes s'étaient partagés. Déjà ! L'idée que les positions tranchées entraînent l'émergence des modérés n'est pas du goût des chercheurs du Centre de Recherche et d'Etude du Centre (CREC). Son directeur, Alexandre Vatimbella, affirme : "Le centre n'est pas milieu mais équilibre. Un juste équilibre c'est ce qui définit sa politique c'est-à-dire cette recherche constante de cette ligne où tel un fildefériste, le centrisme tangue avant d'avancer ayant trouvé la bonne balance". Vous avez dit fildefériste ?
Ni-Ni" ou "Et-Et"... c'est kif-kif !
Bien que le CREC affirme que la politique du centre ne se réduit pas "à une simple attitude accompagnée d'un discours ni-ni ", c'est ainsi qu’elle est présentée surtout en période électorale. Au bout du discours, le voilà toujours étiqueté centre-droit ou centre-gauche. Les centristes font comme ces poulets qui s'égayent à droite et à gauche alors que la fermière leur indique droit devant la porte du poulailler. La soi-disant politique du juste équilibre est une politique virtuelle par essence, fondée sur des principes d'ordre transcendantal : "un juste équilibre c'est-à-dire harmonie doit être conforme à la justice, à la morale, à la raison, à la vérité, à la réalité, à la règle, qui est tel qu'il doit être, qui est exact.". Ces concepts universels promettent l'ordre, la rigueur géométrique, une société architecturalement harmonieuse mais ne produisent aucune dynamique propre. Dès que s'incarnent ces concepts, on retrouve les divisions politiques habituelles. Le discours Ni-Ni laisse un trou dans l'espace politique, un blanc à combler tandis que le discours Et-Et s'efforce d'en occuper la presque totalité. Dans le premier cas, le blanc n'est jamais rempli et l'autre présuppose une très problématique Union Sacrée. Dans les deux cas on est renvoyé à la même incapacité, au même immobilisme, à la même impuissance.
Le centre de toutes les impostures…
Lors de la présidentielle française de 2007, les centristes ont encore perdu en crédibilité. La création du parti « Nouveau Centre », en mai, a révélé l'inanité du discours du candidat centriste François Bayrou. On s'est bousculé pour regagner l'habituel poulailler de la droite. Une fois de plus, le centrisme a dessiné les contours d'une société idéale où l'homme est en harmonie avec ses semblables et avec la nature puis, confronté au réel, a retrouvé sa place dans l'espace politique. On a fait rêver mais en fait on a prêché le réalisme alors qu'il s'agissait d'utopie, le pragmatisme alors qu'il s'agissait d'opportunisme, la symétrie, le juste équilibre alors qu'il s'agissait de dissymétrie puisque l'on tombe toujours du même côté. Cette imposture est-elle le fait d'un machiavélisme congénital ou le fait de doux et naïfs rêveurs faisant preuve d'un sot entêtement ? Quoi qu'il en soit, il y aura toujours des électeurs sensibles au chant des sirènes du Consensus Universel. Il y aura donc toujours un Centre pour embrouiller le jeu politique. Maintenant que peut-il se passer quand on a trois centres, deux français (Modem et Nouveau Centre) et un catalan (Convergence Démocratique de Catalogne) ? Aurons-nous le privilège de bénéficier de trois types d'embrouilles en Catalogne Nord ?